Histoire de Saint Laurent de Condel par Pierre Fouillet

le 27 août 2016 dans L'Histoire

Un article vient s’ajouter à notre rubrique « Histoire ».

Ancien professeur de écoles de notre commune, Pierre FOUILLET a consulté, pendant des années, les archives départementales et, sur de nombreuses pages, il nous fait partager le résultat de ses recherches : l’histoire de Saint Laurent de Condel à partir du XIème siècle.

Bravo pour le travail effectué et merci de nous en avoir confié le résultat et de nous permettre de le diffuser sur notre site.

Bonne lecture.

Louis CORBIERE

 

Table des matières

Introduction

Saint Laurent de Condel a la chance de disposer d’un fonds d’archives relativement conséquent eu égard à sa taille.

Nous possédons en effet :

  • les registres paroissiaux, pratiquement en continu depuis 1614
  • les registres de délibérations du Commun de 1614 à la révolution de 1789
  • les registres de délibérations du conseil municipal de 1789 à nos jours
  • des registres écrits par Pierre Eustache SURVILLE, maire de Saint Laurent de Condel au XIXe siècle
  • une notice sur la paroisse écrite par l’abbé LANGLOIS en 1862
  • le cadastre de 1809

Ils m’ont permis d’accomplir une première et sérieuse approche de l’histoire de notre village (ces documents ont été depuis déposés aux Archives départementales du Calvados).

Il s’est vite avéré que des compléments documentaires étaient indispensables, ce qui m’a conduit à poursuivre mes recherches aux Archives départementales du Calvados et de la Seine Maritime.

J’ai voulu que cette « Histoire de Saint Laurent de Condel » soit bâtie sur des documents et fasse le moins de place possible aux supputations. Vous trouverez donc tout au long de ces chapitres les indications des pièces auxquelles je me réfère… J’en ai respecté les tournures et l’orthographe.

Ma recherche s’est étalée sur de nombreuses années. On pourra noter quelques propos redondants, parfaitement assumés et justifiés par le désir de composer des blocs autonomes mieux compréhensibles pour le lecteur.

Puissent ces pages vous apporter une information et un regard nouveau sur notre village.

Pierre Fouillet – Saint Laurent de Condel – septembre 2008

 

Petite chronique de la vie à St Laurent

À l’aide des éléments dont nous disposons, nous allons relater les événements, souvent anodins, qui rythmèrent la vie de nos ancêtres et, plus près de nous, de nos anciens.

XIe siècle

  • Les terres de Condel appartiennent à Raoul Tesson.
  • L’habitat est rudimentaire et ses occupants sont pauvres, sinon misérables.
  • Au milieu de ce siècle, ce territoire fait partie de la dotation de l’abbaye Saint Etienne de Fontenay.
  • Édification de l’église : elle se compose d’une nef bâtie en pierres des carrières locales, disposées en « arêtes de poisson », avec de petites ouvertures.

XIIe siècle

  • Édification du chœur de l’église à la fin du siècle.

XIIIe siècle

  • Apparition du nom « Sanctus Laurencius de Condello » en 1230.

XIVe siècle

  • 1343 : Les revenus de la foire de Saint Laurent de Condel, qui appartenaient à Olivier de Clisson, sont donnés à Thibaut de Mathefelon le 22 août. Elle se tient sur l’emplacement du « Champ de la foire » le jour de la fête Saint Laurent.
  • 1348 : décès de Jourdain Saym, curé de la paroisse.
  • Alain de Clinchamps conteste le droit de patronage de l’abbé de Fontenay sur l’église. Il est débouté de sa réclamation.
  • Mention de Saint Laurent de Condéel dans le Cartulaire de l’abbaye de Fontenay

XVe siècle

  • La paroisse s’étend jusqu’à l’Orne (terrains vagues). Le Vieil Grimbosq dépend de l’église de Saint Laurent.
  • En 1486, le curé de Saint Laurent est « Maistre Guillaume Huet »

XVIe siècle

  • En 1519, Guillaume Du Quesney est curé de la paroisse. Il deviendra recteur de l’Université de Caen puis doyen de la Faculté de Théologie de cette ville.
  • La foire disparaît vers la fin du siècle.

XVIIe siècle

  • Depuis 1610 (au moins), le curé de la paroisse est Paoul Bellenger. Il meurt en 1632.
  • Nicolas Bellenger, neveu de Paoul, devient curé de Saint Laurent. Il meurt en 1666. Son successeur est Gilles de la Porte.
  • Décès de Guillaume Artur, sieur de Feuguerolles et de Préval, le 21 avril 1625. Madeleine de Robineau, son épouse, décède le 18 février 1652. François Artur, leur fils, sieur de Préval, décède au manoir le 5 juin 1683.
  • En 1636, une épidémie mal identifiée et qualifiée de « peste » ravage Falaise et toute la campagne, faisant des milliers de morts. En 1637 elle touche la paroisse et décime la population.
  • La forêt est une source d’activité pour les habitants. On produit des « tans » pour les tanneries ; les vaches y sont « herbagées ».
  • Le Commun de la paroisse renonce aux biens sur l’Orne pour échapper à la taxe sur les francs fiefs et nouveaux acquêts.
  • En 1676, la paroisse compte 100 feux.

XVIIIe siècle

  • 1750 : Une épidémie fait 31 morts, dont de nombreux enfants, dans la paroisse.
  • 1776 : Un tremblement de terre secoue la région. Le clocher de Barbery est ébranlé et doit être abattu. La fontaine jaillissante du Thuit disparaît.
  • 1779 : Une nouvelle épidémie fait 25 victimes.
  • Le 22 juin 1786, très tôt, Louis XVI passe à Saint Laurent, venant d’Harcourt et se dirigeant vers Cherbourg. Le « train » du Roi se compose de 35 voitures. Le nombre de chevaux à fournir à chaque relais est de 83, ainsi que 40 bidets pour les courriers en avance et les cavaliers d’accompagnement.
  • 1791 : Guillaume Paisant Duclos devient le premier maire de Saint Laurent.
  • 1er septembre 1793 : Une assemblée, réunie à l’église, « à l’issue des vespres » vote le partage de la « Commune », c’est à dire les terrains communs. Le 14 octobre, le citoyen Legras, arpenteur domicilié à Boulon, commence à mesurer et déterminer les parcelles. Celles-ci seront attribuées par tirage au sort, la main innocente étant celle du fils de Jean Lamare.
  • Le dimanche 23 juin 1793, on dépend les deuxième et troisième cloches du clocher pour être « converties en canons ». La plus grosse est gardée.
  • Le 26 floréal An IV (15 mai 1796) : On organise la garde nationale. On dénombre 110 hommes à Saint Laurent et 17 au Vieil Grimbosq. Un tirage au sort parmi les célibataires désignera 8 d’entre eux le 30 mars 1793. Le commandement est confié à un capitaine, un lieutenant et un sous-lieutenant.
  • Le 2 prairial An II (21 mai 1794) : Pierre Dubosq est élu instituteur public. Il y a 113 enfants scolarisables dans la commune.
  • Le 16 floréal An III (5 mai 1795), l’arbre de la Fraternité est retrouvé scié. Le maire va constater les faits avec « toutes les diligences que dicte en pareil cas l’amour de la République ». On s’empresse d’en replanter un autre pour éviter les représailles des autorités.
  • Le recensement du 7 messidor An III (25 juin 1795) fait état de 518 personnes.
  • Le 22 frimaire An IV (13 décembre 1795), les habitants de la commune décident de réparer l’église et déclarent vouloir continuer à y pratiquer leur culte. Ils somment ceux qui ont emporté « les débris et autres ornements et effets » de les « rapporter dans une décade ». Une vente du mobilier (chaire, confessionnal, autels) avait eu lieu le 17 messidor An II. Surville dit qu’il s’agissait là d’une vente factice pour se mettre en conformité avec les directives de l’administration révolutionnaire.

XIXe siècle

  • Le 23 fructidor An XI (10 septembre 1803) : Un incendie se déclare dans la maison nouvellement construite (1802) de Jean Jardin. « Les flammèches passent la cour et mettent le feu aux maisons des malheureux Pierre Marie, les filles Lamare et Julien Poubelle ».
  • 1809 : 34 hommes (entre 20 et 60 ans) sont « non mariés ».
  • 1812 : La commune compte 28 nécessiteux à qui on donne la soupe et 10 qui reçoivent du pain. En mars, agitation à Caen à cause de la disette. Condamnation à mort et exécution de 6 personnes.
  • 15 mai 1815 : Robert Marie est élu maire par 30 voix sur 39.
  • 1816 : L’instituteur est François Joucher. On parle d’édifier une école. Saint Laurent la réclame sur son territoire parce que sa position est centrale par rapport à Boulon, Grimbosq et Les Moutiers.
  • 1817 : On recense 42 indigents.
  • 9 décembre 1822 : Pierre-Eustache Surville est maire.
  • De janvier 1830 à juillet de la même année, éclatent dans toute la région du Bocage normand des incendies, qui, dans la plupart des cas ont une origine criminelle. On en enregistre 178, dans le seul ressort de la Cour de Caen. On appelle cette période « campagne des brûleurs de 1830 ».
  • Après la promulgation en 1833 de la loi Guizot sur l’enseignement, l’École va devenir une préoccupation importante des élus communaux et ce jusqu’aux premières années du XXe siècle.
  • 1835 : Achat d’une pompe à incendie. L’année suivante, on achète une voiture pour la transporter et on organise un corps de sapeurs-pompiers. Ils étaient 22 en 1879. La pompe est logée chez des particuliers. En 1881, c’est Aimé Derenemesnil, aubergiste à l’enseigne de « l’image Saint Laurent », qui l’abrite.
  • En 1840, on défriche 80 hectares de forêt au sud de la commune, détachant ainsi la forêt de Cinglais du bois de Grimbosq.
  • Au cours du siècle, la population diminue constamment. Elle tombe de 555 habitants en 1846 à 390 en 1896. La mise en service de la voie ferrée Caen-Flers a enlevé une part importante du trafic routier qui faisait prospérer les petits commerces de la commune. Les Laurentais prennent le train à la « Halte de Grimbosq ».
  • Vers la Toussaint, une trentaine de fagotiers de Saint Laurent partent dans l’arrondissement de Bayeux et sur la côte de Courseulles pour couper et émonder les bois ; ils en retirent un bénéfice double de celui de la forêt de Cinglais.
  • L’espérance de vie moyenne est de 46 ans.
  • La commune compte 3 auberges (« L’image Saint Laurent », « L’image Saint Michel » et « La Croix Blanche ») et un relais de diligences (« L’image Saint Charles »).
  • 1850 : Construction du mur de séparation entre l’église et le manoir
  • 1864 : Acquisition du terrain du cimetière
  • 1865 : Célestin Audes devient maire de Saint Laurent (Il a été nommé par le préfet). Le cimetière est mis en service.
  • 1874 : Édification du clocher.
  • 1879 : Auguste Charpentier devient maire de Saint Laurent.
  • 1882 : Saint Laurent est le lieu de résidence du percepteur pour les communes du secteur (Mutrécy, Grimbosq, Les Moutiers, Boulon, Fresney-le-Puceux) soit 2846 habitants. La perception ouvre le samedi, jour de marché à Saint Laurent. (En 1830, le secteur ne comprenait pas Fresney qui était rattaché à Bretteville-sur-Laize. Le percepteur était Mr Tiger, dit Duclos). Il existe aussi un bureau de poste qui sera doté du télégraphe en 1886.
  • 1888 : Démolition et reconstruction de la nef de l’église.
  • 1894 : Réparation complète de l’horloge de l’église par Mr Leroy, horloger à Caen.
  • 1897 : Grand émoi dans nos contrées : madame la comtesse d’Hunolstein, née de Crussol d’Uzès, descendante du duc d’Harcourt, ainsi que mademoiselle Antoinette de Mandat-Grancey, comptent parmi les 121 victimes de l’incendie du Bazar de la Charité à Paris. Une plaque commémorative est apposée dans notre église.

XXe siècle

  • La population continue de diminuer. Elle va de 384 en 1901 à 322 en 1946 avec un plancher à 268 en 1936.
  • 1903 : L’administration ne veut pas renouveler le bail de l’école religieuse des filles. On va construire une école de garçons sur l’emplacement de la maison Gouget, « achetée dans ce but en 1897 », et restaurer l’ancien presbytère pour le logement de l’instituteur. L’école de garçons de la venelle de la Roquette deviendrait école de filles. Cette même année, une loi enlève toute liberté aux communes sur la question scolaire. La nouvelle école accueillera tous les enfants de la commune, au grand dam de nos élus qui déplorent « les inconvénients irréparables d’une école ouverte aux deux sexes ».
  • 1903 : 34 femmes connaissent la dentelle au bloquet ; 14, âgées de 40 à 60 ans, en fabriquent à cette date. Une lettre préfectorale incite à la relance de cette industrie.
  • 1904 : Début des travaux de construction de la nouvelle école.
  • 1905 : Il y a 54 enfants d’âge scolaire (31 garçons et 23 filles), ce qui justifie une demande d’ouverture d’un second poste. C’est mademoiselle Léontine Brard, fille de Xavier-Justin Brard, instituteur, qui enseignera les filles. On décide d’élever un mur de briques entre les deux classes, de séparer la cour en deux et d’y planter des arbres.
    Très vives tensions entre les autorités religieuses et l’État. La promulgation de la loi du 9 décembre met le feu aux poudres. Elle dissout les « fabriques » et attribue leurs biens aux « bureaux de bienfaisance ».
    Le coq du clocher, tombé depuis 10 ans environ, est réparé et redoré à l’or fin.
    Le 18 décembre au soir, le corps sans vie du garde-chasse Alphonse Roberge est retrouvé en lisière de forêt. Il a été assassiné à coups de couteau. Les soupçons se portent rapidement sur un braconnier récidiviste des Moutiers : Octave Aumont.
  • 1906 : La cour d’assises de Caen, siégeant les 11 et 12 mai, condamne Aumont à 10 ans de bagne et dix ans d’interdiction de séjour.
  • 1907 : Le curé, hostile à la politique gouvernementale, quitte le presbytère le 14 février pour s’installer dans l’ancienne école de filles. Le presbytère est loué.
  • 1910 : Le téléphone arrive à Saint Laurent. Le 1er mars, une ordonnance de l’évêque de Bayeux prive de sépulture religieuse les membres des conseils municipaux et bureaux de bienfaisance qui demandent l’attribution des biens ecclésiastiques aux établissements qu’ils représentent. Cinq de nos conseillers se rétractent et expriment des regrets cependant que 4 autres déclarent persister sans aucune réserve.
  • 1911 : La comtesse de Coulonges, bienfaitrice de la commune décède le 13 avril.
  • 1912 : Auguste Charpentier perd sa place de maire au profit de Charles Dérénémesnil par 6 voix contre 4.
  • 1914 : L’abbé Letellier est curé du village. Il réoccupe le presbytère. Les premiers réfugiés venant des zones du front, arrivent à Saint Laurent.
  • 1915 : Monsieur Brard prend sa retraite après 40 ans au service de l’enseignement des enfants de la commune.
  • 1918 : Charles Dérénémesnil démissionne. Une nouvelle élection replace Auguste Charpentier dans le fauteuil de maire. La guerre est terminée. Le bilan est lourd pour la commune : 16 des 71 mobilisés sont « morts pour la France ».
  • 1919 : Madame veuve Edmond Martine propose de faire placer dans l’église, à ses frais, 2 plaques portant les noms des soldats natifs de Saint Laurent, tués dans les guerres de la Révolution et de l’Empire (1792-1815) : 28 morts sur 140 conscrits ; de 1870-1871 ; de 1914-1918.
  • 1921 : Amédée Thézard devient curé de Saint Laurent. Le 26 mars, le conseil décide d’ériger un monument aux morts de la Grande Guerre. Une souscription est lancée dans la commune, mais son montant est loin de couvrir les 9400 francs du devis. Il sera inauguré le 23 octobre.
  • 1925 : Auguste Charpentier est réélu maire.
  • 1926 : Lancement d’une enquête pour des travaux d’électrification à Saint Laurent.
  • 1927 : Pose de volets en tôle au clocher.
  • 1928 : Louis Roger est devenu maire de la commune.
  • 1929 : L’électrification du village démarre. Son coût est de 35500 francs. Les 25000 francs qui représentent la contribution de la commune sont prêtés par l’abbé Thézard.
  • 1935 : Pose d’une cloison mobile entre les deux classes de l’école. Achat du bureau de poste par adjudication.
  • 1939 : Émile Lair devient maire de Saint Laurent.
  • 1942 : Jehan Du Boys devient maire désigné.
  • 1946 : L’abbé Thézard décède. La municipalité fait la demande d’une adjointe à l’école (près de 50 élèves).
  • 1947 : Création d’un syndicat d’eau. La présence de nombreuses grenades et torpilles dans la forêt, amène le maire à prendre un arrêté interdisant la cueillette du muguet le 1er mai. L’abbé Bautier devient curé de la paroisse. Le 31 octobre, le conseil municipal se réunit pour élire le maire. Au 1er tour, 11 votes dont 8 blancs ; au second, Alfred Hébert est élu.
  • 1948 : Le 4 novembre, la rue de Mutrécy devient rue de Verdun. La commune reçoit une citation à l’ordre du régiment : « Village plus qu’à moitié détruit pendant les combats de la Libération en 1944. S’est remis au travail avec ardeur ».
  • 1949 : Arrêté limitant la vitesse dans la traversée du village à 20 km/h pour les plus de 3 tonnes et 30 km/h pour les véhicules légers.
  • 1951 : Le conseil municipal manifeste son désir d’acheter une parcelle de forêt pour en faire un terrain de sports. Une procédure d’expropriation est lancée l’année suivante.
  • 1953 : Raymond Giraudeau devient maire.
  • 1954 : Acquisition de la parcelle de la forêt. On envisage d’y implanter un terrain de sports, une salle des fêtes et un jardin. Le corps de sapeurs-pompiers est dissous. Les vitraux de l’église sont restaurés.
  • 1955 : Le conseil municipal décide de construire une nouvelle école sur le terrain de la forêt.
  • 1958 : Mise en service du groupe scolaire qui sera officiellement inauguré le 27 juin 1959 en présence du préfet Tomasi, de messieurs Bisson et Leroy-Ladurie, députés ; Descours-Desacres, sénateur ; Simon, conseiller général ; Calvet, inspecteur d’académie.
  • 1961 : L’abbé Pierre Perrette arrive dans la paroisse.
  • 1965 : Alain Du Boys est élu maire.
  • 1968 : Opérations de remembrement qui entraînent le déplacement du terrain du Bureau d’Aide Sociale (effectif en 1971).
  • 12 juin 1973 : Présentation du Plan d’Occupation des Sols par le maire : unanimité contre.
  • 1977 : Claude Hardy est élu maire.

 

Des limites territoriales

Carte du Cinglais extraite de la carte d’Outhier 1736. Elle figure dans l’ouvrage de VAULTIER « Le pays de Cinglais » 1836

Carte du Cinglais extraite de la carte d’Outhier 1736. Elle figure dans l’ouvrage de VAULTIER « Le pays de Cinglais » 1836

Je me suis souvent interrogé, et sans doute d’autres avec moi, sur les fantaisies du découpage du territoire de Saint Laurent de Condel. Telle maison se trouve à Grimbosq, telle autre à Mutrécy, alors que de toute évidence elles semblent faire partie intégrante du village. Le hameau de l’Acre 1C’est le hameau au sud du village où s’élevait le château d’eau est à Grimbosq, bien qu’il s’en situe à deux kilomètres, au-delà de la forêt. Le château Saint Hubert, la « maison du garde » sont à Saint Laurent alors qu’ils en sont distants de plus de 3 kilomètres. La ferme de la Hupperie est à cheval sur Les Moutiers et Saint Laurent…

Je n’aurais pas écrit ce chapitre il y a un siècle, de peur de rallumer les querelles partisanes qui dressèrent des villages les uns contre les autres. Aujourd’hui, les esprits se sont apaisés et d’ailleurs on a tout simplement oublié les raisons qui ont présidé à l’établissement des limites du territoire communal.

C’est un aspect méconnu de l’histoire de Saint Laurent de Condel que je vais ici développer.

 

Ainsi qu’il est dit ailleurs 2Voir chapitre sur l’église et la Charte de Fondation de l’abbaye de Fontenay, la première mention du nom « Condel » remonte au XIe siècle. D’après la Charte, des « eleemosynarii » habitent l’espace déboisé où va être construite l’église peu de temps après. Qui sont-ils ?
Ce qualificatif a laissé perplexes tous les latinistes distingués qui se sont livrés à l’étude du texte. On peut ainsi lire dans « Le Pays de Cinglais » 3Le Pays de Cinglais Vaultier 1836 :

« Qu’est-ce que ces Eleemosynarii qu’on donne à une abbaye ? Sont-ce des gens faisant ou recevant l’aumône ? Ou bien autre chose encore ? Ducange, qui s’y trouve fort embarrassé, finit par cette conjoncture : « an iidem qui Vassali ? »
Nous croyons, nous, que ce peut être tout simplement de pauvres villageois, réduits à mendier leur pain et qui n’en restent pas moins propriétés transmissibles comme vilains ».

À cette époque, la forêt n’a pas reculé jusqu’à ses limites actuelles et elle est partout présente, les termes mêmes de la Charte semblant indiquer que seules les terres situées au nord-ouest de l’actuelle église sont exploitables et habitées.

Y eut-il des habitants avant le XIe siècle ?

L’étude étymologique du nom « condel » ne nous apporte guère d’éclaircissements. Sous son ancienne forme « condeel », il représente un diminutif de « condé » qui est lui-même la forme vulgaire la plus répandue de l’antique « condate » 4Longnon A. « Les noms de lieux de la France »
US VI 5 Condate est le nom originel de Rennes
. Il semble à peu près établi que « condate » soit d’origine celtique et la traduction de ce mot gaulois est « confluent ».
Albert Dauzat 5Dauzat A. « La toponymie française »
US VI 7
arrive à la même traduction, mais pense que « condate » doit être pré-gaulois puisque les Gaulois utilisaient le mot celtique « comboro » pour désigner le confluent.

Si donc Condel dérive du pré-gaulois Condate, on peut se demander où se trouve le confluent qui a justifié cette appellation.
Ceux qui se sont penchés sur l’étude des noms de lieux (toponymie) arrivent à cette conclusion : on parle de confluent même s’il s’agit de ruisseaux et il ne faut pas être trop exigeant pour la précision géographique. Le lieu désigné « condate » est parfois à un, voire deux kilomètres du lieu topographique réel.

Condel pourrait donc désigner le confluent des ruisseaux 6Leur débit était notablement plus important et nos archives font état de plusieurs débordements au cours du XIXe siècle de la Fontaine Saint Martin et de la Fontaine de la Patte, encore visible à la fin du XVIIIe siècle et situé au sud de l’église. L’origine pré-celtique du nom atteste que cet endroit est connu, sinon habité depuis des temps très reculés. Quoi d’étonnant à cela quand on sait que nos lointains ancêtres, vivant de pêche, de chasse et de cueillette, fréquentaient les abords des cours d’eau et des forêts.

 

Au cours du XIe siècle, la paroisse de Condel fut donc très probablement limitée à quelques habitations regroupées autour de l’église, et peut-être quelques huttes en forêt. Des recherches récentes tendent à démontrer que le nombre d’habitants des villages à cette époque était très faible.

On n’acquiert quelques certitudes qu’à partir du XVIIe siècle, époque à laquelle les registres paroissiaux font état du nom des « hamels » 7Ou hameaux de Saint Laurent de Condel.

Le Hamel de la Place

Il doit probablement son nom à une place que l’on distingue sur un plan du XVIIIe siècle 8Archives départementales du Calvados
Série C 3642
, située à l’ouest de l’église et qui en constitue en quelque sorte le parvis. De par sa situation, c’est probablement le plus ancien hameau du village et ce qui fut à l’origine appelé Condel.

Plus tard, on entreprit le déboisement de la forêt de Cinglais afin de conquérir de nouvelles terres labourables. Dans les années 1780, la forêt bordait la grand route de Thury depuis la rue de la Place 9Maintenant « Route des Hameaux » jusqu’au ruisseau qui passe près de l’église des Moutiers en Cinglais pour la partie ouest, et de la Cour du Bosq au même ruisseau des Moutiers, pour la partie est.

À noter toutefois la présence d’une petite zone défrichée à l’actuel « Acre de Grimbosq » et d’une autre plus importante de l’autre côté de la route.

Les autres hameaux se sont peuplés à des époques indéterminées mais en tout cas avant le début des années 1600.

Le Hamel du Bosq

Son nom évoque la proximité de la forêt. Il constituait la partie sud de l’actuelle agglomération. Le hameau s’adossait à la forêt de Cinglais qui, rappelons-le, n’était pas encore séparée du Bois de Grimbosq. À l’origine, il était probablement centré sur le « Jardin Villard ». L’abbé Langlois précise dans ses « Notes » qu’il a recueilli une « ancienne et vague tradition » selon laquelle « dans des temps peu reculés encore 10Il écrit cela en 1862, les habitations de cette partie de Saint Laurent n’auraient été que des huttes en argile, placées sur le bord du chemin nommé rue Missette 11Rebaptisée depuis, rue de la Fontaine et abritant tout un peuple de sabotiers ».

Il semble évident que l’exploitation de la forêt et certains métiers liés à l’utilisation du bois aient attiré sur ses lisières et même à l’intérieur, des ouvriers qui ont construit là leur habitation.

La forêt a constitué pendant des siècles la limite sud de la partie construite, reculant au fur et à mesure de l’avance du déboisement pour finalement disparaître à la fin du siècle dernier.

Cadastre de 1809

Cadastre de 1809

Le Hamel aux Huets

Il semble bien qu’il tire son nom de la famille Huet, originaire de Mutrécy, famille sieurale dont les membres ont joué un rôle éminent dans la vie de Saint Laurent depuis le XVe siècle.

En 1486, le curé de Saint Laurent était « maistre Guillaume Huet » 12Archives départementales du Calvados H 6202. En 1642, Nicolas Huet était sieur de Roquebart. Pierre Daniel Huet, évêque de Soissons puis d’Avranches en est un des descendants.

Le Hamel aux gouions

Ce nom est cité pour la première et seule fois dans nos archives dans un acte du 27 février 1667. Dans ce même acte, il est précisé que la rue gouion y mène, via le Hamel aux Huets. Tire-t-il son nom d’une famille Goujon ? La similitude de composition de l’appellation avec le précédent peut le laisser penser.

Le Hamel de la Fontaine Saint Martin

Il existait encore au XIXe siècle et se trouvait aux alentours de la source Saint Martin qui « jaillissait au pied d’un orme » 13Pierre Eustache SURVILLE Statistique 1839
Le nom du lieu est assez explicite
. Il est cité dans une délibération du 29 mai 1661. Des traces d’habitations découvertes en 1797 dans les Champs du Hamel lors de l’arrachage d’une haie de vieux ormes, ainsi qu’un ancien puits laissent clairement penser qu’il s’étendait plus à l’est 14Pierre Eustache SURVILLE Statistique 1839
Le nom du lieu est assez explicite
.

Le Hamel de l’Acre

Il ne fut habité qu’à la fin du XVIIIe siècle. Il était occupé en majorité sinon en totalité par la famille Gigon, ce qui lui valait son appellation de « hameau Gigon ». On le trouve également dénommé « les Chaînes au Bourget ».

Le Hamel de la Hupperie

Là non plus, je ne peux dire quelle était son importance. Ce fut au XVIIe siècle le domaine d’une branche de la famille Baratte. Jehan Baratte était en effet sieur de la Hupperie. Au XVIIIe, d’après les relevés pour les travaux de la route d’Harcourt, il semble se limiter aux bâtiments que l’on voit actuellement 15Archives départementales du Calvados C 3642.

Le Hamel du Vieil Grimbosq

Il constitue un cas particulier et, à certains égards, une énigme. Ceux qui se sont livrés à l’étude du passé de Saint Laurent de Condel se sont interrogés sur les raisons qui ont pu présider au rattachement de ce hameau à la paroisse.

Il faut en effet savoir qu’il se situait fort loin de l’église de Saint Laurent, de l’autre côté de la forêt, à 700 mètres environ au sud de l’actuelle église de Grimbosq.

Ce hamel était important, puisqu’au moment de la Révolution de 1789, il comptait une centaine d’habitants.

Son nom semble indiquer qu’il fut l’origine de Grimbosq. Le curé de Saint Laurent s’y rendait sans doute à travers la forêt, par le chemin de Saint Laurent à Grimbosq, passant par le Carrefour des Granges, franchissant le ruisseau de la Grande Vallée, puis celui de la Petite Vallée, pour parvenir au sommet du coteau qui domine le village. Il ne lui restait plus alors qu’à descendre par le chemin aujourd’hui partiellement effacé par les labours et aboutissant le long de la propriété Busnel.

On peut parcourir la distance à pied en 45 minutes. Le curé avait « un cheval et un domestique seulement pendant le mois d’août » 16Délibérations du Commun 1633 et 1638. Sur le chemin, on passait au pied de la Croix Postel et de la Croix Jouanne, situées en pleine forêt, destinées sans doute à fortifier les marcheurs en route pour leur église distante d’une lieue (4 kilomètres) et probablement offertes par deux familles notables du Vieux Grimbosq, qui, pour les Postel 17Dans le tome II du registre de délibérations du commun on trouve mention de :
« Jacques Postel maistre tailleur demeurant à Paris » pour une vente de pièces de terre au Vieil Grimbosq
« maistre Nicollas Postel docteur professeur en médecine à Caen » propriétaire de « vingt bêtes à laine estimées 80 livres »
notamment, jouèrent un rôle éminent au XVIIe siècle dans la vie du hamel.

L’appartenance de ce hameau à la paroisse faisait que la partie de forêt située entre Saint Laurent et Grimbosq, ainsi que les terres jusqu’à l’Orne, dépendaient de l’administration du curé de Saint Laurent de Condel. Les registres paroissiaux en témoignent abondamment depuis les années 1610.

Comment ce hameau, a-t-il pu devenir un jour partie intégrante de la paroisse ?

Si l’on en croit la tradition orale recueillie par Surville et reprise par l’abbé Langlois, cette réunion serait consécutive à une épidémie (la peste peut-être).

Le curé de Grimbosq, trop timoré, aurait négligé ses mourants et été suppléé dans son ministère par celui de Saint Laurent. Ensuite, par reconnaissance, les habitants du hamel auraient manifesté leur désir de faire partie des ouailles de ce valeureux prêtre… Cette épidémie pourrait remonter à la fin du XVIe ou au début du XVIIe.

L’histoire est belle et peut avoir un fond de vérité. Ce qui est certain, c’est que l’appartenance du Vieil Grimbosq à la paroisse est bien antérieure. En effet, j’ai retrouvé un parchemin daté du 28 septembre 1460, provenant du chartrier de l’abbaye de Fontenay, qui fait mention du « trait de dîme » du Vieux Grimbosq.

En 1550, dans le bail des dîmes de Grimbosq, on évoque « le petit trait de dîme du hamel de Saint Laurent, enclavé près le dit Grimbosq ».

Jugement qui déboute Alain de Clinchamps de son exigence du droit de patronage sur l’église de St Laurent en 1348

Jugement qui déboute Alain de Clinchamps de son exigence du droit de patronage sur l’église de St Laurent en 1348

La dîme était un impôt, levé au profit de l’Eglise et qui permettait d’assurer le culte et les œuvres d’assistance qui s’y rattachaient. Elle touchait les possesseurs de terres de la paroisse qui se voyaient prélever une portion de leurs récoltes ou de leurs élevages (en principe 10%). Le « trait de dîme » est une ponction sur le territoire d’une paroisse. Il existait près de chez nous un autre cas : le trait de dîme des Ruaudets sur la paroisse de Mutrécy 18Archives départementales du Calvados H 6040.

 

L’abbaye de Fontenay était propriétaire de la dîme des paroisses environnantes au titre de la Charte de donation des Tesson. Cela n’empêchait pourtant pas la contestation 19Archives départementales du Calvados H 6200
En 1348, à la mort de Jourdain Saym, curé de Saint Laurent, Alain de Clinchamps contesta son droit de patronage de l’église à l’abbé de Fontenay. Il fut débouté.
20Archives départementales du Calvados H 6146
En 1740, un différend opposa le curé de Grimbosq et les religieux à propos de la propriété de la dîme. Il fut débouté de sa réclamation.
, mais à chaque fois, les jugements furent rendus en faveur des moines.
Peut-on en conclure que ce trait était un complément de revenu octroyé par l’abbé de Fontenay au prêtre de Saint Laurent, attaché à une paroisse particulièrement pauvre ? C’est tout à fait plausible et serait en concordance avec le terme « eleemosinarii » désignant les habitants de « Condel » 21Au XIVe siècle, l’église valait 30 livres et ne fut pas taxée
Paul de Farcy Abbayes de l’évêché de Bayeux 1887 AD in 4° 413
.

Ce qui est sûr, c’est que la dîme était abandonnée au curé de Saint Laurent, à la différence de celui de Grimbosq qui « percevait les dîmes, mais payait annuellement 40 livres de redevance à l’abbaye » 22Arcisse de Caumont op.cit
Les terres qui payaient la dîme à Saint Laurent étaient évidemment peu nombreuses. La forêt d’Harcourt en était directement redevable à l’abbaye de Fontenay et elle avait d’ailleurs été convertie en une rente annuelle (voir chapitre sur la forêt de Cinglais). Les propriétés des sieurs du Parc et de Roquebart ainsi que les terres du manoir de Préval étaient exemptes.
.

Le parchemin de 1460 qui fait mention du trait de dîme du Vieux Grimbosq

Le parchemin de 1460 qui fait mention du trait de dîme du Vieux Grimbosq

Il va en être ainsi jusqu’à la Révolution Française de 1789. En effet, les bouleversements de cette période vont complètement changer le statut de la forêt de Cinglais. Jusqu’à lors, elle n’était pas taxée puisqu’elle appartenait à des membres de la noblesse. Elle devint assujettie aux impositions et obligations communales comme tous les autres biens. Les six paroisses alentour, devenues communes, espéraient bien se voir attribuer une partie de forêt dans leur territoire. Par arrêtés des 28 juin et 11 juillet 1792, le directoire du district de Falaise et celui du département, ordonnèrent que la forêt d’Harcourt serait partagée selon les convenances locales entre les communes de Boulon, Saint Laurent, Fresney-le-Puceux, Bretteville, Barbery, Fresney-le-Vieux, Grimbosq et Les Moutiers. Leurs représentants 23Guillaume Paisant Duclos, maire, et Nicolas Guilbert sont les délégués de St Laurent.se réunirent le 10 avril 1793 à Saint Hubert pour effectuer le partage qui deviendra effectif le 3 octobre de la même année. Saint Laurent reçut la partie est de l’actuelle forêt de Grimbosq, délimitée par le ruisseau de la Grande Vallée, soit environ 182 hectares, Grimbosq 284 hectares, Les Moutiers 10 et Boulon 1052. Las ! Les orientations changèrent et, le 21 ventôse an IX (1801), la forêt fut déclarée « Bien de la Nation » et par là-même exemptée d’impôts.

L’année 1809 voit la mise en place du cadastre.

Les services chargés de son élaboration entament leurs travaux et entérinent le partage de 1793. Il apparaît dès lors que le hameau du Vieux Grimbosq ne peut être dans la commune de Saint Laurent puisqu’il est devenu territoire enclavé du fait de la répartition des lots de forêt.

Après des siècles d’appartenance à la paroisse de Saint Laurent, voilà 117 hectares de terre et une centaine d’habitants qui passent à la commune de Grimbosq et font perdre un tiers du revenu communal. Consternation à Saint Laurent !

 

Les Laurentais n’étaient pourtant pas au bout de leurs épreuves. Les rigueurs, conséquences des guerres révolutionnaires puis napoléoniennes, ont marqué les plus faibles et le nombre d’indigents est élevé. Avec le rétablissement de la royauté en 1815, on va « remplir de leurs droits » les émigrés. Deux petites-filles du duc d’Harcourt, épouses du Prince de Beauveau et du duc de Crussol, héritent de la forêt d’Harcourt. Ces propriétés doivent maintenant payer l’impôt et Saint Laurent reçoit celui qui correspond à la partie de forêt qui dépend de son territoire.

 

Le 27 mars 1818, une lettre du ministre de l’Intérieur demande aux communes limitrophes de la forêt de faire valoir leurs titres, qui devront être antérieurs à 1790, pour un nouveau partage. Le conseil municipal de Saint Laurent se réunit le 17 juillet 1818, en présence du contrôleur des contributions, monsieur Busnel. La commune, se fondant sur la distraction de son territoire du hameau du Vieux Grimbosq, fait valoir ses droits à des coupes autres que celles qui lui ont été attribuées lors du partage de 1793.

Le conseil municipal apprend que le garde général de la forêt, Joseph Brée 24Il deviendra par la suite maire de Grimbosq, représentant des héritiers d’Harcourt est en mesure de produire des rôles de l’impôt du « vingtième » depuis 1770 jusqu’à 1778 et la feuille de têtes qui paraît bien faire suite à ceux des années précédentes, concernant des propriétés sur Grimbosq 25Archives départementales du Calvados 3P78
Le revenu imposé est de 10300 livres jusqu’en 1772 et de 15000 livres à dater de l’année suivante.
. Saint Laurent ne peut se prévaloir de tels actes.

Grimbosq tient là un argument de poids pour appuyer la revendication de ses droits. Bien entendu, le conseil municipal de Saint Laurent, comme celui des autres communes, conteste la nature des biens qui sont à l’origine du paiement de ces impôts. Il ne s’agit en rien de la forêt d’Harcourt mais des moulins sur l’Orne 26Archives départementales du Calvados E 336
Pierre d’Harcourt fit bâtir ces moulins en 1623, ainsi qu’en témoigne le bail fait pour 3 ans à Pierre Crestien.Les lieux sont dénommés le Moulin d’Angers et l’Hermitage.
et de la ferme attenante, ainsi que du bois de Sainte Anne que le Maréchal d’Harcourt avait acquis d’un particulier. Les grandes forêts, propriétés des nobles, n’acquittaient aucun impôt.

Saint Laurent fait également valoir le droit ancestral de la paroisse sur la partie de forêt qui s’étend jusqu’à l’Orne. Il est aisé de produire des actes qui l’attestent depuis 1614. Dans des temps moins reculés, n’a-t-on point vu le curé de Saint Laurent inhumer le 1er décembre 1755 le nommé Pierre Pauger, couvreur, trouvé mort dans le ruisseau de la Grande Vallée ? Le 29 décembre 1773 c’est Jean le Breton, trouvé mort au Chêne Guillot, qui est inhumé par le curé de Saint Laurent dans le cimetière de Grimbosq.

On rapporte aussi pour preuve de l’indépendance de la forêt « qu’un nommé Martin, étant mort dans la maison de chasse de Saint Hubert, située au milieu de la forêt, le curé de Cesny, chef-lieu du duché, s’étant présenté pour faire la levée du corps, monsieur Lebart, alors intendant de Monsieur le duc d’Harcourt et juge du duché, intervint et déclara que la forêt ne dépendant d’aucune paroisse, il s’opposait à l’enterrement. Il requit ensuite le curé de Laize, paroisse qu’habitait le mort de venir l’enlever, ce qui eut lieu sans réclamation de la part du curé de Grimbosq » 27Archives départementales du Calvados 3P78.

 

Partant de là, plusieurs conseils tirent la conclusion que puisque la forêt ne dépendait pas de Grimbosq pour le spirituel, il devait en être de même pour l’impôt du vingtième.

 

Le Prince de Beauveau, tout comme le duc de Crussol, souhaite que la forêt de Cinglais forme un rôle unique sous le nom de Saint Hubert et que l’imposition de ses propriétés se fasse en une seule et même commune : Grimbosq. J’ignore quel a été l’impact de cette volonté dans la prise de décision du ministre de l’Intérieur…

 

Archives départementales du Calvados 3P79 Plan de la forêt qui résume les propositions de partage.

Archives départementales du Calvados 3P79
Plan de la forêt qui résume les propositions de partage.

Le 24 août 1820, coup de tonnerre dans le ciel laurentais : par ordonnance du roi,

« la partie de la forêt de Cinglais, dite Bois d’Alençon 28Archives départementales du Calvados 3P78
Boulon n’avait eu aucun mal à faire remonter ses droits sur cette partie de forêt à l’année 1392.
, département du Calvados, désigné au plan ci-annexé, fera partie du territoire de la commune de Boulon… L’autre partie, dite la forêt d’Harcourt, de la commune de Grimbosq… En conséquence, le Bois d’Alençon (soit 654 hectares) sera exclusivement imposé dans la commune de Boulon, la forêt d’Harcourt (soit 1529 hectares) le sera de même dans la commune de Grimbosq… »

La décision est lourde de conséquences : non seulement la commune perd les revenus liés à l’imposition de la partie de forêt dite « bois de Saint Laurent », mais voilà qu’après le Vieux Grimbosq, on sépare à nouveau son chef-lieu de 2 de ses hameaux : l’Acre et la Hupperie. En effet, ces terres cultivées, au sud du village, sont enclavées, c’est à dire sans continuité avec le reste du territoire.

Saint Laurent est réduit à 195 arpents, soit 93 francs de revenu (à titre indicatif, l’indemnité du curé s’élève à 140 francs).

 

Il y va maintenant de la survie de la commune. Le maire, Robert Marie 29Il a été élu le 15 mai 1815, fait appel à Guerry, avocat au Conseil du Roi et à la Cour de Cassation. (voir Texte du plaidoyer pour la révision de l’ordonnance royale du 24 août 1820)

 

La défense s’organise autour des arguments évoqués ci-dessus. Vont s’y ajouter des considérations juridiques sur la prescription qui résulte de la jouissance du « bois de Saint Laurent » depuis 1790.

Le cas des hameaux de l’Acre et de la Hupperie est également mis en avant, tout comme celui du Vieux Grimbosq. La disproportion entre les populations, la vitalité liée notamment aux nombreux commerces, les besoins des deux communes sont soulignés. L’incapacité enfin de faire face aux dépenses d’entretien d’une église, d’une mairie, de lavoirs, du versement d’une indemnité au curé, à l’instituteur et au garde-champêtre sont des éléments qui peuvent plaider en faveur d’une révision de l’ordonnance.

 

Le 9 juillet 1823, Pierre-Eustache Surville est élu maire de Saint Laurent. Au cours d’une réunion, on fait remarquer que la commune de Grimbosq est dans l’incapacité de fournir des rôles du « vingtième » antérieurs à l’acquisition du Moulin d’Angers, de la ferme et du bois de Sainte Anne, ce qui corrobore l’affirmation que la forêt d’Harcourt n’acquittait aucun impôt 30Archives départementales du Calvados 339
À cette cote, on trouve pourtant une quittance de 1756 signée Pagny, de « l’imposition du duc d’Harcourt sur le rôle de Grimbosq pour la forêt ».
.

 

Sur ce plan dressé pour les opérations de révision du partage de la forêt (1824), j’ai porté les renseignements suivants : Emplacement du Vieux Grimbosq ; chemin suivi par le curé et les paroissiens(les chemins aux abords du hamel ont disparu, suite aux remembrements); partie de forêt qui avait été attribuée à Saint Laurent lors du partage de 1793 et confirmé par le cadastre de 1810 (la motte d’Olivet en fait partie). Les terres vagues sur l’Orne sont celles qui sont soumises à taxation en 1658.

Sur ce plan dressé pour les opérations de révision du partage de la forêt (1824), j’ai porté les renseignements suivants :
Emplacement du Vieux Grimbosq ; chemin suivi par le curé et les paroissiens(les chemins aux abords du hamel ont disparu, suite aux remembrements); partie de forêt qui avait été attribuée à Saint Laurent lors du partage de 1793 et confirmé par le cadastre de 1810 (la motte d’Olivet en fait partie). Les terres vagues sur l’Orne sont celles qui sont soumises à taxation en 1658.

L’ordonnance de 1820 va être finalement rapportée. Le 29 décembre 1824 une nouvelle ordonnance royale va faire droit, en partie, aux revendications de Saint Laurent. La route de Caen à Angers formera la limite des parties de forêt attribuées aux communes de Grimbosq et Saint Laurent.

Grande satisfaction à Saint Laurent d’avoir été écoutés et retrouvé dans le patrimoine 1000 arpents de forêt… Sentiment qu’on leur a rendu justice comme on peut le lire dans ces propos virulents conservés dans nos archives communales :

« Faire régorger une commune engraissée par ses fraudes aux dépends de ses voisins, c’est rendre justice » 31Délibérations du Conseil municipal de Saint Laurent de Condel
Année 1824
.

Le sentiment de satisfaction est pourtant tempéré par la perte confirmée du hameau du Vieux Grimbosq et celle, nouvelle, du hameau de l’Acre qui est situé à l’ouest de la route Caen-Angers et d’une partie du hameau de la Hupperie. On envisage un temps de contester cette dernière disposition. Le préfet, à qui le maire de Saint Laurent exprime ces revendications, lui conseille de ne pas relancer une affaire suffisamment compliquée qui dure déjà depuis cinq années, et menace même de prendre position contre la commune.

L’affaire en restera donc là. Saint Laurent retrouve des ressources fiscales qui vont lui permettre entre autres d’envisager l’achat d’un presbytère et de faire effectuer des réparations à l’église.

 

Le temps fera ensuite son œuvre et les générations suivantes finiront par oublier les tensions et les rancœurs qui agitèrent leurs villages pendant des années… 32En 1851, cependant, la population du hameau de l’Acre réclamera son rattachement à Saint Laurent au ministre de l’Intérieur, sans obtenir gain de cause. Si l’on s’en tient au cadastre napoléonien de 1809, elle était très peu importante en nombre.

 

 

Jean Goujon est-il né à Saint Laurent de Condel ?

Jean Goujon est une des figures majeures de la Renaissance française. Sculpteur et architecte, il a laissé des œuvres fameuses qui lui valurent les titres de « Phidias français » et « Corrège de la sculpture ».

Bas relief « Nymphe et Triton » Musée du Louvre Paris

Bas relief « Nymphe et Triton » Musée du Louvre Paris

Les biographes du maître disposent de peu de renseignements sur le début et la fin de sa vie. Il fut une époque où on le fit naître à Paris vers 1520 et mourir le 24 août 1572, tué d’un coup d’arquebuse, lors de la Saint Barthélémy.

Aujourd’hui, on s’accorde pour dire qu’il est né en Normandie vers 1510 ou 1515 et décédé en Italie, probablement à Bologne, après 1572.

Qu’a-t-il à voir avec notre village ?

 

Le hameau Goujon n’est cité dans nos actes que dans la seconde moitié du XVIIe siècle. L’origine de ce nom nous est inconnue. Aucune famille ne porte ce patronyme dans les registres « baptêmes, mariages, décès » ou « délibérations du commun » depuis 1614.

Lors d’une de ses communications à la Société des Antiquaires de Normandie 33Mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie
T XVII p. 101 à 106
, Léchaudé-d’Anisy avance une hypothèse qui pourrait nous apporter une explication. Dans un acte daté du 27 août 1543, Pierre Goujon, de la paroisse de Saint Laurent de Condel, demeurant à présent à Paris, confesse avoir vendu à son neveu Jehan Patry 34Les Patry forment une famille notable, dont les membres figurent en bonne place dans la vie de la paroisse depuis le XVIIe siècle., fils de François Patry et de Marie Goujon, sa mère, tous les biens qu’il possédait dans les paroisses de Saint Laurent et des Moutiers.

Le 23 juin 1551, à la mort de Pierre Goujon son père, Jehan Goujon rend aveu à Charles d’Humières, évêque de Bayeux, pour trois fiefs qu’il tient en sa baronnie de Neuilly (près d’Isigny).

On sait qu’en 1541 et 1542, Jean Goujon a travaillé à Rouen, à l’église Saint-Maclou 35Henri Martin – Histoire de France – T VIII – 1858
« La fabrique le payait 12 sous par jour tandis qu’il travaillait aux portes de cette église, peut-être le plus bel ouvrage de sculpture sur bois que possède la France »
et à la cathédrale. En 1543, il est à Paris pour l’église Saint-Germain l’Auxerrois. L’arrivée de Pierre Goujon à Paris, après la vente des biens de Saint Laurent, correspond à cette période.

Buste du sculpteur

Buste du sculpteur

Le sculpteur fut ensuite chargé, de 1544 à 1547 de travaux considérables au château d’Ecouen, pour le connétable de Montmorency. Presque toute la partie artistique du château d’Anet, destiné à Diane de Poitiers, entre 1547 et 1550, est de lui. Vers la même époque il produit les délicieuses sculptures de la fontaine des Innocents, à Paris ; puis de 1555 à 1562, il est occupé à la décoration du Louvre.

Léchaudé d’Anisy attribue à Jean Goujon deux statues ailées « Saint Michel » et « Le Temps » dont il reproduit les dessins, qui seraient des œuvres de jeunesse, et qui sont déposées à Blainville, près de Bénouville, dans la propriété de M. Evremont Goujon, arrière-neveu du célèbre de la Londe, peintre et sculpteur. Il postule que son père, était lui-même sculpteur. Pierre Goujon est-il l’auteur des sculptures de l’hôtel de Longueville et de plusieurs autres édifices à Caen ? Il en a la conviction ! Il en veut pour preuve

« un bas-relief représentant la conquête de la Toison d’or, portant la date de 1500, placé au-dessus de la cheminée d’une maison de la rue Saint Jean, dépendante de cet hôtel. On voit, sur le socle des deux consoles qui soutiennent ce même bas-relief, d’un côté le monogramme PM, sans doute pour propria manu vel manus Petri, et de l’autre celui-ci GOV, évidemment une abréviation du nom de Goujon. Que l’on compare cette jolie composition avec l’espèce de tribune soutenue par des caryatides gigantesques, dans la salle des Cent Suisses du Louvre, œuvre de Jean Goujon, qui s’en rapproche beaucoup, et l’on sera forcé de convenir que ce dernier n’a pas pu devenir un artiste de premier ordre et le rival des statuaires grecs et romains, sans que son ciseau n’ait été guidé par une main aussi gracieuse et aussi expérimentée que celle de son père. »

Dans la « Revue des deux Mondes » de 1851, on peut lire à la page 1060 « si cette rectification biographique n’a point pour elle la certitude absolue, elle a du moins toutes les apparences d’une grande probabilité ».

 

Quoique Léchaudé d’Anisy utilise des arguments que l’on peut qualifier de spécieux, l’argumentation est intéressante et peut-être (sans doute ?) conforme à la réalité historique. Le saurons-nous un jour ?

 

Les terres communes

Les paroissiens de Saint Laurent de Condel possédaient des terres qui leur avaient été fieffées à diverses époques et qui étaient biens communs.

Les terres vagues sur l’Orne

Ainsi sont-elles dénommées dans les actes du XVIIe siècle. L’inclusion du Vieux Grimbosq dans la paroisse faisait que sa limite territoriale était formée par l’Orne. Cette situation existait depuis 1460, et sans doute avant. Il semble bien que ces terres ne présentaient aucun intérêt agricole, l’appellation « terres vagues » étant un indice fiable. Lorsqu’il fut question de taxer les terres communes, conséquence de l’Edit du Roi sur les « francs fiefs et nouveaux acquests » en 1637, les paroissiens s’empressèrent de déclarer qu’ils n’en étaient pas propriétaires, qu’ils renonçaient à tous leurs droits et étaient disposés à les céder au Roi.

Cette affaire va cependant durer 30 ans. Les premières mentions datent de 1637 et les dernières renonciations sont consignées dans la délibération du 28 août 1667 :

«…donné pouvoir de répondre aux demandes des sieurs des eaux et forêts et là y nommer les bordiers et riverains de la rivière de l’Orne et leur donner à connaître et déclarer qu’ils renoncent à tous droits provenant de ladite rivière… ».

Les paroissiens ne seront plus autrement inquiétés. La perte du hameau du Vieux Grimbosq en 1810 éteindra définitivement toute polémique.

Les Reaudets

Ce sont les coteaux entre Saint Laurent et Mutrécy, au nord-est du ruisseau de Coupe-Gorge.

Là encore, c’est la nouvelle taxation sur les « francs fiefs et nouveaux acquests » qui agite la communauté. Dans deux déclarations, les membres du Commun se justifient et essaient d’échapper au paiement de la taxe.

Le 18 décembre 1644, ils reconnaissent posséder

« une pièce de terre nommée les Reaudets, laquelle fut fieffée (il y a quelque temps) par le sieur de Beauche, commissaire desputé par le Roy, à la contenance de trois cents acres pour estre subdivisée entre les habitants de Boullon, Mutrécy et dudit Saint Laurent de laquelle partie les habitants dudit lieu de Saint Laurent de Condel en jouissent à titre singulier de viron quarante cinq ou cinquante acres de quoi ils paient annuellement la somme de quarante livres desquels héritages ils jouissent à l’exception du commun de la paroisse… consiste en rochers et terres infructueuses à la propriété et jouissance de laquelle les habitants en commun ont déjà renoncé et renoncent… ».

Une page de délibération du Commun datée du 30 mai 1658 Nicolas Bellenger, prêtre, curé de la paroisse, a réuni l’assemblée à l’issue de la messe paroissiale pour répondre à la taxation sur les « francs fiefs et nouveaux acquets, marests, maresquages, communes, et terres vagues » qui vient d’être instaurée... Ils déclarent qu’il n’y a à leur connaissance aucun bien qui répond à ces définitions et que s’il y en avait, ils souhaitent que le « Roy » en prenne possession. Ce texte est suivi d’une série de signatures et marques (pour ceux qui ne savent signer) que Nicolas Bellenger authentifie.

Une page de délibération du Commun datée du 30 mai 1658
Nicolas Bellenger, prêtre, curé de la paroisse, a réuni l’assemblée à l’issue de la messe paroissiale pour répondre à la taxation sur les « francs fiefs et nouveaux acquets, marests, maresquages, communes, et terres vagues » qui vient d’être instaurée… Ils déclarent qu’il n’y a à leur connaissance aucun bien qui répond à ces définitions et que s’il y en avait, ils souhaitent que le « Roy » en prenne possession. Ce texte est suivi d’une série de signatures et marques (pour ceux qui ne savent signer) que Nicolas Bellenger authentifie.

De cette déclaration, il apparaît que les Laurentais ne possèdent même plus la moitié des biens qui leur avaient été concédés et qu’il ne reste que « des rochers et terres infructueuses ». En effet, le meilleur a été vendu en labour et

« possédé par noble dame Magdallaine de Robineau dame de Fuguerolles demeurant en icelle paroisse, par Jacques baratte escuyer sieur du parc, par pierre et philippe trébutien par le sieur desmarests rocquancourt, par jean et philippe patry, par nicolas et pierre patry frère fils de marin, nicolas david, noel david, denis villard, thomas janne bourgeois de Caen, philippe le rebours, philippe le maryé sieur de Vandorme, thomas patry, laurent de lamare, jean david fils thomas,

Au retour de laquelle desliberation ont desclaré entant que ceux qui ne possèdent aucune chose desdits reaudes ils ne sont ny ne doivent estre subiets à ladite taxe…».36Délibération du 30 août 1642

Une longue procédure va opposer la paroisse à l’administration des Domaines. Dans un premier temps, Saint Laurent est condamné à 440 £ pour droits d’amortissement. Un appel est interjeté et on n’en fait plus mention dans nos actes après 1644.

À la Révolution, les Reaudets sont un lieu de pâturage et une carrière de pierre. Ils sont toujours dans le patrimoine commun. Dans un premier temps, ils ne doivent pas être partagés. Puis, le 25 pluviose an II, on change d’avis. Mutrécy en revendique alors la propriété, mais est débouté le 15 messidor an III. Finalement, les terres seront vendues par l’Etat « qui avait besoin de fonds » à monsieur de Sainte Marie pour la somme de 1725 francs. Elles étaient affermées 85 francs par an ; la commune reçoit 31 francs pour tout dédommagement, en application de la loi du 20 mars 1813. Ce qui amène le commentaire suivant de Pierre-Eustache Surville : « de l’argent pris à ces taux ne peut guère ruiner l’emprunteur » !

La Commune

Ces terres étaient situées de part et d’autre de l’actuelle venelle de la Foire, ainsi que le long de la route de Mutrécy, de l’actuelle rue de Verdun jusqu’au ruisseau de Coupe-gorge où elles formaient une bande discontinue.

« Tenues du roi », elles servaient de champ de foire depuis 1343 au moins, ainsi qu’en témoigne la donation faite par Philippe VI de Valois le 22 août à Thibaut de Mathefelon. La foire semble avoir disparu à la fin du XVIe siècle.

Lorsque l’on voulut taxer ces biens, les paroissiens multiplièrent les déclarations comme pour les autres terres.

En 1644, ils affirment posséder « viron une acre de terre sur laquelle il y a 3 ou 4 carrefours de chemins à cause desquels chemins ladite pièce de terre est infructueuse… ». En 1666, ils déclarent qu’« il n’y a aucun commun ny marais ny lande fort un friche qui contient viron cinq vergées ou viron qui sert de chemin et de vide aux bois de monsieur le marquis de Thury et de grand chemin dudit Thury à Caen. N’empêchent que le Roy en prenne possession ».

Leurs renonciations n’ont rien changé au statut de ce patrimoine, puisqu’ils en sont toujours propriétaires quelques années plus tard, ainsi qu’en témoigne la vente d’une partie de la pièce en 1684. Pourtant, d’autres ennuis vont se faire jour et donner matière à procès en 1777. 37Lire à ce sujet l’article d’Adolphe Hénaff

Là encore, les paroissiens s’en sortent bien.

Le 1er septembre 1793, une réunion se tient dans l’église à 16 heures, à l’issue des vêpres. Le président est Jacques Tribouillard et le scrutateur Thomas Gigon. On vote le partage de la Commune. Le lundi 14 octobre 1793, le citoyen Legras, arpenteur domicilié à Boulon, commence à mesurer la Commune. Il s’avère que sa superficie est notablement plus importante que ce qui ressortait des déclarations passées. Elle doit être divisée en 105 parcelles portant chacune un numéro. Le fils de Jean Lamare tire au sort chacun des lots : 1 par maison, y compris celles du Vieux Grimbosq (ce fait sera repris comme argument en faveur du maintien du hameau dans le cadastre de Saint Laurent). À cette occasion, on réserve des emplacements pour de nouveaux chemins ou le prolongement de chemins existants.

De ces parcelles, il n’en subsiste qu’une en l’état. Toutes les autres ont été vendues pour constituer des terrains plus grands où l’on a bâti des maisons, ou sont devenues herbages ou labours.

 

Extraits de la Charte de Fondation Abbaye de Fontenay (1070)

Gallia Christiana
Provincia Rotomagenois édition de 1874
Instrumenta Ecclesiae Bajocensis colonnes 61-63

« In nomine santae et individuae Trinitatis… Notum sit omnibus… quod Radulfus taxo filius Radulfi Andegavensis et Alpaidis ad laudem Dei omnipotentis et S. Stephani proto martyris fundavit coenobium pro indulgentia peccatorum suorum et salute animae suae atque pro remedio animarum omnium parentum suorum in hoc loco qui Fontanetum dicitur vulgari nomine. Ipse enim per gratiam sancti Spiritus animatus consilio et auctoritate romani pontificis et nutu Willelmi Normannorum principis filii videlicet Roberti comitis qui Willelmus regnum Angliae armis subjugavit et strenue gubernavit… rum de propriis rebus et facultatibus suis opus incoepit et ad effectum perduxit quantum potuit…

Dedit quoque omnes eleemosynarios de Condello qui habitant juxta silvam, et omnem terram quae est habilis ad arandum et habitandum juxta eamdem silvam ad dexteram partem viae quae ducit Toereium ».

« Au nom de la sainte et indivisible Trinité… Sachent tous que Raoul Taisson 38Ou Tesson, fils de Raoul l’Angevin et d’Alpaïde a pour le pardon de ses péchés et le salut de son âme fondé un monastère dans le lieu appelé vulgairement Fontenay à la gloire de Dieu et de Saint Etienne premier martyr. Animé de la grâce du saint Esprit sur le conseil et par l’autorité du pontife romain avec l’accord de Guillaume prince des Normands fils du comte Robert qui a soumis le royaume d’Angleterre par les armes et le dirige d’une main ferme… Raoul a commencé cette fondation en prenant sur ses propres biens et il l’a menée à bien autant qu’il lui a été possible…

Il a donné (à ce monastère) tous ses vassaux de Condel qui demeurent près de la forêt et toutes les terres labourables et habitables qui se trouvent près de cette forêt à droite de la route qui mène à Thury ».

1070… Philippe I est roi de France. Guillaume, « le bâtard », duc de Normandie a, quatre années plus tôt, par sa victoire sur Harold à Hastings, adjoint la couronne d’Angleterre à son cercle ducal.

Raoul III Tesson dresse un état des donations de son père et de son grand-père à l’abbaye de Fontenay, d’après les informations faites par un jury, nommé à cet effet par Guillaume-le-Conquérant.

Raoul I était le fils de Raoul d’Anjou et d’Alpaïde, arrivés probablement dans la région entre 1017 et 1024. Le peuple donna à Raoul le Vieux (Radulphus senex) le surnom de Tesson, qui en vieux langage signifiait « blaireau » (taxo). Le qualificatif s’appliqua à son fils aîné 39ou Taisson, on le trouve aussi nommé Tesson de Cinguelais. Sa fortune territoriale était en effet telle qu’il pouvait terrer partout, à l’instar du blaireau. D’après un ancien proverbe normand, sur trois pieds de terre, il en avait deux 40Noulens « Maison de Clinchamps » 1884
A.D in 4° 477
. À sa mort, les biens et les terres de Raoul d’Anjou furent partagés entre ses deux fils : Raoul I Tesson et Erneis. Cet héritage fut à l’origine d’un conflit ouvert entre les deux frères.

Raoul I érigea en abbaye le prieuré de Fontenay, situé au bord de l’Orne, sur l’actuel territoire de la commune de Saint-André-sur-Orne, et qui pourrait avoir été primitivement fondé vers l’an 568 par saint Evremond de Bayeux 41Cartulaire de l’abbaye de Fontenay
H 5602
.

En la dotant et en la faisant bâtir, il mérita d’en être considéré comme son fondateur, même si Erneis s’en attribua aussi la paternité. Il est difficile de fixer l’année de cette fondation car on ne possède pas la charte de Raoul Tesson I, ni celle de son fils Raoul II. L’abbé De la Rue la situe entre 1015 et 1049 42De la Rue (Abbé) « Histoire de Caen » 1820
A.D XIII 102 T II
. Les Tesson qu’ils soient de la branche aînée ou cadette y avaient tous droit de sépulture.

La plupart des seigneurs normands s’empressèrent de faire des donations à cette abbaye pendant le XIIe siècle. Elles se multiplièrent au siècle suivant et au début du XIVe.

L’abbaye fut en partie ruinée sous le règne de Charles VI par les troupes anglaises et navarraises qui brûlèrent et dévastèrent la plupart des maisons religieuses de Normandie 43Cartulaire de l’abbaye de Fontenay H 5602. Elle ne survécut pas aux destructions de la période révolutionnaire.

 

Pour en savoir plus :

 

Copie d’un document du 6 octobre 1550 relatif aux dîmes de Grimbosq et au trait de dîme du hameau enclavé de St Laurent.

Archives départementales du Calvados Cote H 6140

« À tous ceux que ces lettres verront, Charles Connart, escuier lieutenant… ?…garde du seel des obligationsde la vicomté de Saint Silvin et le Thuyt Salut ?… faisons que par devant maurice langlois, charles collebault tabellions pour le roy nottre sire en ladite vicomté dudit lieu pour les paroisses de Vaucelles près Caën furent présens noble et scientifique personne monsieur maitre martin ruje ? conseiller pour le roy nottre sire en la cour du parlement a paris abbé commanditaire de labaye de Saint Etienne de fontenay pré Caën lequel après avoir fait assembler tous les religieux de ladite abbaye au son de la campaigne en leur chapitre pour traitter de leurs affaires desquels religieux les noms ensuivent et premièrement frère gaspard deoris prieur de grandmons et prieur claustral de ladite abbaye, guillaume de la Croix sous-prieur, blaize de neufville, romain eude, robert mallard osmonnier, nicollas licieu ? sacristain, guillaume de la haye enfermier ?, Isaac malherbes, francois bonaisand, charles auber, pierre morel et guillaume michel tous relligieux et pra.. ? de laditte abbaye lesquels conjoitement confèrent ? audi baillé a ferme muable pour le temps de six années six cueillettes et levées commenceants du jour Saint Jean baptiste prochain venant et suivant lesd six années et levées rendues et accomplies a honnête homme jean le Sueur et jean Vincen de la paroisse de grimbost au presens qui reconnurent avoir pris et renouvellé desdits sieurs abbé et relligieux pour ledit temps cest a scavoir les dismes des bleds et dimages de ladite paroisse de grimbost avec un petit trait de dixme du hamel de Saint Laurens enclavé prés ledit grimbost qui y seront croissantes pour ledit…. ? tout sans renovation (renonciation ?) ny retenue a enjoint ? que par cy devant les autres fermiers en ont jouy possédé et comme iceux preneurs en uzé les dernières année et même de la grange de dixme ou plan si aucune y an a et estdesfait moyennant le prix et somme de vingt cinq livres tournois pour la première année et levée, cinquante livres de beurre deux livres de cyre au sacristain et deux boisseaux d’orge à l’osmonier et pour chacune des cinq années après subsequentes ensuivant trente livres tournois en argent… ?cinquante livres de beurre, cyre et orge et pour le vin de monsieur labé pour les marchés de ce présent bail cinq escus douze sols une fois payer et sans donner reproche les uns aux autres des baulx precedents qui pourraient être encore duvants ? qui demeureront corrompus par la teneur du présent largent des dixmes payables a deux termes et payements esgaux par moitié scavoir est la Chandelleur et fête de lascension le beure cyre et orge le tout au terme Chandelleur et… prochains venants en un an et ainsy d’an en an et de terme en terme jusques affin de terme le tout rendre en laditte abbaye sans tarder le payement que huit jours après chacun terme et sil tarde davantage il sera au voulloir dudit sieur abbé de casser et annuller le present bail et soy retourner ala possession et jouissance des dittes dixmes sans en tenir proces aucunement par iceux preneurs de tout acqui serait deû et escheû sans aucun dedommagement enquoy les dits sieurs abbé et religieux ne demeureront en rien garans et submission pour ceux du bailleur plaige repondant et suffisant du tout cequi dit est simes… ? touttes fois et quantes et delivreront iceux preneurs le bail de Monsieur Labbé en forme de grosses et le tout a leur depens et si payeront iceux preneurs le vin des religieux de la ditte abbaye en attachant le sceau du couvent au bail desdits preneurs et par le moyen que dessus les.. sieurs abbé et relligieux en obligeront tous leurs biens et garanties cedit bail et les dits preneurs a tenir et entretenir pour faire et executer de point en point en tout ce que dit est sans a jamais aller ni faire venir au contraire en aucune manière que ce soit et pour ce rendre et restaurer ? tous les ecrits mises pertes et dommages qui pour ce seraient faits en sorte qu’ils en obligerent tous leurs biens meubles et herittages et de leurs hoïrs presens et advenir et sans division a prendre et vendre par execution d’office de justice sans proces pour l’entretien des quelles choses et ala cellation des dits tabellions avons mis a ces lettres le scel dessus dit sauf autruy droit ce fut fait et payé le sixième jour d’octobre mil cinq cents cinquante presens Vénérable homme maître Jean morel curé de Saint pierre auboure signé langlois coullebault avec paraphes. »

 

Texte du plaidoyer pour la révision de l’ordonnance royale du 24 août 1820

Archives départementales du Calvados Cote 3P79

Copie du document original de la Réclamation de 1823

Copie du document original de la Réclamation de 1823

À son Excellence
Monseigneur le secrétaire d’état au Département de l’Intérieur.

Réclamation
Pour le Maire et les habitans de la commune de Saint Laurent de Condel, arrondissement de Falaise, département du Calvados.

 

Monseigneur,

Une ordonnance du Roi, en date du 24 août 1820, rendue sur le rapport de S. Ex. votre prédécesseur, enlève à la commune de Saint Laurent la presque totalité de son territoire pour la réunir à celui de la petite commune voisine.

Cette distraction de territoire cause à la commune de Saint Laurent le plus grand préjudice, puisque, par là, elle se trouve privée des centimes additionnels pour le soutien des charges communales, et même du marc le franc et impositions, pour subvenir à ses dépenses extraordinaires.

 

Les suppliants croyent avoir le droit de solliciter le rapport de cette ordonnance.

 

Elle a été rendue sans que les suppliants aient été entendus. Ils pensent donc pouvoir en demander la réformation par voie d’opposition.

Et en considérant cette ordonnance comme rendue en matière non contentieuse, ils invoquent encore l’art. 40 du 11 juin 1806, portant :

« Lorsqu’une partie se croira lésée dans ses droits ou sa propriété, par l’effet d’une décision de notre Conseil d’Etat, rendue en matière non contentieuse, elle pourra nous présenter une requête pour, sur le rapport qui en sera fait, être, l’affaire renvoyée, s’il y a lieu, soit à une section du Conseil d’Etat, soit à une Commission »

Outre sa demande, qui tient à ce que l’ordonnance du 24 août 1820 soit rapportée, la commune de Saint Laurent sollicite encore de Votre Excellence d’ordonner la réunion à son territoire, du hameau du Vieux Grimbosq, qui en a été distrait sans motifs.

Nous allons établir les faits et les moyens sur lesquels se fondent les réclamations des suppliants.

 

Faits

La commune de saint Laurent de Condel avoisine la forêt de Cinglais.

Cette forêt appartenait avant la révolution à M. le Maréchal d’Harcourt.

Elle ne supportait pas la contribution et n’était tenue d’aucune charge communale.

Depuis, assujettie, comme tous les autres biens, aux impositions et aux obligations municipales, elle dût être, pour les communes environnantes, un objet fort intéressant. Il fut question, entre ces communes, de déterminer quelle portion de cette forêt entrerait dans leurs territoires respectifs. Le 3 octobre 1793, il fut fait un partage entre les communes. Celle de Saint Laurent eut la partie de cette forêt qui l’avoisine et la limite fut déterminée par le ruisseau qui passe au milieu de la forêt. (voir le plan ci-joint)

Cette portion de forêt fut imposée sur la commune de Saint Laurent jusqu’au moment où les bois devenant la propriété du gouvernement, cessèrent de payer aucune contribution.

Restituée à Mr de Beauveau, elle fut de nouveau imposée sur cette commune, et a toujours continué de l’être.

Le Territoire de la commune de Saint Laurent se trouvait composé, outre cette portion de forêt, d’un hameau appelé le Vieux Grimbosq.

Lors de l’opération du cadastre, les plans qui en furent dressés continuèrent de comprendre dans le territoire de St Laurent, la portion de forêt dont il s’agit, connue sous le nom de Bois de St Laurent mais ils en séparèrent le Vieux Grimbosq, pour le réunir au village de Grimbosq.

Cette distraction d’une partie de son territoire fut très préjudiciable à la commune de St Laurent.

Le 17 juillet 1818, le contrôleur des contributions se présenta au conseil municipal de la commune à l’effet de mettre à exécution une lettre de son Ex. le ministre de l’Intérieur, du 27 août précédent qui ordonnait de proposer la division du bois d’Alençon et de la forêt de Cinglais.

Le bois d’Alençon est la portion de la forêt qui avait été attribuée à la commune de Boulon.

Le Conseil municipal de la commune de St Laurent fit valoir ses droits à des coupes autres que celles qui avaient été réunies à son territoire. Il se fondait particulièrement sur la distraction de son territoire du hameau du Vieux Grimbosq. Ne s’agissant que de la division du bois d’Alençon et de la forêt de Cinglais, il ne pouvait croire que la distraction entière de cette forêt aurait lieu au préjudice de cette commune ;

C’est cependant ce qui est arrivé. Par ordonnance du 24 août 1820, rendue sur le rapport de S. Ex. le Ministre de l’Intérieur, Sa Majesté a prononcé en ces termes, sans donner aucun motif de sa décision :

« La partie de la forêt de Cinglais, dite le Bois d’Alençon, département du Calvados, désignée au plan ci-annexé, par les lettres A.B, fera partie du territoire de la commune de Boulon, et les limites de Barbery, de Fresnay-le-Vieux, d’Espins, des Moutiers, des Maizets, de Mutrécy et de St Laurent, est fixée par la ligne rouge du plan ; en conséquence, le bois d’Alençon sera exclusivement imposé dans la commune de Boulon, la forêt d’Harcourt le sera de même dans la commune de Grimbosq, sans préjudice des droits d’usage ou autres, que les communes environnantes pourraient y avoir ».

Cette ordonnance est funeste, par ses effets, à la commune de St Laurent. Ces distractions successives de son territoire, ont anéanti ses revenus. Il lui est impossible, en ce moment, de supporter ses charges communales.

Dans cet état de choses, les suppliants demandent d’une part, qu’il plaise à Votre Excellence solliciter de Sa Majesté le rapport de l’ordonnance qu’elle a rendue, et d’autre part, que le Vieux Grimbosq soit rétabli dans son territoire.

 

Moyens relatifs à l’ordonnance rendue

Le territoire des communes est pour elles d’une grande importance, puisqu’elles ont le droit d’obtenir des centimes additionnels sur les contributions, et même dans diverses circonstances, le marc le franc de ces mêmes contributions.

Obligée à des dépenses plus ou moins considérables, il y a nécessité qu’elles aient les revenus suffisants pour y faire face.

La partie de la forêt de Cinglais ou d’Harcourt, désignée au plan cadastral, sous le nom de bois de St Laurent, faisait partie du territoire de cette commune.

Ce droit de la commune à cette partie de forêt, était constaté d’un côté par le partage fait le trois octobre 1793, de l’autre, par le plan dressé lors du cadastre ; enfin, par le fait que depuis cette époque, l’imposition avait toujours eu lieu dans la commune de St Laurent.

Ainsi cette commune avait titre & possession. On ne pouvait donc lui enlever son territoire.

Quels ont été les motifs de l’ordonnance rendue. Elle n’en exprime aucun ; cependant, nous devons en prévoir un qui a été invoqué lors de la délibération du Conseil Municipal du 17 juillet 1818.

On a prétendu que jusqu’en 1790 la forêt d’Harcourt a fait partie du territoire de Grimbosq, et à l’appui de cette assertion on a produit des rôles de vingtièmes depuis l’année 1770, et la feuille de tête de celui de 1790.

Les suppliants ont plusieurs réponses à faire :

1° Le Maréchal d’Harcourt ne payait de 20e sur la commune de Grimbosq, que pour un moulin, une petite ferme, et une partie de bois qu’il avait acquis d’un particulier, et nullement pour la forêt de Cinglais.

2° La contribution du 20e était semblable à la contribution personnelle actuelle. Elle ne se percevait que dans une seule commune, quoique les biens soumis fussent dans le territoire de beaucoup d’autres communes. Ainsi donc, cette imposition du 20e fut-elle applicable à la totalité de la forêt de Cinglais, ne justifiait pas que cette forêt se trouvait toute entière dans le territoire de Grimbosq.

3° Quand il serait vrai que jusqu’en 1790, la forêt dont il s’agit aurait fait partie du territoire de Grimbosq, cet état de choses a changé. Depuis 1790, chacune des communes qui avoisinait cette forêt, en a joui pour une portion. Le partage de 1793 a consacré pour chaque commune, l’étendue de son territoire sur cette forêt. Celle de St Laurent a joui, depuis cette époque de ce qui lui avait été attribué. Cette commune avait donc une possession de trente ans, jointe à un titre respectable et toujours exécuté. Ainsi donc, si la possession d’un territoire peut être assimilée aux droits résultant de la propriété, la commune aurait acquis ce territoire, soit par la prescription de trente années, qui sont suffisantes pour acquérir sans titre, soit par titre & par prescription de dix ans (voir les art.2219, 2262 & 2265 du code civil).

5° Enfin, le territoire d’une commune doit se composer de ce qui l’approche et de ce qui l’entoure. Ce territoire doit être naturellement plus ou moins étendu, d’après l’importance de chacune des communes qui l’avoisinent. Il faut considérer leur population et leurs charges respectives. Il ne peut être juste qu’une commune qui a très peu d’habitants ait un territoire fort étendu, lorsqu’une commune voisine & populeuse en aurait un très resserré.

La forêt de Cinglais touche aux jardins des maisons de la commune de St Laurent. Sous ce premier rapport, elle devait faire partie de son territoire. Il n’est pas naturel que la commune de Grimbosq, après avoir compris dans son territoire la partie de la forêt qui va jusqu’au ruisseau formant autrefois la limite des communes, remonte cette vallée & aille joindre les habitations particulières de la commune de St Laurent. Cette limitation est contraire à la nature des choses. Le voisinage d’une forêt est une cause de dommages pour les propriétés voisines. Les animaux malfaisants ou destructeurs trouvent dans les bois des retraites assurées, d’où ils sortent souvent pour faire des dégâts dans les propriétés les plus rapprochées de ce bois. C’est ce qu’éprouvent tous les jours les habitants de St Laurent, et cependant ils ne pourront obtenir aucun dédommagement puisque cette forêt se trouve maintenant hors de leur territoire.

La différence dans l’importance de ces deux communes est remarquable :

Celle de St Laurent est traversée par la grand route de Caen à Mayenne ; elle forme bourg ; elle a sept cents habitants et sa population augmente tous les jours ; elle a des fontaines commodes et abondantes ; elle est commerçante ; elle a une succursale d’où dépendent deux annexes. Elle a toujours été considérée comme le chef-lieu des quatre communes qui l’environnent.

Celle de Grimbosq est à l’extrémité de la forêt, sans communications utiles ; elle a deux cents cinquante habitants seulement ; elle n’a point de commerce ; elle est sans presbytère, sans curé & n’a qu’une église fort petite.

La première est obligée aux dépenses que nécessite une commune habitée ; il faut qu’elle paye annuellement les frais de la Mairie, l’indemnité du logement du curé, l’instituteur, le garde-champêtre ; il faut qu’elle entretienne l’église, les chemins publics & les fontaines. Pour raison de toutes ces charges accumulées, il lui reste à peine 80 francs de revenus. Que devra donc faire le Conseil Municipal de la commune ? Tous les centimes additionnels qu’il pourra obtenir de faire payer ne suffiront jamais pour subvenir à ces dépenses ; il ne lui restera d’autre parti que d’abandonner aux injures du temps son église, ses chemins, sa fontaine et de cesser l’éducation chrétienne de leurs enfants.

La commune de Grimbosq n’a presque aucune charge, à raison de sa position et de sa population.

Ainsi donc quand il serait vrai que la commune de St Laurent n’a ni titre, ni possession sur la forêt dont il s’agit, sa situation, sa population, les dépenses considérables auxquelles elle est assujettie, seraient une raison suffisante pour lui accorder un agrandissement de territoire ; c’est un motif plus puissant encore de ne pas lui enlever ce qu’elle a possédé de tout temps.

Il est à remarquer qu’en réunissant à la commune de Grimbosq la partie de forêt qui appartenait à celle de St Laurent, on a séparé de celle-ci une portion de territoire (150 arpents de terre) qui jusqu’à ce moment ne lui a pas été contesté ; mais comme cette portion de territoire touche celui des communes des Moutiers & de Grimbosq, elle devra encore nécessairement être distraite de la commune de St Laurent pour être réunie à ces deux communes. Le territoire d’une commune se compose toujours de ce qui l’environne et la touche. Or la portion dont il s’agit ne joint plus les habitations de St Laurent ; elle se trouve enclavée dans le territoire des deux communes voisines (voir le plan lettre B), elle doit donc encore cesser d’appartenir à St Laurent car jamais le territoire d’une commune ne peut être placé dans le territoire d’une autre commune.

Tel serait donc, Monseigneur, l’effet de l’ordonnance rendue le 24 août 1820, que non seulement la commune de St Laurent serait privée d’un territoire qui lui a été contesté, mais encore de celui qui ne l’a jamais été.

Le Conseil Municipal de Saint Laurent espère que les motifs qu’il vient de donner seront suffisants pour que vous vouliez bien, Monseigneur, solliciter de sa majesté le rapport de l’ordonnance qui leur porte un préjudice qui serait irréparable et qui n’est presque d’aucun avantage à une commune sans population et sans charges.

 

Moyens relatifs au hameau du Vieux Grimbos

De tout temps, le Vieux Grimbosq a fait partie du territoire de St Laurent.

En 1792, lors du partage des biens communaux de St Laurent, le hameau du Vieux Grimbosq, composé de cent habitants, y prit part. Lors de l’opération du cadastre, les plans qui furent dressés, réunirent au village de Grimbosq le ha-meau du vieux Grimbosq, dont il s’agit. Il est présumable que la ressemblance du nom en a été le motif.

Cette distraction de territoire a été préjudiciable à la commune de St Laurent dont elle a diminué considérablement les revenus.

Malgré cette distraction, il est de fait que le spirituel de ce hameau appartient encore à l’église de St Laurent.

Les suppliants réclament de Votre Excellence le rétablissement de ce hameau du Vieux Grimbosq dans le territoire de leur commune.

Les motifs de sa réclamation sont simples :

Ce hameau a toujours fait partie de la commune ; on ne pouvait le distraire de son territoire sans cause.

La ressemblance du nom ne pouvait être une raison de faire cette distraction au profit de la commune de Grimbosq, puisque rien ne justifie que ces villages aient jamais été réunis.

Enfin le cadastre a dû être fait pour assurer entre les particuliers une répartition égale dans l’impôt. Les plans et estimations n’ont eu pour but que cet objet ; mais il n’appartenait pas aux employés du cadastre de changer les limites des communes et d’attribuer à l’une le territoire de l’autre.

Nous ajouterons encore qu’il est de toute justice que des habitants qui ont partagé les biens communaux de la commune de St Laurent aillent porter leurs centimes additionnels dans une autre commune.

C’est donc avec raison que la commune de St Laurent de Condel réclame le rétablissement du Vieux Grimbosq dans les limites de sa commune.

La commune de St Laurent espère que ses deux réclamations seront favorablement accueillies par votre Excellence, et qu’elle prendra en considération la situation affligeante dans laquelle elle se trouve en ce moment.

 

Requièrent,

à ces causes, les suppliants qu’il plaise à Votre Excellence,

Soumettre à Sa Majesté leur réclamation tendant à ce que l’ordonnance du 24 août 1820 soit rapportée ; en conséquence qu’il soit ordonné que la forêt d’Harcourt ou Cinglais continuera de faire partie des territoires des communes de St Laurent de Condel & Grimbosq ; en suivant le ruisseau qui forme la ligne séparative des deux territoires ; sinon, et dans le cas où on voudrait que la forêt ne fût pas divisée, qu’il soit ordonné qu’elle sera réunie en entier à la commune de St Laurent, attendu sa position, sa population & ses charges.

Enfin ordonner que le hameau du Vieux Grimbosq fera partie comme par le passé, de la commune de St Laurent.

 

Production

1°) la copie du plan cadastral
2°) la délibération du Conseil Municipal de St Laurent du 10 juillet 1818
3°) Enfin l’ordonnance du Roi, du 24 août 1820

 

Guerry, avocat aux conseils du roi

 

L’église

HIST_ST_LAURENT_VERS._int-010De tous les vestiges du passé d’un village, l’église est souvent le plus ancien et en tous cas celui auquel se rattache l’histoire de toute une population.

Celle de Saint Laurent de Condel ne dément pas cette affirmation et nous permet de faire une profonde incursion dans notre passé. Telle qu’on peut la voir de nos jours, elle constitue un exemple de réfection harmonieuse où a présidé le souci de l’unité de l’édifice.

L’église est en effet constituée de trois éléments, distincts par l’époque de leur construction ou de leur restauration : la nef, le chœur et le clocher.

Je vous propose de faire un bond en arrière de neuf siècles, au temps de Guillaume, duc de Normandie, devenu en 1066 roi d’Angleterre, après sa victoire sur Harold à Hastings.

 

XIe siècle

Un des grands vassaux de Robert, duc de Normandie, Raoul Tesson I, fonde l’abbaye Saint Etienne de Fontenay dans la première moitié de ce siècle. Pour la doter, il confie, entre autres, le spirituel de ses terres de « Condel » aux moines bénédictins. La charte de 1070 en apporte le témoignage Elle récapitule, confirme et augmente les dotations de Raoul I, de Raoul II (le baron qui se rallie à Guillaume juste avant la bataille de Val-ès-Dunes en 1047) et de Raoul III 44Charte de Fondation et de Dotation de l’abbaye de Fontenay
Gallia Christiana / Provincia Rotomagenois / Edition de 1874
Instrumenta Ecclesiae Bajocensis colonne 64
.

Cela signifie que l’abbé de Fontenay percevra la dîme et aura le patronage de la paroisse, c’est à dire qu’il nommera à la cure. En 1348, ce droit lui sera contesté par Allain de Clinchamps au moment du décès de Jourdain Saym, curé de Saint Laurent 45Archives départementales du Calvados H 6200. Il sera finalement débouté après plusieurs jugements

On édifie donc une église comme dans d’autres paroisses des environs et pour ce faire, on utilise les schistes extraits des carrières locales. Elle aura les dimensions et sera construite à l’emplacement de l’actuelle nef.

Les murs sont faits de pierres disposées en arêtes de poisson et on les perce de « petites fenêtres cintrées très étroites » 46Arcisse de Caumont – Statistique Monumentale du Calvados
Arrondissement de Falaise 1850
.

On peut se faire une idée de ce style campagnard du XIe siècle en observant le mur septentrional de l’église de Mutrécy, qui constitue une référence en la matière.

Elle n’est pas voûtée ; la porte est simple et ne comporte pas de moulures ; le sol est de terre battue.

Ainsi sera l’église de Saint Laurent durant plus d’un siècle, jusque vers 1200.

Début du XIIIe siècle

C’est à cette époque que l’on va construire le chœur et un clocher. L’église serait-elle devenue trop petite ? C’est un argument qui me paraît peu vraisemblable et cela pour deux raisons :

  • la première est qu’il ne semble pas que la population ait sensiblement augmenté avant le XVIIIe siècle
  • la seconde est que l’on aurait alors sans doute édifié un chœur à l’image de la nef et en tout état de cause pas aussi « riche » que celui que l’on peut admirer aujourd’hui.

 

Le chœur de l’église de Saint Laurent de Condel est en effet mentionné parmi les réussites les plus originales de l’architecture médiévale en Basse-Normandie, grâce notamment au portail qui orne son mur méridional. Arcisse de Caumont, le fameux archéologue normand du XIXe siècle a noté 47Arcisse de Caumont
Op.cit.
: « elle (la porte) est surmontée d’un oculus, genre de fenêtres très rare chez nous au commencement du XIIIe siècle ».

On peut également lire, sous la plume de J.Yard :

« La présence d’un oculus de grande dimension au-dessus d’une lancette unique, constitue un cas presque exceptionnel dans nos régions. Les maîtres qui, au début de la période gothique conçurent cette initiative, ont traité leur sujet avec une sobriété qui n’exclut pas la grâce ». 48J. Yard in « Sacerdoce et Vocations »
N° 64 année 1950

Tout comme Arcisse de Caumont, il a été sensible à la beauté de la voûte et des colonnes du chœur, ainsi qu’à l’équilibre architectural du chevet bordant la route, avec à la fois des « arcatures à plein cintre » et des fenêtres aux ogives à peine marquées.

La construction du chœur remonte bien à la période de transition entre le « roman » et le « gothique », donc fin XIIe-début XIIIe siècle.

Toutes ces considérations ont conduit les services des Beaux-Arts à le classer « inscrit monuments historiques » par arrêté du 18 mars 1927.

 

La richesse et l’originalité de ce chœur, accolé vers 1200 à une nef tout à fait commune, « telle qu’on en faisait à cette époque presque partout dans nos campagnes » 49Arcisse de Caumont Op. cit., ont amené l’abbé Langlois à imaginer l’intervention d’un riche personnage, « un seigneur de Saint Laurent de Condel » dont il faudrait voir ici la chapelle 50Abbé Langlois
Notice sur la paroisse de Saint Laurent de Condel 1862
.

Cette hypothèse est plausible et j’y reviendrai plus loin.

 

A la même époque ou presque, on entreprend l’édification d’un clocher, en pierres de taille, comme le chœur. L’a t’on voulu tout en pierre, ainsi que celui que l’on voit aujourd’hui ? Je l’ignore… Toujours est-il que l’on s’arrête à environ 8 mètres au-dessus du sol, et que l’on « coiffe » cette base d’une charpente de bois « en pyramide ».

Cette amorce de tour, qu’Arcisse de Caumont estime légèrement postérieure au chœur semble inachevée.

À t’on dû arrêter la construction faute de moyens ?

Le généreux mécène est-il mort ?… Autant de questions que l’on peut se poser !

HIST_ST_LAURENT_VERS._int-011 HIST_ST_LAURENT_VERS._int-012 HIST_ST_LAURENT_VERS._int-013

Quelques dessins extraits de la Statistique Monumentale du Calvados d’Arcisse de Caumont

Du XIVe siècle au XVIIIe siècle

L’église va traverser sept siècles, dont la période révolutionnaire, sans trop de dommages. Le chœur ne subit aucune réparation importante qui soit notée dans les actes dont nous disposons.

La nef, elle, subit des transformations. On va y percer à différentes époques (du XIVe au début du XIXe) des ouvertures destinées à donner aux fidèles assistant à l’office, un peu plus de clarté que les minuscules fentes du mur originel.

Elle doit être régulièrement entretenue et les délibérations du Commun instituent de temps en temps des impôts pour des réparations plus ou moins importantes. À une certaine époque que je ne peux autrement déterminer, un incendie partiel affecte la nef. C’est du moins ce qu’en concluent en 1858 51Abbé Langlois
Op. cit.
les ouvriers chargés de la réfection du portail, à la vue de pierres brûlées. Faut-il rapprocher cette observation de la tradition orale rapportée par Pierre-Eustache Surville 52Pierre-Eustache Surville maire de Saint Laurent de Condel
Etat général des lois, titres et mobilier de la commune 1839
selon laquelle l’église, ou du moins la nef, aurait été « rebâtie par les Anglais ». (Au XIVe siècle, pendant la Guerre de Cent Ans ?). « De 1417 à 1450, Grimbosq dut être entre les mains des Anglais » écrivait pour sa part Arcisse de Caumont en 1850. Qu’en penser ?

Pour ma part, je l’accueille avec circonspection, d’autres traditions orales s’étant révélées douteuses, sinon fausses.

La délibération du Commun datée du 4 mai 1670 53Archives communales de Saint Laurent de Condel
Registre de délibérations du Commun / tome II
nous apprend que « la tour menace ruine ». Bien entendu, il s’agit de la charpente et non de la base de pierre qui, elle, a défié le temps.

Un plan terrier daté du 12 juin 1766 (page 56) indique la présence d’une horloge, installée dans la base de la tour 54Archives Départementales du Calvados
Fonds de l’Abbaye de Fontenay
. Les cordes soutenant les poids se rompent assez souvent et ceux-ci, en tombant sur la voûte l’endommagent beaucoup. La base en pierre supporte une charpente en forme de pyramide couverte d’ardoises dont le faîte s’élève à environ 22 mètres.

La sacristie se trouve entre l’autel et le chevet ; elle est fermée par deux portes, de part et d’autre du « trottoir de l’autel » 55Archives Départementales du Calvados
Fonds de l’Abbaye de Fontenay
. Un procès-verbal de visite en date du 11 juin 1781 précise que « la sacristie est un petit réduit derrière l’autel, garni d’une crédence ». Elle mesure trois pieds et demi de large, soit un peu plus d’un mètre.

La paroisse aurait bien voulu, dès 1699, transférer la sacristie sous les cloches, là où dans le passé était une chapelle 56Archives Départementales du Calvados
Fonds de l’Abbaye de Fontenay
. La présence de l’horloge oblige à renoncer à ce projet. Il ne pourra finalement être mis à exécution qu’en 1805 57Pierre-Eustache Surville
Op. cit.
.

XIXe et XXe siècles

En 1874, « la couverture du clocher menace ruine » 58Archives Communales de Saint Laurent de Condel
Délibérations du conseil municipal / tome VIII
. Depuis plusieurs années, elle s’est en effet inclinée du côté de la nef et risque un jour de s’abattre dessus.

Le conseil municipal, suivant en cela l’avis de la majorité de la population, estime qu’il faudrait réédifier le clocher, non en charpente, mais en pierre, en lui conservant sa base. Il autorise le maire, Célestin Audes, à faire établir les devis et plans de la nouvelle tour.

Les travaux seront exécutés. Il en coûtera 1970 francs à la commune. L’Etat, pour sa part, accordera une subvention de 2000 francs, tandis que le curé de Saint Laurent de Condel, l’abbé Marie, fera un don de 1000 francs 59Le franc de l’époque avait une valeur équivalant à 0,2903 g d’or pur.

Après cette réfection heureuse (J.Yard parle d’un « joli pastiche de l’art du Moyen-Age »), la nef rompt l’unité du reste de l’édifice.

« La nef est un édifice de la première moitié du XIe siècle, sans voûte, sans pilastres ni contreforts, sans cachet remarquable. Les fenêtres, de grandeurs et de formes différentes, ouvertes à des époques différentes, même au commen-cement de ce siècle, s’harmonisent fort mal avec plusieurs ouvertures primitives ».

Ce procès-verbal d’une délibération du conseil municipal de Saint Laurent de Condel, en 1888, montre assez le désir que l’on a, de voir la nef reconstruite. Il est vrai également que l’édifice n’est plus assez grand pour une population en augmentation 60Dès 1859, on avait envisagé d’adjoindre deux chapelles latérales qui auraient donné environ 80 places supplémentaires. Le projet avait été abandonné à cause notamment de son emprise sur le cimetière..

Mais cela coûte cher et les habitants de la commune ont déjà été mis à contribution pour le clocher. Heureusement, Héléna Charlotte de Louvencourt, comtesse de Coulonges 61Elle possédait le château Saint Hubert en forêt de Cinglais, « par sympathie pour les habitants de Saint Laurent de Condel et par estime pour l’excellent prêtre 62Il s’agit de l’abbé Marie qui dessert cette paroisse » propose de financer intégralement la « démolition et reconstruction de la nef et de la sacristie ».

Le conseil municipal accepte avec reconnaissance.

Il en coûtera 27500 francs à la comtesse.

La démolition commence le 5 juin 1888. La pose de la première pierre de la nouvelle nef a lieu le 21 juin 1888 à 10 heures 63Archives communales de Saint Laurent de Condel
Délibérations du conseil municipal / Tome VIII
. On y scelle un tube de cristal cacheté de cire rouge portant d’un côté le cachet de la mairie et de l’autre les armoiries de la comtesse, et contenant les délibérations du conseil municipal relatives à la construction de la nef 64Les délibérations furent écrites par Xavier Justin Brard, directeur de l’école et secrétaire de mairie, dont 3 petites filles habitaient encore la commune en 1980..

À côté, on place une boîte en métal contenant une médaille commémorative du décès du pape Pie IX, survenue le 7 février 1878, et de l’avènement de son successeur Léon XIII, ainsi qu’une pièce d’or de 20 francs émise en 1878.

Recouvrant cette première pierre, une seconde, incrustée d’une tablette de marbre porte gravée cette mention :

« J’ai été posée par Madame Héléna Charlotte de Louvencourt + âgée de cinquante six ans sept mois dix jours + comtesse de Coulonges et bénite par Monsieur l’abbé Marie, curé desservant de la paroisse de Saint Laurent de Condel, le jeudi 21 juin 1888, sous l’administration de Monsieur Auguste Charpentier, maire ».

La reconstruction se déroule sans incident notable, si ce n’est lorsque l’on aborde la toiture. Le maire avait fait récupérer les tuiles de l’ancienne nef, dans le dessein de les réutiliser pour la couverture de la nouvelle. Mais la comtesse de Coulonges n’était pas de cet avis, et il fallut bien se conformer à ses vœux.

C’est ainsi que la nef est couverte d’ardoises, alors que le chœur l’est de tuiles.

La générosité de Madame de Louvencourt n’allait pas s’arrêter là. Elle financera l’aménagement de l’intérieur : petits autels, chaire, confessionnal, bancs, stalles du chœur, vitraux, réfections diverses… C’est en fait une somme de 63000 francs qu’elle donnera à la paroisse. À son décès, le 13 avril 1911, le conseil municipal accèdera à sa dernière volonté : être ensevelie dans la nef, près de l’autel de la Vierge.

De tous temps et jusqu’au XVIIIe siècle, l’église de Saint Laurent, comme d’ailleurs toutes les autres, fut un lieu de sépulture.

Les révolutionnaires mirent fin à ce qu’ils considéraient comme une inégalité devant la mort, car seuls ceux qui payaient, pouvaient y être enterrés. Nos archives portent les noms de ceux qui furent inhumés dans la nef 65Pierre-Eustache Surville
Op. cit.
. On peut en dénombrer cent-dix de 1614 à 1774. En fait, il y en eut davantage, car plusieurs années d’actes de registres paroissiaux sont manquantes.

Dans ces conditions, on imagine bien qu’il n’était guère possible d’avoir un sol pavé. Seules quelques pierres tombales de familles notables existaient ; on pouvait encore les voir au milieu du XIXe siècle. Surville 66Pierre-Eustache Surville
Op. cit.
mentionne qu’elles étaient gravées « d’inscriptions gothiques qu’on ne peut plus lire ».

Les prêtres reposaient dans le chœur. Tous ceux qui, de 1614 à 1789, exercèrent leur ministère à Saint Laurent de Condel jusqu’à leur mort y furent inhumés. Lors de travaux de rénovation en 1858, on localisa un « caveau solidement voûté »au milieu du chœur, lieu de sépulture de Jacques de Saint Germain et Jean Legras 67Abbé Langlois Op. cit.
L’emplacement est clairement désigné dans leur acte de sépulture mais il est pos-sible et hautement probable que d’autres curés y aient été inhumés. Ils sont respectivement décédés en 1725 et 1767.
.

Une exception toutefois : l’abbé Heurtin, dernier curé de Saint Laurent avant la Révolution fut enterré dans le cimetière en 1789. Cependant, il semble bien que sa

famille l’ait fait remettre clandestinement dans le chœur, « contre la première marche du sanctuaire » 68Abbé Langlois
Op.cit
.

Au XIXe siècle, l’abbé Marie et ses deux prédécesseurs, l’abbé Halley et l’abbé Langlois, furent inhumés à l’extérieur de l’église, près du porche. L’abbé Thézard, curé de la paroisse pendant 32 ans (1914-1946) repose devant la porte du chœur.

 

Plan terrier de l’église de Saint Laurent de Condel 12 juin 1766

Plan terrier de l’église de Saint Laurent de Condel
12 juin 1766

Les autres défunts étaient enterrés dans le cimetière, au sud de l’église, là où se trouve l’actuel petit square. Il en fut ainsi jusqu’en 1865, date de la mise en service du nouveau cimetière, rendu nécessaire par la saturation du précédent.

Le cimetière de l’église était planté de deux pommiers et leurs pommes adjugées au plus offrant 69Archives départementales du Calvados
Délibérations du Commun de Saint Laurent de Condel 30 septembre 1696
Fonds de l’abbaye de Fontenay
.

Les enfants morts sans baptême étaient enterrés au nord de l’église, en terre non chrétienne.

On découvrit au début du XIXe siècle des tombeaux en pierre, lors de l’ouverture d’une carrière dans la pièce de terre touchant à la Cour des Angles. « Ils contenaient quelques restes d’ossements qui tombèrent en poussière en y touchant ». Surville, qui rapporte ces faits, ajoute que la tradition populaire situe là un ancien cimetière de protestants.

 

Depuis neuf siècles, l’église de Saint Laurent de Condel a été témoin des joies et des peines des habitants de la paroisse. Elle fut la fierté de nos ancêtres.

De nos jours, elle constitue un repère bien connu des automobilistes qui empruntent la route départementale 152 70C’était, bien entendu, avant l’ouverture de la déviation. Saint Laurent de Condel, c’est le « petit pays » où l’église « s’avance dans le virage »… Pour les Laurentais, elle éveille d’autres souvenirs, que j’espère avoir contribué à raviver, et c’est heureux…

 

Délibération relative à la demande de François Artur

Délibération du Commun de Saint Laurent de Condel / Tome II / page 57

« Auiourd’huy dimanche septième jour de septembre mil six cents cinquante et cinq à la sortye et yssue de la grande messe paroissiale de St Laurent de Condel dite et célébrée par nous nicolas bellenger prêtre dudit lieu se sont devant nous assemblés Messire Robert huet escuier sieur des angles advocat au siège de St Silvin, philippe hébert trésorier de la dite église, philippe hébert lainé, philippe le Rebour, jacques hébert, philippe patry, philippe david, jullien bourget, robert villard, nicolas patry fils marin, jean coeuret, robert poubelle, jean patry fils…, marin dujardin, jacques villard, thomas espidorge, denis maillot, jean bellenger, nicolas patry fils pierre, nicolas david fils michel, jacques gigon

Lesquels ayant égard à la remontrance a eux faite par Messire françois artur prêtre seigneur de feuguerolles, préval et bully, qu’il avait dessaing de faire construire une chapelle en forme de peupitre de 6 pieds de largeur et de sept pieds de hauteur plancher de bois à laquelle il aurait six fenestres vitrées de quinze pouces de largeur et deux pieds de hauteur laquelle il ferait attacher au gable de la nef d’icelle esglise et qui est proche d’un pavillon à luy appartenant et faisant partie de son manoir dudit lieu de St Laurent et pour entrer en ladite chapelle il ferait faire une petite galerie de traize pieds de largeur et six pieds de hauteur qui partirait dudit pavillon et viendrait passer au travers du gable de ladite esglise et rendre dans ladite chapelle le tout au dessus de la porte offrant pour cet effet vingt livres de rente… au trésor d’icelle esglise pour ayde et entretenir icelle parce que sa vie durant il aurait la clef d’icelle chapelle et qu’après le décès de luy la clef d’icelle chapelle serait remise entre les mains de nous curé ou de nos successeurs et pour l’assurence des dites vingt livres de rente fouri… il a assuré… l’intégrité de revenu de sa terre de St Laurent et par spécialité promet donner fonds audit trésor de la valeur des dites vingt livres en égard de laquelle remontrance et que le dit seigneur de Préval est de condition esqlesiastique.

Les dits paroissiens présents tant pour eux que pour les autres absents habitants et possesseurs d’héritages en ladite paroisse ont conscenty et accordé que le dit seigneur de préval fasse construire ladite chapelle et gallerie sellon la forme et figure designée sidessus et aux condissions susdites, parce que en cas de trouble ou empêchement d’aucuns desdits manants et habitants absents les dits présents ne pouvant être recharchés d’aucune garantye et pour estre nous ont donné plain pouvoir authorité de leur personne ont donné audit hébert trésorier de passer contrat pour la construction d’icelle chapelle et assurance de vingt livres de rente entesmoingt ils ont signé ce présent ».

Inventaire de l’église de Saint Laurent de Condel en 1906

« Dès 7 heures du matin, la petite bourgade est calme. Tous les habitants s’apprêtaient à travailler aux champs, comme à l’ordinaire, lorsque tout à coup surgit de la route nationale, un cortège inhabituel composé de 35 gendarmes à cheval, deux commissaires de police de Caen et Falaise, un inspecteur des Domaines et une unité de soldats chargée de crocheter les portes de l’église. Un mouvement se dessine parmi le peuple qui afflue de partout ; il se rassemble sur la place. Les gendarmes à cheval maintiennent à distance la foule.

Monsieur le curé a une attitude digne ; il s’agenouille devant la porte « au milieu des gendarmes » qui l’entourent. À partir de 8 heures, l’agent du fisc accompagné de ses sinistres acolytes, vient d’arriver dans le village. Monsieur le curé indique que les convocations présentées seraient irrégulières et réclame des témoins (ses paroissiens refusent de le devenir), mais les autorités leur en déniant le droit, répondent que cela ne les regarde pas et qu’elles passeront outre des observations soumises par le prêtre. Attitude scandaleuse et outrageante vis-à-vis du clergé et de ses fidèles.

Le clocher, vu de la cour du manoir (début du XXe siècle)

Le clocher, vu de la cour du manoir (début du XXe siècle)

Monsieur le curé se poste devant la porte de l’église, afin d’empêcher l’entrée des inventorieurs. Il est violemment bousculé et pris à partie par les gendarmes. Après l’invasion du lieu saint, les deux commissaires et les agents aperçoivent une autre porte, ils décident de l’enfoncer. Monsieur le curé barre le passage. Nouvel outrage : on l’écarte brutalement. Les soldats requis pour la sinistre besogne, crochètent la porte. Elle résiste. Quelques minutes plus tard, elle volait en éclats. Au dehors, le peuple ému et triste, chante les cantiques de réparation.

Les autorités domaniales, policières et militaires pénètrent au cœur de la sacristie, dès l’ouverture forcée de la porte. L’agent des Domaines, suivi des gendarmes et des soldats, défonce tour à tour six placards et trouve enfin les clefs. L’inspecteur note les détails des objets découverts. Il demande verbalement en haussant le ton, au prêtre, où se cachent les vases sacrés et les papiers du conseil de Fabrique. Ce dernier lui répond évasivement : « Cherchez-les ! »

Alors que l’on venait de casser tous les placards, un soldat découvre un tabernacle et s’exclame :

« Mais c’est un tabernacle ! »

Monsieur le curé s’approche de ce jeune soldat français, qui vient de recouvrer soudainement la foi, et l’autorise à l’ouvrir. Un calice se montre. L’inspecteur l’examine, le regarde, le soupèse et le retourne, comme s’il n’avait jamais vu un objet de ce genre. L’inventaire terminé, Monsieur le curé prévient la foule des fidèles tenue à l’écart par les gendarmes à cheval, et l’invite à assister à une messe de réparation contre les outrages scandaleux, perpétrés par un régime aux abois, vis-à-vis de la grande majorité des catholiques de France. »

La Semaine Religieuse évoquera ainsi ce climat de haine et de suspicion entretenu au sein des petites communes du Calvados :

« Le grotesque parfois se mêle au tragique : alors, inventorieurs, commissaires, gendarmes, se trouvent dans des situations les plus ridicules qui puissent se concevoir. La vaste entreprise d’espionnage maçonnique organisée par le fameux ministre Combes, et désavouée par son successeur Rouvier, fonctionne mieux que jamais. Dans les paroisses, le délégué qui s’abrite parfois à l’école communale, recueille tout ce qui se dit ; il prend pour une menace ferme et un complot en règle, les paroles de mécontentement que laissent échapper les citoyens fatigués de tout ce qui se passe. Vite, on en informe la police. Le receveur ou le percepteur, dont la bravoure est plus que problématique, prend peur, et on mobilise pour le rassurer une petite armée. »

Il faut se rappeler que le 9 décembre 1905 est promulguée la loi de « Séparation de l’Eglise et de l’Etat ». Elle prévoit, entre autres, la dissolution des fabriques 71La fabrique était l’organe de gestion des biens propres de l’église paroissiale. Elle s’occupait de la location des bancs, de l’administration des fondations pour services religieux, de l’achat des ornements de l’église etc… et l’attribution de leurs biens aux bureaux de bienfaisance. En 1906, le curé de Saint Laurent de Condel est l’abbé Priou. La tension est à son comble et l’épisode ci-dessus relaté, motive probablement son départ du pres-bytère, mis à sa disposition par la commune.

Liste par familles, des sépultures dans l’église depuis l’an 1614

Les curés de St Laurent Années
Mr Paoul Bellenger (probablement) 1632
Mr Nicolas Bellenger, dans le choeur 1666
Mr Guillaume Fauvel, id. 1720
Mr Jacques de St Germain, id. 1725
Mr Jean Legras, id. 1767
Famille de Préval (Les membres de cette famille sont inhumés à Caen)
Un surnommé Robert, demeurant chez Mr de Préval 1660
Dam elle Marie Courtelais, veuve Brion, tabellion, morte chez Mr de Préval 1666
Familles Huet, Merille, Legrix
1. Guillaume Huet, dit la Croix 1614
2. Dam lle Renée Lepetit, veuve de Jehan Huet 1628
3. Dam lle Françoise Huet, veuve de Jehan Baratte 1629
4. Nicolas Huet, sieur de Rocquebart 1643
5. Anne Legay, veuve de Jacques Huet 1653
6. Françoise Huet, veuve de Marin Bellenger 1656
7. Jacquelline Bigot, veuve de Guillaume Mérille 1663
8. Dam lle Claude Mérille, veuve de Robert Huet 1678
9. Anne Catherine Huet 1678
10. Françoise Huet, veuve de Jacques Vincent 1733
11. Charles Legrix, enfant 1690
12. George Legrix 1735
13. Marie Anne Legrix 1750
14. Guillaume Legrix 1767
15. Magdelaine Huet 1741
Familles Baratte, de Ste Marie, de Rocquancourt
1. Dam lle Françoise Mallet, veuve de Robert Baratte 1676
2. Madelaine de Rocquancourt, veuve du sieur Lebisey 1731
3. Jean Baptiste de Rocquancourt, sieur des Marets 1773
4. Jean Baptiste de Ste Marie, écuyer 1743
5. Françoise de Rocquancourt, femme de Jacques de Ste Marie 1745
6. Jacques de Ste Marie 1750
7. Jacques de Ste Marie, écuyer 1762
Famille Bellenger
1. Pierre Bellenger, frère du curé 1615
2. Christine Morin, veuve de Pierre Bellenger 1629
3. Paul Bellenger, curé 1632
4. Jeanne Morin, femme de Jacques Bellenger 1635
5. Jean Bellenger, frère du curé Nicolas Bellenger 1655
6. Nicolas Bellenger, curé 1666
7. Marguerite Bellenger 1675
8. Elisabeth Laisney, femme de Guillaume Bellenger 1685
9. André Bellenger 1715
10. Françoise Bellenger, fille du précédent, morte le même jour 1715
11. Anne Bellenger 1749
12. Elisabeth Bellenger, femme de Pierre Lemonnier 1762
13. Anne Vivier, femme de Jacques Bellenger 1768
14. Jacques Bellenger 1772
Famille Patry
1. Marin Patry 1621
2. Pierre Patry 1627
3. Nicolas Patry 1635
4. Renée de Berroles, femme de Jacques Patry 1649
5. Jacques Patry 1649
6. Jacqueline Patry, veuve Coeuret 1655
7. Nicolas Patry 1661
8. Jacques Patry, maréchal 1681
9. Nicolas Patry 1690
10. Jacques Patry 1762
11. Françoise Legougeur, veuve de Jacques Patry 1770
Famille Hébert
1. Jean Hébert 1655
2. Philippe Hébert 1662
3. Catherine Hébert 1678
4. Olivier Hébert 1685
5. Remon de René Mesnil, mort chez Philippe Hébert 1662
Famille David
1. Thomas David 1626
2. Angélique David 1628
3. Magdelaine David, veuve Maheut 1635
4. Anne David, femme Trébutien 1641
5. Jacques David 1642
6. Perrette Pigeon, veuve de Thomas David 1645
7. Pierre David 1649
8. Jacques David 1686
9. Diane David, veuve d’Olivier Hébert 1691
Famille Trébutien
1. Gilles Trébutien 1618
2. Alexis Trébutien 1628
3. Philippe Trébutien 1641
4. Marie Bonvalet, femme de Jean Trébutien 1661
5. Pierre Trébutien 1668
Famille Coeuret
1. Jean Coeuret 1688
2. Pierre Coeuret 1705
Famille Villard
1. Jeanne Villard, enfant 1618
2. Denis Villard 1665
3. Catherine Villard, femme Bourget 1680
Famille Ozanne
1. Jacques Ozanne 1653
2. Marie Ozanne, femme Cheverue 1659
Famille Epidorge
1. Marin Epidorge 1628
2. Thomas Epidorge 1655
Famille Lemonnier
1. Marie Magdelaine Lemonnier, veuve Charles Heurtin 1742
2. Magdelaine du Coudray, veuve Louis Lemonnier 1744
3. Louis Lemonnier 1772
4. Pierre Lemonnier 1773
Famille Heurtin
1. Pierre Heurtin 1757
2. Jacques Rolland Heurtin 1774
3. Pierre François Heurtin 1774
Familles diverses
1. Pierre du Jardin 1636
2. Philippe le Maryer 1645
3. Anne Cingal 1645
4. Jean Poubelle 1645
5. Jeanne le Maryer 1653
6. Michel Cheverue 1653
7. Jeanne le Vasseur, femme le Maryer, bourgeois de Caen 1654
8. Jean Morin 1655
9. François André 1656
10. Julien Bourget 1657
11. Damoiselle Prémarets 1659
12. Thomas Janne, sieur du Fresne 1663
13. Anne le Comte, femme Gabriel Marie 1675
14. Marie Magdelaine Janne 1675
15. Marguerite le Mercier, veuve Bourgaize 1680
16. Marie Madelaine Laurent, fille du sieur des Noyers 1681
17. Marie Etienne,veuve Postel 1688
18. Jean Anthoine de Beauchamps, capitaine à la brigade 1689
19. Damoiselle Anne le Canu, bourgeoise de Caen 1719
20. Marie Morin, veuve Thouroude, bourgeois de Caen 1727
21. Anne le Comte, veuve Vivier 1748

 

Le manoir d’Artur

72Cette orthographe est celle qui figure dans tous les documents d’époque et dont signent les membres de la famille

 

La légende de la carte postale comporte deux erreurs flagrantes : - Guillaume Artur n’est pas « écuyer de Louis XIII » - Madeleine de Robinaux n’est pas « dame d’honneur »

La légende de la carte postale comporte deux erreurs flagrantes : – Guillaume Artur n’est pas « écuyer de Louis XIII » – Madeleine de Robinaux n’est pas « dame d’honneur »

Guillaume Artur, sieur de Feuguerolles et de Préval, et son épouse Madeleine de Robineau, sont les seuls seigneurs de Saint Laurent dont on a la preuve qu’ils ont résidé dans la paroisse.

Vivant au début du XVIIe siècle, ils ont laissé un souvenir vivace pendant très longtemps dans la population. On en parlait aux veillées jusqu’au XIXe siècle. Leur manoir, ou du moins ce qui a échappé aux injures du temps et à la pioche des démolisseurs, les fait évoquer encore de nos jours. Mais les traditions orales sont imprécises, infidèles et la réalité est parfois autre.

Mon propos est de faire le point à la lumière des documents que j’ai pu recueillir.

 

Les Artur étaient une famille de bourgeois de Caen anoblie au XVIe siècle. Elle portait « d’azur au chevron d’or, accompagné de trois molettes d’argent en chef et d’un gland d’or tigé, feuillé de même en pointe ». 73H. Navel
Histoire de Feuguerolles sur Orne 1929

Thomas Artur, sieur d’Amayé, le grand-père du Guillaume qui nous intéresse, fut échevin de Caen de 1530 à 1533 74De Bras
Recherche et Antiquités de la Province de Neustrie 1833
. Il devint par la suite conseiller en la Cour des Aides de Normandie.

Il eut trois fils :

  • Guillaume I, sieur d’Amayé, puis de Feuguerolles
  • François, sieur de la Rocque
  • Robert, qui embrassa la carrière des armes et réussit brillamment, devenant Chambellan du roi, Gouverneur de La Rochelle et de l’île de Ré.

Guillaume Artur I commença modestement en 1551, par un emploi de contrôleur pour le Roi au grenier et magasin à sel de Caen 75Archives départementales du Calvados
B 162 / Sentence du 30 septembre 1561
. Mais il n’en resta pas là et son ascension fut pour le moins brillante.

 

L‘année 1554 le voit acheter l’office et état de grainetier de Caen 76Archives départementales du Calvados
Tabellionnage de Caen 1553
. De 1564 à 1579, il est vicomte de Caen, puis trésorier général de France au bureau de Caen et possède la charge honorifique de « maître d’hôtel de la Reine de Navarre » sans jamais avoir séjourné à la Cour.

Il meurt à l’automne 1587 et on l’enterre « devant le maître autel, dans le chœur de l’église des Frères Prêcheurs de Caen » 77Eglise des Jacobins. De son mariage avec Diane de Canouville, fille d’une famille notable de Rouen, il avait eu deux fils, Guillaume II et Louis, et trois filles 78H. Navel op. Cit.. Dans la liste des parents et amis qui comparaissent devant le lieutenant général du bailli de Caen le 3 novembre 1587 pour élire des tuteurs aux enfants mineurs, on note le nom de Jean Huet, écuyer, sieur de Roquebart (voir chapitre La ferme de la Guerre).

 

À l’instar de son oncle Robert, Louis Artur choisit la carrière militaire. Enseigne des Gardes du Corps du Roi en 1611 79Archives départementales du Calvados B 856, donc sous la régence de Marie de Médicis, il sera en 1625 « Gouverneur de Cazeaux et Commandant de présent en la ville et château de Taillebourg » 80Archives départementales du Calvados B 916 et obtiendra le titre de « chevalier de l’Ordre du Roi » en 1627. Il mourut le 29 novembre 1653, âgé de 76 ans.

 

Guillaume Artur II épousa vers 1600 Madeleine de Robineau, fille d’une famille noble de Touraine. Tordons tout de suite le cou à une tradition orale rapportée par Pierre-Eustache Surville dans ses Notes 81Archives communales de Saint Laurent de Condel
Etat général des lois, titres et mobilier de la commune 1839
Galeron, dans sa Statistique de l’arrondissement de Falaise TIII de 1829 reprend la même fable
et qui concerne la naissance de Madeleine (ou Magdallaine selon les actes). Elle n’était pas « fille naturelle de Louis XIV » comme il l’avance… et pour cause ! Celui qui sera le Roi Soleil ne naîtra qu’en 1638. L’abbé Langlois affirme quant à lui « que le Roi aurait eu des raisons toutes spéciales de les doter d’un noble exil »…

Guillaume tenait de son père des terres et des maisons à Saint Laurent de Condel, que ce dernier avait achetées à « plusieurs personnes ». Cependant, il n’y résidait pas car ses fonctions l’appelaient à être souvent à Caen et les maisons devaient être anciennes et inconfortables.

Il était en 1607 « conseiller du Roi, trésorier général de la Marine du Ponant en Normandie » 82Archives départementales du Calvados
B 842
, charge qu’il conservera jusqu’en 1611 83Archives départementales du Calvados
B 855
.

Plus tard, il aura le titre de « gentilhomme ordinaire de la Chambre du Roi », puis d’« escuyer de la grande Escurie du Roy ». Ce dernier titre, ainsi que celui de chevalier, figure sur son acte de décès, conservé dans nos archives 84Archives communales de Saint Laurent de Condel
Registres paroissiaux tome I
.

On a cru voir dans le titre d’écuyer une haute dignité, faisant de Guillaume Artur une sorte d’aide de camp de Louis XIII. C’est oublier que l’on n’est plus au temps de la féodalité et en fait, l’écuyer de la grande écurie royale n’est qu’un « officier chargé de régir les écuries royales » 85Grand Dictionnaire d’Histoire de France Larousse.

Rien ne permet d’affirmer qu’il exerça effectivement cette charge, comme cela était courant à l’époque. La remarque est aussi valable pour Madeleine de Robineau, qualifiée dans son acte de décès de « dame ordinaire de la Royne ».

 

Par lettres patentes du roi, en date de juin 1608, Guillaume Artur obtint « l’érection en tiltre de fief, des maisons et terres labourables qui en dépendent, situez dans le tertoir et sieurie de Saint Laurent de Condé, tenues du Roy, en roture et censive, à cause de sa baronnie de Saint Sylvin et le Thuit, auquel fieffe sa majesté (il s’agit d’Henri IV) a imposé le nom de Préval ». 86Mémoires des Antiquaires de Normandie 1851 (p.86)
Archives départementales du Calvados XI 3

Ainsi, Guillaume, « sieur de Fouquerolles » 87C’est ainsi qu’il est nommé dans l’acte de 1608 et c’est également sous ce nom que l’écrivain Malherbe désigne Louis Artur dans une de ses lettres. devient également « sieur de Préval ».

 

On connaît assez précisément la composition du fief de Préval grâce à un aveu à la Chambre des Comptes de Normandie, daté de 1616 88Archives départementales de la Seine Maritime
II B 452 / p. 103
.

« Du Roy nostre souverain seigneur, Je Guillaume Artur, sieur de Préval et de Feuguerolles confesse et advoue tenir par foy et hommage franchement et noblement à cause de sa chatellerie du Thuit le fief libre et… de Préval lequel est un quart de fief de haubert dont le chef est assis en la paroisse de Saint Laurent de Condel et s’extend en ladite paroisse et aux paroisses de Mutrécy, Clinchamps, Boullon et Saint Jean des Moustiers et aux environs à moy appartenant à droit successif de feu noble homme Guillaume Artur mon père vivant conseiller dudit seigneur et trésorier de feu financier en la généralité de Caen qui l’avait acquise en vertu de plusieurs personnes et depuis érigé en fief noble par le Roy par letres pattentes données au moy de juin mil six cent huit lequel fief et domaine non fieffé consistant en long manoir sieural qui consiste en plusieurs maisons manables granges estables cours jardins fontaine bouillante prés et plans le tout clos en murailles contenant douze acres ou viron avec le nombre de six vingt acres de terre tant en pray, bois taillis, terres labourables et non labourables en plusieurs prays, et domaine fieffé consistant en plusieurs… maisons masures prays plans et terres labourables à cause duquel fief de Préval j’ai droit de cour et usages à basse justice de plege et gage plege… de… hommes hommages treizième aides coustumières forfaiture et confiscation le cas osfrant, regard de mariage… »

Il ressort de cette déclaration que le fief de Préval a une superficie d’environ cinquante-sept hectares. C’est un quart de fief de haubert (ou de chevalier) tenu du Roi. Au temps de la féodalité, cela signifiait que le vassal était tenu de fournir à son suzerain le quart de l’équipement d’un chevalier en tenue de guerre. C’est donc un tout petit fief.

Ses terres étant érigées en fief, Guillaume Artur va procéder à l’agran-dissement des bâtiments existants. Une partie du manoir est antérieure à son arrivée à Saint Laurent. Le pavillon le plus ancien est de style Louis XII 89Bulletin des Antiquaires de Normandie 1951
Archives départementales du Calvados L II
et donc du début du XVIe siècle. Divers indices 90Je veux parler entre-autres des « bacs » de pierre conservés à Villeray (Les Mou-tiers en Cinglais) Ces deux « bacs » ornés, l’un d’un visage d’homme, l’autre d’un visage de femme, de style très dépouillé, provenant du manoir, remontent selon Jacques Le Roy-Ladurie au XIIe siècle.On peut aussi y voir un rampant de lucarne sculpté provenant de Saint Laurent. permettent d’affirmer qu’il jouxtait une construction encore plus ancienne. Le bâtiment actuel était en fait un agrandissement.

La proximité de l’église, qui se trouvait littéralement dans la cour du manoir (le mur de séparation ne fut dressé qu’en 1850), la propension qu’avaient nos ancêtres à élever une construction sur l’emplacement même d’une autre (c’était là une carrière de pierres toute trouvée à une époque où les transports étaient malaisés) peuvent laisser penser qu’il y a eu là depuis un temps très reculé, une habitation d’un personnage de quelque importance.

Mais alors, de qui ?

 

Les questions posées par la construction du chœur de l’église à la fin du XIIe siècle pourraient trouver là leurs réponses. En effet, s’il n’existe aucune preuve formelle de la présence d’un seigneur de Saint Laurent à cette époque, il y a tout de même une présomption.
Lechaudé d’Anisy a relevé en 1835 deux chartes de l’abbaye de Fontenay où il est fait mention d’une famille « de Saint Laurent » 91Lechaudé d’Anisy
Les anciennes abbayes de Normandie 1835
. Il s’agit de donations faites par Guillaume de Saint Laurent, l’une en 1223 à Guillaume le Guerrier, bourgeois de Falaise, d’une pièce de terre à Verrières, paroisse de Saint Martin de Fontenay, à charge de service, d’hommage et de diverses redevances ; l’autre en 1227, confirmation d’une donation à l’abbaye de Fontenay de quelques terres qui dépendaient de son domaine de Verrières.
On y apprend aussi que Guillaume de Saint Laurent est le fils d’Hugues de Saint Laurent, chevalier.

Que Guillaume et avant lui son père aient été les seigneurs du lieu à la fin du XIIe siècle et au début du XIIIe, cela expliquerait le style « riche » du chœur de l’église. Cela expliquerait aussi le nom du village « Sanctus Laurentius de Condello » que l’on voit apparaître en 1230 dans une charte de l’abbaye de Fontenay 92Dictionnaire topographique de la France / Calvados
Archives départementales du Calvados US VI 23 p.257
, alors que dans la Charte de Fondation vers 1070, il est simplement nommé « Condello ». C’est qu’après la construction du chœur, ils auraient fait dédicacer l’église au martyr Saint Laurent et qu’ainsi serait né Saint Laurent de Condel.

Cette famille s’est sans doute éteinte faute de descendance car on n’entend plus parler d’elle au-delà du début du XIIIe siècle.

Exista-t’il d’autres seigneurs de Saint Laurent par la suite ? C’est assez probable mais alors ils ne devaient pas être très importants car on n’en connaît que trois, cités par l’abbé De La Rue dans ses notes 93Rapporté par l’abbé Langlois
Notice sur la paroisse de Saint Laurent de Condel 1862
.

« En 1470 : Pierre Hamel, écuyer, seigneur de Saint Laurent de Condel ; en 1474 : Robert Connart, écuyer, seigneur du dit lieu ; en 1475 : André Le Clerc, écuyer, aussi seigneur ».

Jacques Guérard fut aussi sieur de Saint Laurent de Condel. Héritier de Jacques Connart, écuyer, il vendit en 1587 des maisons, rentes et revenus à Saint Laurent, Mutrécy et Boulon, moyennant 3333 écus 20 sols de principal et 20 écus de vin 94Archives départementales du Calvados
E 428 Fonds du duché d’Harcourt
. S’agit-il de la vente du manoir ?

 

Guillaume Artur a donc trouvé à son arrivée à St Laurent de Condel trois « pavillons » anciens et il aurait procédé à la construction de bâtiments plus au goût du jour dont la partie principale, l’habitation, « se situait au fond de la cour, le long des herbages, en face du pavillon qui existe encore aujourd’hui » 95Pierre Eustache Surville, né en 1770, a vu le manoir dans sa jeunesse..

C’est peut-être lui également qui fit poser les tuyaux de plomb et terre qui avaient intrigué Surville au XIXe siècle. Ils amenaient l’eau de la fontaine de la Patte et donnaient la « fontaine bouillante » (ou jaillissante) mentionnée dans l’aveu de 1616.

Ainsi que je l’ai dit, il semble bien que la famille de Guillaume Artur n’ait pas résidé au début à Saint Laurent. Par la suite, elle en fit son lieu de séjour habituel, et en tout cas avant 1625.

Les Artur avaient leur propre porte d’entrée dans l’église, du côté du manoir, et leur écu, sculpté dans la pierre était scellé dans le chœur. La porte, qui avait été murée, sans doute au XVIIIe siècle, a disparu lors de la reconstruction de la nef.

 

Du mariage de Guillaume et Madeleine, naquirent cinq enfants : trois garçons et deux filles. L’aîné, Sébastien est sans doute né à Caen ; Diane naquit en janvier 1604 et fut baptisée à l’église Saint Pierre de Caen ; Robert fut baptisé au même endroit en mai 1605. François vit le jour en 1609 et Madeleine vers 1614. Cela se passa-t ’il à Saint Laurent ? Nos archives, qui ne commencent qu’en 1614 ne peuvent en faire mention 96J’ai déduit l’année de naissance de François et Madeleine de leurs actes de décès, mais je n’ai pas retrouvé les actes de baptême..

 

Guillaume Artur mourut à Saint Laurent le 21 avril 1625, laissant sa femme avec quatre enfants, Robert étant sans doute déjà décédé.

Il fut inhumé à Caen, dans l’église des Jacobins, au chanceau proche du grand autel 97Archives communales de Saint Laurent de Condel
Registres paroissiaux tome I
Archives départementales du Calvados B 1162
.

Sa veuve réunit le 26 juin 1625 un conseil de famille pour nommer des tuteurs à ceux de ses enfants encore mineurs, François et Madeleine. On jugera de l’importance de la famille Artur et de ses relations à l’énoncé des membres de ce conseil, composé de parents et amis 98H.Navel Op. Cit..

« Messire Sébastien Zamet, évêque et duc de Langres, Pair de France (par procuration) ; messire Samuel Spifamo, chevalier, seigneur de Bisseaux, Pacy et Maizons, conseiller du Roi en son conseil d’état et privé (par procuration) ; Tanneguy de Launay, seigneur de Criqueville, conseiller du Roi en son conseil d’état et privé, maître d’hôtel ordinaire du Roi (par procuration) ; messire Roger de Robineau, chevalier, sieur de Saint Pierre, gentilhomme ordinaire de la Chambre du Roi, capitaine d’une compagnie au régiment de Navarre (par procuration) ; noble homme Pierre de Robineau, conseiller du Roi et receveur général de ses finances à Tours (par procuration) ; noble homme François Tixier, sieur de Croucy (par procuration) ; messire Louis Artur, chevalier de l’ordre du Roi, sieur de Feuguerolles, capitaine enseigne des Gardes de Sa Majesté, commandant pour le Roi dans la ville et château de Taillebourg (par procuration) ; haut et puissant seigneur messire Antoine de Canouville, chevalier, seigneur du Breuil (par procuration) ; noble homme Jacques de Hotot, seigneur et châtelain de Beaumont (par procuration) ; noble homme Michel Marguerie, sieur de la Motte d’Airel et de la Vaudinière, demeurant à Airel (par procuration) ; noble homme Claude d’Aché, sieur de Saint Germain et d’Esterville, demeurant à Fontenay le Marmion (par procuration) ; Sébastien Artur, sieur de Feuguerolles, fils dudit défunt (en personne) ».

À la mort de son père, Sébastien prit donc le titre de sieur de Feuguerolles. Il fut « escuyer de la Reine Anne d’Espagne », l’épouse de Louis XIII, à partir de 1630 99André de la Rocque
Histoire de la Maison d’Harcourt 1762
. Il exerça effectivement sa charge à la cour.

François Artur hérita du fief de Préval à Saint Laurent de Condel et prit le titre de sieur de Préval. Il était « page de sa majesté » 100Archives départementales du Calvados
B 1162 / 26 juin 1625
et plus tard devint ecclésiastique.

 

Madeleine de Robineau entreprit d’agrandir le domaine de Préval Nos actes conservent les achats ou échanges qu’elle fit auprès des propriétaires de la paroisse. Entourée de ses enfants et de son chapelain Thomas de la Fosse, elle faisait valoir « son bien avec deux harnois, dix valets et chambrières, compris les valets du harnois » 101Archives communales de Saint Laurent de Condel
Délibérations du Commun Tome I 7 novembre 1638
.

Damoiselle Diane épousa le 22 septembre 1647 « noble personne Messire Jacques de Grente, seigneur et patron de Saint Pierre Adsy, Boutoy, Bénerville et la Haulle » 102Archives communales de Saint Laurent de Condel
Registres paroissiaux Tome I
.

Madeleine, quant à elle, s’unit le 9 janvier 1650 à Messire François de Nollent, seigneur d’Hébertot, Quernedouet, Bellengreville et Ollendon 103Archives communales de Saint Laurent de Condel
Registres paroissiaux Tome I
. De ce mariage, naquit une fille unique 104De la Roque
Op. cit.
.

 

Madeleine de Robineau mourut à Saint Laurent le « jeudi, dernier jour de février de l’année 1652 ». Elle fut « ensepulthurée » à Caen dans l’église des Carmesses 105Archives communales de Saint Laurent de Condel
Registres paroissiaux Tome I
. Pour le repos de son âme, elle avait fait une fondation pour douze services et douze messes basses à l’église de Saint Laurent de Condel en donnant trois pièces de terre : le Haut Clos à Saint Laurent, contenant soixante ares ; le Petit Pré à Mutrécy, contenant vingt ares et les Londes à Mutrécy également, d’une contenance de quarante ares 106Archives départementales du Calvados
Biens Nationaux / Saint Laurent de Condel
.

 

A la mort de sa mère, l’abbé François Artur demeura au manoir avec Thomas de la Fosse. Toute sa vie, il restera simple prêtre, sans doute volontairement, car on imagine que les relations nobles de sa famille lui auraient permis d’accéder à une plus haute dignité. Il donnera la mesure de son désintéressement en cédant à sa sœur Madeleine les biens de leur frère Sébastien dont il avait hérité à sa mort en 1646.

N’ayant pas de chapelle dans son manoir, il conçut une bien singulière entreprise pour pallier cette absence. Sa démarche auprès de la paroisse est consignée dans un acte en date du 7 septembre 1655, dont on trouvera le texte intégral au chapitre consacré à l’église.

Jamais cette chapelle suspendue ne fut construite et on ignore la cause de ce renoncement.

François Artur décéda en son manoir le 5 juin 1683 et fut inhumé le lendemain à Caen, dans la chapelle Notre-Dame de l’église Saint Jean 107Archives communales de Saint Laurent de Condel
Registres paroissiaux Tome II
.

Avec François s’éteignait la lignée masculine des Artur.

C’est Madeleine, dame de Nollent, veuve depuis 1678, qui hérita du fief de Préval. L’année suivante, elle mourut à son tour et fut enterrée en l’église d’Hébertot. Nos registres paroissiaux en font mention.

 

Son petit-fils Jean de Nollent, marquis d’Hébertot, reçut en héritage le manoir et les terres de Saint Laurent.

Il en fit une description très détaillée dans un aveu daté de 1701 à la Chambre des Comptes de Normandie 108Le texte intégral figure en page 75.

Jean de Nollent démantela le domaine en vendant des terres à divers propriétaires de la paroisse, entre autres Charles et Pierre Heurtin, ainsi que Louis Lemonnier. Le manoir fut vendu le 9 janvier 1702 pour la somme de 100 livres à Messire Jean-Baptiste d’Anfernet, seigneur et baron de Montchauvet et d’Ardaise, conseiller du Roi, chevalier d’honneur au baillage et siège présidial de Caen 109Archives départementales de la Seine Maritime
Mémoires de la Chambre des Comptes de Normandie
II B 453 p. 119 et 120
.

Ce dernier en fit don à Jean-François-Baptiste Piédoue, écuyer, qui lui-même le légua à sa mort à son frère Jean-Charles, écuyer, garde du Corps (il en rendit aveu en 1718) 110Archives départementales de la Seine Maritime
Mémoires de la Chambre des Comptes de Normandie
II B 453 p. 119 et 120
.

Gabriel-François Piédoue, écuyer, vicomte d’Evrecy, sieur de la Moisson-nière l’acquit à droit successif (il en rendit aveu en 1730) 111Archives départementales de la Seine Maritime
Mémoires de la Chambre des Comptes de Normandie
II B 453 p. 119 et 120
.

C’est ensuite Messire Jacques Louis Pompone de Mannoury, chevalier, seigneur et patron honoraire de Croisilles, Vaudeloge, Treprel Laize, Préval-Saint Laurent et autres lieux, lieutenant du Roi au gouvernement des ville et château de Falaise, qui en devint propriétaire, étant héritier de Monsieur de Piédoue par sa mère. Il habita par moments le manoir 112Pierre-Eustache Surville
Archives communales de Saint Laurent de Condel
Table généalogique 1846
. Mais la demeure était vétuste et il entreprit la construction d’un château aux Moutiers en Cinglais sur une parcelle de bois donnée par son ami Monsieur de La Boutrière 113Pierre-Eustache Surville
Archives communales de Saint Laurent de Condel
Table généalogique 1846
.

Des pierres, il en fallait beaucoup !… Le manoir fut détruit, les pierres emportées, et « en 1785, une fête brillante et guerrière » 114Pierre-Eustache Surville
Archives communales de Saint Laurent de Condel
Table généalogique 1846
fut donnée pour l’inauguration de la nouvelle demeure de Monsieur de Mannoury.

Ce qui restait de l’antique castel des seigneurs de Saint Laurent devint cour de ferme et fut vendu à Monsieur Paysant-Duclos, un négociant en dentelle de Caen, qui devint quelques années plus tard, à la Révolution le premier maire de Saint Laurent de Condel 115Pierre-Eustache Surville
Archives communales de Saint Laurent de Condel
Etat général des lois, titres et mobilier de la commune 1839
.

 

Son héritier, monsieur Beaujour, président du tribunal de commerce de Caen, protestant notoire, en fut propriétaire jusque vers 1870 116Il est l’auteur d’un « Essai sur l’histoire de l’Eglise réformée de Caen »
Il y affirme que Guillaume Artur I était protestant, se fondant sur des registres protestants où il figure à sept reprises comme parrain.
.

 

Dans un numéro du Bulletin des Antiquaires de Normandie 117Bulletin des Antiquaires de Normandie 1952-1954, monsieur L’Hermitte écrivait que « la conservation du Pavillon d’Artur vaudrait d’être assurée ».

 

C’est maintenant chose faite, puisque, grâce à ses actuels propriétaires, le manoir de Saint Laurent de Condel a retrouvé de son lustre d’antan.

 

…Les amoureux des vieilles pierres ne peuvent qu’en être satisfaits…

Aveu de Jean de Nollent à la Chambre des Comptes de Normandie

Archives départementales de la Seine Maritime
II B 453 page 118

« Du Roy nostre souverain seigneur, Je Jean de Nollent chevalier chastelain et patron de Hébertot et de Trouville, Quieuredouet, haut justicier de Voisins du Rossay, de St Hillarion et Hermeray des granges, de Ste Catherine de la Boissière, du bois dieu, de feuguerolles de bully de St Laurent et de Préval ; au droit de la succession de dame Madeleine Artur mon ayeule maternelle héritière de Mre françois Artur son frère seigneur dudit fief et terre de Préval, tiens et advoue tenir franchement et noblement Le fief terre et seigneurie de Préval qui est un Plain 118La mention « plein » a été rajoutée, mais il s’agit en fait d’un quart de fief.
L’ambiguïté est sans doute née du défaut de précision de la qualité du fief en 1608. Une seconde lettre du roi, de janvier 1612, enregistrée en la Cour des Comptes, Aides et Finances de Normandie le 8 juin 1612, précise que Préval est un quart de fief de haubert.En 1616, c’est bien ainsi que le qualifie Guillaume Artur dans son aveu.
fief de haubert dont le chef est assis en la paroisse de Saint Laurent de Condel et s’extend ez paroisses de mutrécy, boulon, des moustiers et aux environs contenant six vingt acres ou environ de domaine non fieffé divisées en plusieurs pièces de différentes natures desquelles la première contient cinquante trois acres de terre en pray, pasture, herbage, labeur plant hayes fossés et arbres dessus estans sur lequel est scitué le manoir seigneurial dudit fief de Préval concistant en deux grands corps de logis trois pavillons Le tout couvert de thuille et ardoise cour fontaine Jaillissante estangs Jardins bassecourt plusieurs maisons de ménages, colombier parc fermé de murailles Le long desquelles règne à double et triple contour une allée de chesnes ormes et haistres jouxte d’une part et d’un bout la rue de la place tendant de l’église de St Laurent de Condel au hameau aux huets d’autre bout le grand chemin de thury à Caen et la rue tendant dudit St Laurent à clinchamps chacun en partie et d’autre bout sur la rue tendant de Boulon audit hameau aux huetz.

Item une autre pièce de terre en pasturage pray labeur plant fossés hayes et arbres dessus estans scis a Mutrécy contenant vingt deux acres jouxte d’une part les héritiers de Jean Trébutien, Isaac chennevières escuyer Sr de la boisgencières et autres chacun en partie d’autre part le chemin tendant de st Laurent à Clinchamps butte d’un bout sur la rue tendant de boulon au hameau aux huets et dautre bout moidit advouant.

Item une autre pièce en labeur et plant scise a Murtrecy contenant quinze acres jouxte d’un coste la dite rue tendant de boulon au hameau aux huets d’autre costé moidit advouant Pour le sud (?) de la pièce d’un bout la veuve et héritiers de Jessé de lanney et d’autre bout le chemin tendant de St Laurent a clinchamps.

Item une autre pièce de terre en labeur scise a Murtrecy contenant cinq acres jouxte d’un costé le sieur de la Pallue d’autre la demoiselle des angles veuve de Robert Huet, butte d’un bout sur les preis du domaine non fieffé de boulon et d’autre sur moydit advouant.

Item une autre pièce de terre en labeur nommée le coin discy (?) scise à boulon contenant deux acres jouxte et butte d’un costé et d’un bout la veuve et héritiers Jessé de lanney dautre coste le grand chemin de thury à Caen et d’autre bout sur Jean Lavoix.

Item une autre pièce de terre en labeur plant bois taillis hayes fossés et arbres dessus nommée Lessart scise à St Laurent de Condel contenant dix sept acres jouxte d’une part et d’un bout André bellenger d’autre part Lalonde de boulon apartenant aus Srs abbé et Religieux de St Evroult et dautre bout sur le grand chemin tendant de thury à Caen.

Item une autre pièce de terre en labeur plant pastures hayes fossés arbres et maison dessus estant scise en ladite paroisse de St Laurent de Condel contenant huit acres Jouxte d’un costé La rue de la place tendant de l’église de St Laurent au hameau aux huets andré bellenger et autres chacun en partie d’autre costé Le chemin des moustiers a mutrecy butte d’un bout le sieur de Ste marie Lieutenat du Vicomte de St Silvin et le champ de la foire et d’autre bout sur la rue duclos tendant de ladite rue de la place a la forêt de thury.

Dans lequel fief et seigneurie de preval il n’y a aucun domaine fieffé et a cause diceluy J’ay droit de cour et usage de moyenne et Basse justice hommes homages Election de prévost reliefs traizièmes aydes coustumiers forfaictures et confiscation Le cas osfrant, droit de colombier moulin abled tor et ver banonniers et touttes autres droitures dignités et libertés a plein 119Sa fille Françoise, qui avait épousé Jehan Baratte, sieur de la Hupperie, est morte en 1629. fief de haubert apartenans acause duquel mondit fief Je suis tenu au Roy mon Souverain Seigneur en foy et homage reliefs traizièmes Service de Baon et arrière ban comme les autres nobles et tenans fiefs en la province de Normandie et en outre dois au Roy en sa chastellerie du thuit vingt ou vingt deux livres d’une part et soixante sols d’autres de rentes payables par chacun an a la recepte ordinaire de ladite chastellerie du thuit en foy de quoi J’ay donné le présent adveu et Iceluy cacheté du cachet de mes armes sauf a augmenter ou diminuer s’il vient a ma connoissance le debvoir faire.

Ce onzième jour de d’avril mil sept cens un. »

Signé De nollent hébertot

 

La ferme de la Guerre

Elle est située au hameau Gougeon (ou Goujon). Elle remonte au XVIIe siècle et porte la date de 1671.

Son histoire est indissociable de celle de la famille Huet, fondatrice du hameau qui porte son nom. Les Huet avaient leur chapelle dans l’église, celle de la Sainte Vierge, qui était aussi leur lieu de sépulture.

« Maistre Guillaume Huet », fut curé de Saint Laurent en 1486.

Jean Huet, écuyer, sieur de Roquebart, faisait partie des amis de feu Guillaume I Artur qui, le 3 novembre 1587, se réunirent avec la famille devant le lieutenant général du bailli de Caen pour élire des tuteurs à ses enfants mineurs.

Dans nos archives qui commencent en 1614, il est fait mention cette année-là du décès, à l’âge de 90 ans, de Guillaume Huet, sieur de Roquebart. D’autres membres de la famille apparaissent dans les registres : Jehan Huet 120Le dernier membre de la famille de Feuguerolles disparaît cette même année., Nicolas Huet mort en 1648, Pierre Huet mort en 1660, tous sieurs de Roquebart. Qui fit construire la propriété ?

Il est probable que c’est Robert Baratte, écuyer, sieur de Cantelou, avocat à Caen.

Fils de Jacques Baratte, écuyer, sieur du Parc, il avait hérité des terres des Huet par sa mère Marie Huet. Il épousa Marie Mallet dont il eut deux enfants.

Jacques prit le titre de son père et mourut sans descendance. Sa sœur Jeanne, mariée en 1683 à Jean Pierre de Sainte Marie, de Laize, hérita du domaine et vint l’habiter avec son époux. Les circonstances 121Le dernier membre de la famille de Feuguerolles disparaît cette même année. firent que cette famille devint alors la plus influente de la paroisse.

Généalogie de la famille Baratte

Généalogie de la famille Baratte

Tout naturellement, elle eut dans l’église la place qui était celle de la famille Artur.

La porte donnant sur le manoir fut murée, l’écu de chevalier de Guillaume fut recouvert par celui des de Sainte Marie. La chapelle Saint Laurent fut érigée et devint leur lieu de sépulture.

Dans les années 1950, leurs descendants étaient toujours propriétaires du domaine. On pouvait encore y voir leurs armoiries accolées de deux lions 122Archives départementales du Calvados L II
Bulletin des Antiquaires de Normandie (1952-1954)
.

Rien ne permet d’affirmer que le nom « ferme de la guerre » fut donné dès sa construction à la propriété. Elle était dénommée ainsi au XIXe siècle, sans doute à cause de sa proximité avec le « chemin de la guerre » qui partait du hameau pour s’enfoncer dans la forêt. Il y avait également un « carrefour de la Guerre », mentionné par Arcisse de Caumont, près de la chapelle de Malpas, bien visible sur la carte de Cassini, au nord de Saint Laurent. Etait-ce la voie suivie par les belligérants au temps de la rivalité des frères Tesson pour aller de la motte d’Olivet au Thuit ? Ou bien durant la guerre de Cent Ans ? Rien, en l’état actuel de nos connaissances ne permet de trancher.

 

Les Angles

C’est la propriété qui fait face au manoir d’Artur et à l’église. Pour en faire l’historique, il faut de nouveau évoquer la famille Huet.

Robert Huet, sieur des Angles, écuyer, « advocat à Saint Sylvain » siège de la vicomté du même nom, fut incontestablement le personnage le plus influent de Saint Laurent de Condel au cours du XVIIe siècle. Depuis l’an 1639, il est de toutes les décisions importantes, son nom figure dans quasiment tous les actes de nos archives. La plupart des familles venaient le prier de donner un nom à leurs nouveaux-nés. Son écu était scellé sur l’un des piliers placés à l’entrée de la cour. 123Le pilier nord portait encore à la fin du XIXe siècle un bouclier simple

Sa demeure n’existe plus dans son état originel et il n’en subsiste que les dépendances. Avait-elle été bâtie par son grand-père Guillaume Huet, écuyer, sieur des Angles né en 1524 et décédé à Saint Laurent à l’âge de 90 ans ?

Robert Huet, qui avait épousé Gillette Mérille dont il eut trois fils et six filles, décéda vers 1690. Un de ses fils hérita du titre de sieur de Roquebart et fut prêtre et curé d’Esquay. Les deux autres étaient probablement morts à ce moment car le titre de sieur des Angles n’apparaît plus dans nos actes. Quant aux filles, on ne conserve la trace du mariage que de trois d’entre elles.

Après la mort de leur père, les héritiers vendirent la propriété qui fut réunie au domaine de la Londe. Quelque temps après fut édifié le corps de logis que l’on voit actuellement, sans que l’on sache qui en fut le commanditaire. Il est curieux que nos actes ne donnent aucun nom, susceptible de nous éclairer, sans doute parce ses propriétaires n’y venaient qu’occasionnellement.

Il faut attendre la période qui précède la Révolution pour identifier ses occupants. Le plan établi par l’ingénieur Viallet en 1768 pour les travaux de la route de Caen à Domfront en désigne le propriétaire : Mr Mannoury. C’est ce dernier, qui, à l’époque est aussi maître du domaine d’Artur. De là à penser que Les Angles ont connu les mêmes propriétaires successifs que le manoir…124Voir chapitre Le Manoir d’Artur

La famille des Piédoue, sieurs de la Moissonnière, est-elle celle qui a fait édifier le beau bâtiment à « oeils de bœuf » ? Juste avant la Révolution (en 1770), Rolland Radiguet du Perron, né à Grimbosq, négociant rue Saint Pierre et juge consul à Caen, en possède une partie, le reste étant à Georges Legrix, petit-fils de Marie-Madeleine Huet. Par mutation, il acquiert la totalité de la propriété. À sa mort, sa veuve « dame Marie Anne Varin » en devient propriétaire 125Archives communales Saint Laurent de Condel.

 

L’enquête sur les propriétés foncières de 1811 qualifie le domaine de « maison de campagne » et le classe seul dans la catégorie 1.

Le nouveau cadastre qui prend en compte l’ordonnance royale du 29 décembre 1824 porte la mention « château », ce qui laisse penser que la propriété avait un certain cachet. La taxe sur les portes et fenêtres prenait en compte 25 ouvertures et 2 portes cochères.

 

Madame du Perron meurt à Caen en 1818 et selon ses dernières volontés, elle est inhumée à Saint Laurent.

Guillaume Paisant-Duclos acquiert alors la demeure, ainsi que le bois de la Londe et une partie des terres 126Il était déjà propriétaire du manoir d’Artur..

Son héritier, monsieur Beaujour que l’on voit propriétaire du manoir dans les années 1860, ne semble plus posséder les Angles à cette époque.

 

Bâtiments publics

Le presbytère

Le logement du curé de la paroisse était à la charge de la communauté. J’ignore à quel endroit précis les prêtres ont résidé pendant la période qui va de la construction de l’église jusqu’au XVIIIe siècle. Il ne fait guère de doute que ce devait être à proximité immédiate de l’église.

Au début des années 1700, le presbytère se trouvait au sud-ouest de l’église. Le précieux « plan de la traverse de Saint Laurent des Moutiers (sic) » 127Archives départementales du Calvados
Plan de la traverse de Saint Laurent des Moutiers 1768 C 3646
le localise avec une extrême précision. Il consistait en « une salle, une cuisine, chambres et greniers, grange, cave, écurie, étable, buret et jardin, le tout contenant environ huit perches » Quand avait-il été édifié ? Le contexte m’incite à le faire remonter au moins au début des années 1600.

L’abbé Legras, nommé à la cure en août 1725, trouvait ce logement vétuste et peu confortable. Il décida de se faire construire une maison, à côté, sur un terrain dont il était propriétaire, et d’y habiter.

Le presbytère, vide d’occupant, n’était plus entretenu. Il en fut ainsi jusqu’à son décès en 1764. Son successeur et héritier, l’abbé Heurtin ne l’occupa pas davantage. Il mourut en 1789. On imagine sans peine l’état de la construction à ce moment, et il fallut se rendre à l’évidence : on devait la raser.

En 1791, Pierre et Jean-Charles Heurtin, neveux et héritiers de Mr Heurtin réclamèrent à la commune une somme de 2640 francs pour indemnité de logement de leur oncle. Ce à quoi on leur rétorqua que ce dernier, tout comme l’abbé Legras, aurait dû subvenir aux dépenses d’entretien du presbytère comme l’y obligeait la loi et qu’en conséquence on était en droit de leur demander des dommages et intérêts. Mais le maire, par faiblesse ou par calcul, transigea et on donna aux héritiers Heurtin le terrain et le bâtiment délabré, qu’ils s’empressèrent de démolir.

N’ayant plus de presbytère, la Commune loua une partie de maison à Pierre Bellenger, tanneur à Caen, de la St Michel 1790 à la St Michel 1793 pour la somme annuelle de 120 livres. Elle « consistait en une cuisine, office et laverie avec la chambre de dessus la cuisine et 2 cabinets et le grenier de dessus avec la place de 2 tonneaux dans la cave et la partie de jardin située sur la droite en entrant partagée par la grande allée du milieu du dit jardin ». On loua ensuite une maison appartenant à Mr Langoix de 1805 à 1817 avant que la commune l’acquière le 28 mai 1823. Cette maison, bâtie en 1774 par Mr Désaunais, se trouve près de l’actuelle mairie.

Le curé de Saint Laurent de Condel va résider dans ses murs jusqu’en 1884.

Le 31 juillet 1881, Gilles Sévère Heurtin lègue à la fabrique une maison avec herbage attenant (1 ha 82 a 50 ca), ainsi qu’une somme de 1000 francs, à charge pour elle de faire dire une messe par semaine à sa mémoire. Le testateur a manifesté le désir que sa maison devienne presbytère. Cette maison, qui depuis lors, avait été agrandie, est bel et bien celle qui avait été bâtie par l’abbé Legras. Retour aux sources, désir de se faire pardonner les tracas occasionnés par ses aïeux ?À t’il voulu répondre à des souhaits maintes fois formulés par l’abbé Langlois et sans aucun doute par ses prédécesseurs, d’habiter plus près de l’église ?

Les 1000 francs servent à restaurer la maison.

La fabrique lègue à la commune la maison Heurtin avec ses dépendances en cour et jardin contenant 19 a 77 ca. La pièce de terre dénommée « la Couture » sera louée au profit de la fabrique pour le paiement des 52 messes à la mémoire de Mr Heurtin. La fabrique garde une parcelle de 12 a 41 ca (n° 276) qui sera adjointe en 1901 aux dépendances du presbytère et plantée de pommiers. La commune s’engage à faire 5000 francs de réparations à la maison.

En 1885, l’abbé Marie s’installe dans le nouveau presbytère. De vives tensions entre l’Eglise et l’Etat ont lieu au début du XXe siècle. Le curé, l’abbé Priou, quitte le logement pour s’installer à l’ancienne école de filles le 14 février 1907. Son successeur, l’abbé Letellier réintègre le presbytère à son arrivée en 1914.

Il sera ensuite occupé par les curés de la paroisse jusqu’au départ en retraite de l’abbé Perrette en 1989. Le presbytère sera alors loué, puis vendu en 1997.

La Mairie

De tout temps, la défense des intérêts de la collectivité d’un village a nécessité une assemblée de représentants des habitants.

Avant la Révolution de 1789, la paroisse était « l’unité territoriale » et cette assemblée était le Commun. Tout naturellement, le curé « présidait » les délibérations et, homme sachant lire et écrire, en rédigeait les procès-verbaux. Il tenait aussi les registres où étaient consignés les baptêmes, mariages et sépultures. Les réunions ordinaires se tenaient dans l’église, le dimanche « à la sortie et issue de la grand messe paroissiale ». Là, on nommait les collecteurs pour la « taille », le « sel », les délégués pour soutenir les procès, on fixait la contribution de chacun à l’impôt, on « audienciait » les contrats… bref, on gérait les affaires de la communauté.

Avec la Révolution, s’instaure un autre ordre : la commune se substitue à la paroisse pour ce qui est de la gestion des intérêts publics. Le conseil municipal succède au Commun et le maire se voit doté de nombre des pouvoirs qu’on lui connaît aujourd’hui.

La question du lieu de réunion du conseil municipal se trouve posée. Si, dans un premier temps, l’église remplit cette fonction, c’est ensuite une maison louée à un habitant de la commune (Pierre Bellenger) qui sert à la fois de presbytère et de « mairie ». Pendant vingt ans, c’est une salle-chambre à coucher appartenant à Surville, maire en exercice, qui sera salle commune.

Lorsque, en 1848, Charles Bacon lui succède, la Commune s’attribue une pièce au-dessus de la salle de classe, dans la maison d’école construite deux ans plus tôt venelle de la Roquette. Il va en être ainsi jusqu’en 1884 lorsque la maison presbytérale est transférée près de l’église. L’ancien presbytère va être loué au facteur rural. La salle à manger devient lieu de réunion. Quand la nouvelle école est construite en 1905, et que se pose la question du logement de fonction de l’instituteur, on élève un mur de séparation le long de l’escalier, on perce une ouverture sur la rue et ce qui avait été cuisine devient salle de mairie.

Cette dernière sera en service jusque dans les années 1970 avant d’être transférée dans l’ancienne école qui servait de salle communale depuis la mise en service du groupe scolaire de la forêt, là où elle est aujourd’hui.

L’école

La fréquentation d’une école par les enfants de Saint Laurent de Condel ne se fera réellement qu’à partir de la seconde moitié du XIXe siècle. Elle sera inégale selon le sexe et le niveau social. Il faudra attendre les lois Ferry pour que tous les enfants d’âge scolaire prennent le chemin de l’école.

Dans les temps anciens, il est évident que les villageois sachant lire et écrire sont l’exception. Il n’est, pour s’en convaincre, que de voir les signatures sur les registres de délibérations du Commun… et encore s’agit-il des notables de la paroisse !

Dans quelles conditions les enfants pouvaient-ils apprendre les rudiments de la lecture et de l’écriture ? Le custos, outre ses fonctions auprès du curé pour le service de l’église, se voyait parfois confier la tenue de la petite école, nos registres en attestent. Lors de la visite de l’église, le 11 juin 1781, il est déclaré qu’il n’y a pas de maître d’école. Je n’en sais pas plus.

Ce n’est qu’à partir de la Révolution de 1789 que l’on peut se faire une idée de l’état de l’instruction publique.

Ainsi apprend-on dans nos archives que le 2 prairial An II (21 mai 1794), Pierre Dubosq est élu instituteur public et qu’il y a 113 enfants scolarisables dans la commune.

En 1816, l’instituteur est François Joucher. On parle d’édifier une école. Saint Laurent la réclame sur son territoire parce que sa position est centrale par rapport à Boulon, Grimbosq et Les Moutiers.

L’école n’est pas gratuite, sauf pour les familles nécessiteuses. En 1830, on alloue 30 francs à l’instituteur monsieur Falaise, « faible somme il est vrai qui ne pourra l’indemniser de l’enseignement donné gratuitement aux enfants indigents, ce qui ne peut alléger son état précaire puisque la rétribution mensuelle qu’il reçoit de 55 à 60 enfants n’est que de 40, 60 et 80 centimes de chacun ».

La loi Guizot du 18 juin 1833 oblige les communes de plus de 500 habitants à ouvrir une école primaire de garçons dont la fréquentation ne sera pas obligatoire, mais qui sera gratuite pour les plus pauvres.

En 1834, selon le cours suivi, le coût pour les familles est de 50, 70 et 80 centimes par mois et par enfant. Il y a une soixantaine d’élèves ; parmi eux, 12 suivent à titre gratuit et 18 à demi-tarif. La commune verse 200 francs à l’instituteur et 50 francs pour son logement. Le mobilier est fourni par le maître d’école.

En 1837, la commune envisage d’acheter la maison, située venelle de la Roquette que Pierre André veut vendre pour retirer son fils du service militaire (en 1839 il achètera un remplaçant pour la somme de 2200 francs).

En 1846, on construit la nouvelle école, sur le terrain acheté à Pierre André.

Depuis 1842, une « maîtresse de travail » instruit les jeunes filles entre les périodes d’activités intellectuelles. Mademoiselle Gouget est maîtresse de dentelle en 1862, et ce, depuis plusieurs années.

L’abbé Langlois écrivait en 1862 :« L’instruction manque. Un trop grand nombre d’hommes ne savent pas lire, et je pourrais nommer un plus grand nombre encore de femmes, et même de jeunes filles. L’école mixte est tenue aussi bien que les autres dans les mêmes conditions. Elle a plus de 60 enfants des deux sexes, (un tiers et plus est fourni par Les Moutiers et Boulon). Seulement, comme on veut avant tout la dentelle, on envoie la petite fille à l’école le moins possible.Pourvu qu’elle gagne de bonne heure ses 12 ou 15 sous à la classe de travail, on a obtenu l’essentiel : le reste n’est que très secondaire ».

En juin 1881, l’école primaire devient gratuite.

Une école privée, pour les filles, est tenue par une religieuse depuis au moins 10 ans. Les locaux appartiennent à l’abbé Dubosq, vicaire général à Caen. Ils sont situés sur la rue principale. Cette école disposant de peu de moyens, la commune signe en 1881, un bail avec le nouveau propriétaire, l’abbé Léon Beaumont, curé de Saint Pierre la Vieille, dans lequel il est précisé que l’institutrice doit appartenir à une congrégation religieuse, sous peine de résiliation.

Mais la loi qui exige qu’une école spéciale de filles soit ouverte dans les communes de plus de 400 habitants va obliger nos édiles à envisager la construction de locaux.

Ceux-ci se faisant tirer l’oreille, le sous-préfet menace de faire fermer l’école de filles pour ouvrir une école mixte.

En 1903, l’effectif scolaire est de 24 garçons et 14 filles. L’administration n’auto-risera pas le renouvellement du bail de l’école religieuse de filles, et, d’autre part, l’école de garçons est insuffisante pour recevoir tout le monde. Il existe une école communale de filles depuis août 1880.

Le 29 septembre 1904 débutent les travaux de construction de l’école et de ses annexes sur l’emplacement de la maison Gouget, « achetée dans ce but en 1897 », ainsi que l’appropriation de l’ancien presbytère qui doit devenir un logement pour l’instituteur. Il en coûte 15500 francs, dont la moitié est prise en charge par l’Etat.

On décide de mettre des tables-bancs à 2 places au lieu des tables traditionnelles.

Les tuiles de l’ancien presbytère serviront à recouvrir le chœur de l’église.

Cette même année, une loi enlève toute liberté aux communes sur la question scolaire. La nouvelle école accueillera tous les enfants de la commune, au grand dam de nos élus qui déplorent « les inconvénients irréparables d’une école ouverte aux deux sexes ».

 

Tout naturellement on prend la décision de vendre l’ancienne école située venelle de la Roquette.

 

En 1905, il y a 54 enfants d’âge scolaire (31 garçons et 23 filles), ce qui justifie une demande d’ouverture d’un second poste. C’est mademoiselle Léontine Brard, fille de Xavier-Justin Brard, instituteur, qui enseignera les filles.

On décide d’élever un mur de briques entre les deux classes, de séparer la cour en deux et d’y planter des arbres.

 

Cette école va accueillir les petits Laurentais jusqu’au 1er octobre 1958, date de la mise en service du groupe scolaire édifié sur une parcelle de forêt acquise par la commune. En septembre 1969, la création du Regroupement Pédagogique du Cinglais, un des premiers dans le Calvados, consacre la coopération dans le domaine scolaire entre les communes des Moutiers, Mutrécy et Saint Laurent 128J’use de prudence en disant « un des premiers dans le Calvados ». Je pense qu’en cette période, il en existait bien peu en France, puisque des « technocrates » parisiens sont venus étudier le fonctionnement de notre R.P.I. Je les vois encore suivre le bus de ramassage scolaire lors de sa tournée….

 

Les prêtres de la paroisse de Saint Laurent de Condel

Billet de Paoul Bellenger du 14 octobre 1610 à l’abbé de Fontenay pour con-venir des dîmes de la paroisse de Saint Laurent et du trait du Vieux Grim-bosq. On peut lire l’annotation, apposée lors de la saisie des archives de l’abbaye. Deux erreurs y figurent : le nom du curé « Belbeuf » et le « Val de Grim-bosq » !!!

Billet de Paoul Bellenger du 14 octobre 1610 à l’abbé de Fontenay pour con-venir des dîmes de la paroisse de Saint Laurent et du trait du Vieux Grim-bosq.
On peut lire l’annotation, apposée lors de la saisie des archives de l’abbaye. Deux erreurs y figurent : le nom du curé « Belbeuf » et le « Val de Grim-bosq » !!!

Leur rôle a été éminent jusqu’à la période révolutionnaire. Ils présidaient l’assemblée des paroissiens, le Commun, qui statuait sur tous les problèmes de la vie quotidienne. Sur un registre, ils en consignaient les délibérations.

 

Ils étaient aussi chargés de « l’Etat Civil » (cette dénomination n’apparaîtra qu’à la Révolution de 1789) et tenaient à jour le registre des Baptêmes, Mariages, Sépultures. Ils résidaient à proximité de l’église, dans un presbytère dont la localisation n’est connue qu’à partir du XVIème siècle.

Comme je l’ai dit, nos registres paroissiaux, maintenant conservés aux Archives Départementales du Calvados, commencent en 1614. L’abbé Langlois, auteur d’une « Notice sur la paroisse de Saint Laurent de Condel » en 1862, les a exploités consciencieusement, ainsi que les notes de Surville et je me contenterai de rapporter ses écrits.

« Le premier curé connu de Saint Laurent est aussi de beaucoup le plus célèbre ; c’est Guillaume du Quesney. En l’année 1519, il était curé de Saint Laurent de Condel et chapelain du Bois-Halbout, et il fut nommé recteur de l’Université de Caen. L’année suivante, il devint doyen de la faculté de théologie dans la même ville (notes de l’abbé de la Rue). Ses successeurs sont inconnus jusqu’au commencement du siècle suivant.

Depuis l’année 1614 jusqu’à l’année 1789, sept curés et plusieurs vicaires ou prêtres desservants ont administré successivement notre paroisse. Les deux premiers appartenaient à la famille Bellenger.

Mr Paoul Bellenger était curé de Saint Laurent en 1614 ; il desservit la paroisse jusqu’en l’année 1632. Il rendit son âme à Dieu le 3 juillet de cette dite année, à quatre heures du matin, à l’âge de 65 ans, et fut inhumé par honorable et discrète personne noble M. Gabriel Patry, écuyer, sieur de Banville et curé de Boulon.

Mr Nicolas Bellenger, neveu du précédent, fut aussi son successeur immédiat. Il fut curé de Saint Laurent pendant trente quatre ans, depuis la fin de 1632 jusqu’au mois de mai 1666. Il fut inhumé dans le chœur de l’église, le dimanche 24 e jour de ce mois. C’est lui qui dut recevoir le testament de Mme de Robineau.

Dans les derniers mois de cette année 1666, la paroisse fut desservie par Mr Gilles Lerot, « cy devant prêtre curé de Bretheville-sur-Laize ».

Maistre Gilles de la Porte arrive à Saint Laurent au mois de février 1667. Il disparut après vingt-cinq ans, à la fin de l’année 1691. Il était sans doute d’une famille noble, son nom l’indique, et ses rapports avec la noblesse du pays l’indiquent plus encore. La manière dont il tient les registres, son écriture, sa rédaction, me porteraient à croire qu’il fut aussi le plus distingué de nos anciens curés Nous n’avons pas son acte de sépulture. Peut-être fut-il appelé à un poste plus important ? C’est le seul de nos curés de Saint Laurent pour lequel nous puissions faire cette supposition.

Après son départ ou sa mort, la paroisse fut desservie pendant près d’une année, jusqu’au mois de septembre 1692, par Mr Poulain, prêtre des Moutiers.

Mr Guillaume Fauvel fut curé de Saint Laurent pendant 27 ans, depuis 1692 jusqu’au mois de février 1720. S’il fallait en juger par ses registres, il aurait été d’une négligence impardonnable. Il ne paraît pas avoir jamais connu ses paroissiens ;il ignorait les noms du plus grand nombre,même celui de son custos. Dix années de ses actes sont perdues, si jamais elles ont existé. Son écriture est à peu-près illisible. Je soupçonnerais qu’une question l’occupait plus que tout le reste, celle de ses intérêts personnels…Je demande pardon à sa mémoire, mais je dis mes impressions.

Les signatures de la délibération du 30 mai 1658 Le niveau d’instruction transparaît clairement dans l’élégance ou la gaucherie de l’écriture. L’illétrisme se traduit par des « marques ». En bas à gauche, la signature de Nicolas Bellenger

Les signatures de la délibération du 30 mai 1658
Le niveau d’instruction transparaît clairement dans l’élégance ou la gaucherie de l’écriture. L’illétrisme se traduit par des « marques ». En bas à gauche, la signature de Nicolas Bellenger

Devenu infirme pendant les deux dernières années de sa vie, il eut pour auxiliaire Mr de Saint Germain, prêtre qui habitait Saint Laurent et fut son successeur.

Mr Jacques de Saint Germain fut nommé curé dès le mois de février 1720, mais sans doute Mr Fauvel ne reconnut pas sa nomination, car il continua de signer avec son titre jusqu’à sa mort. Elle eut lieu le 31 décembre de cette année, et il fut inhumé solennellement dans le chœur de l’église par Thomas de Bons, curé de Placy.

Mr de Saint Germain ne lui survécut que cinq ans. Il mourut en 1725, et fut inhumé le 16 avril dans le milieu du chœur, par maistre Rémy Gillouet, curé de Mutrécy.

Pendant la maladie assez longue de Mr de Saint Germain, Mr Pierre Motelay, prêtre de Saint Laurent, desservit la paroisse.

Mr Jean Legras est nommé curé au mois d’août 1725, et remplit ses fonctions jusqu’à la fin de 1764, pendant près de 40 ans. Pendant les dernières années de sa vie, son âge le força à demander des auxiliaires qui eurent tantôt le titre de vicaires, tantôt celui de prêtres desservants.

Le 1 er, en l’année 1747, fut Mr Pierre le Monnier, de la famille des le Monnier de Saint Laurent. Il avait d’abord été vicaire de Clinchamps, et était venu avec ce titre faire ici plusieurs baptêmes. Il passa six années avec Mr Legras, et fut ensuite vicaire de Louvigny.

Le deuxième, en 1753, fut Mr Davoult. Il ne resta qu’un an, et fut remplacé par Mr Thomas Duchemein.

Ce dernier fut pendant dix ans l’auxiliaire du curé, et ne disparut qu’à l’arrivée de Mr Heurtin.

Mr Charles Heurtin, prêtre de cette paroisse, un des membres de la famille de ce nom, d’abord chapelain de N.D de la Délivrande, fut nommé curé de Saint Laurent au mois de novembre de l’année 1764. Mr Legras vécut encore trois ans après cette nomination et fut inhumé comme ses prédécesseurs dans le milieu du chœur de l’église, le 16 octobre 1767, par Mr le curé de Mutrécy. Il était âgé de 79 ans.

Mr Heurtin eut pour auxiliaire pendant trois années, de 1777 à 1780, Mr l’abbé Roucamps, prêtre d’Esquay. Le reste du temps, il fut seul.

Il mourut en 1789, au moment où allait éclater la tempête révolutionnaire, et fut inhumé dans le cimetière par Mr l’abbé de Beaudre, curé de Fresney-le-Puceux et doyen de Cinglais. »

La vie des prêtres durant la période révolutionnaire est à lire dans le chapitre « Saint Laurent pendant la Révolution française ».


« La paroisse de Saint Laurent avait dans l’exil Mr l’abbé Enault, mais elle ne devait pas le revoir : à son retour, il était nommé curé d’Ondefontaine Mr l’abbé de Crouan avait voulu subir ici les épreuves, il était juste qu’il goûtât les premières joies. Il n’était pas possible encore de faire dans l’église les cérémonies du culte, il célébra une première communion dans la grange voisine, au milieu d’une population doucement attendrie. Les élus, on s’en souvient, avaient dû attendre jusqu’à l’âge de 18 et 20 ans. »


Mr l’abbé Bérard, curé des Moutiers avant 93, non assermenté, avait accepté la desserte de Saint Laurent. Il en prit possession le 20 mars 1803.

Ce fut pour nos habitants un jour de grande fête. Tous se portent à la rencontre du nouveau curé jusqu’à la limite de la paroisse. La municipalité marche en tête, présidée par Robert Marie, maire, et André Patry, adjoint. On revient processionnellement, avec toute la pompe que pouvaient permettre les circonstances.

Hélas ! cette pompe n’était pas très brillante. L’église était délabrée, le mobilier perdu, le presbytère abandonné aux héritiers du dernier curé. Tout était à faire, et la paroisse était pauvre, Mr Bérard pauvre lui-même, avec ses 500 f de traitement. Cependant, il se met résolument à l’œuvre, et les habitants le secondent de leur mieux.

La commune lui vote 150 f de supplément, et loue provisoirement la maison qu’elle a depuis achetée. En attendant l’organisation de la fabrique, on abandonne au curé la jouissance des terres d’obit dont avaient joui MM Heurtin et Beaudry. Une quête est faite, les ouvriers donnent leurs bras, le plafond de la nef est entrepris par eux à peu près sans salaire ; un neveu de Mme du Perron refait la peinture des autels ; les ornements les plus nécessaires sont achetés.

La fabrique commence à s’organiser dès cette année 1803. Elle a pour 1 er trésorier Jean Hébert, l’année suivante Pierre Heurtin et en 1805 Pierre Eustache Surville, déjà adjoint depuis deux ans. La première location des bancs a lieu en 1807, elle s’élève à 174 f.

Mr Bérard commençait à jouir de ses travaux, et des sacrifices de tous, mais les années de la persécution avaient affaibli sa santé. Une maladie nerveuse le fatiguait déjà depuis longtemps. Il succomba le 19 juin 1809, âgé seulement de 52 ans, et fut inhumé le lendemain par Mr Dumont, curé de Clinchamps. Il avait été constamment respecté et aimé. Il laissa des regrets unanimes et sincères.

Les paroisses de Mutrécy et Grimbosq avaient d’abord été réunies à Saint Laurent. Les conseils des trois communes s’assemblent deux fois à notre mairie (4 et 21 floréal an 11), pour contribuer ensemble aux dépenses du culte ; mais ils ne peuvent parvenir à s’entendre, et notre commune est obligée de faire à peu près seule tous les frais. Elle vote 300 f pour achat de linges et de vases sacrés. Les communes de Mutrécy et de Grimbosq n’avaient pas trop de tort, car elles ne tardèrent pas à avoir leurs curés.

À la mort de Mr Bérard, la paroisse eut pour desservant provisoire pendant six mois Mr Goujet, ancien curé de Meslay. Au mois d’octobre arriva le nouveau curé.

 

C’était Mr Bonnet, ancien curé de Fontaine-Halbout. Je ne suis pas certain s’il avait prêté serment à la constitution civile du clergé ; j’ai des raisons de le croire. Il fut bon, simple et peu capable, ne fit rien d’extraordinaire, et mourut le 4 avril 1812 après moins de trois ans de séjour. Le desservant provisoire fut Mr Bellenger, curé de Boulon.

Les habitants souffraient alors cruellement de la disette. Les ouvriers de la forêt n’ayant que du gros lait pour nourriture menacèrent de se soulever. La municipalité fit des démarches et obtint du gouvernement des secours en blé qui apaisèrent les murmures.

Mr de la Planche fut le successeur de Mr Bonnet au mois de juin 1812. Il venait de Tréprel, et avait été ancien prieur et curé de Pierrepont. Il avait eu la faiblesse de prêter le serment, mais il s’était sincèrement rétracté. Il s’occupa un peu, mais avec peu de goût, de continuer la restauration de l’église, acheta au nom de la fabrique trois tableaux que son successeur fit disparaître, et laissa faire par son trésorier quelques autres réparations. Dès son arrivée, il s’occupa de faire destituer l’ancien trésorier P.E Surville, sans pouvoir lui faire rendre ses comptes, et le fit remplacer plus tard par Gaspard Patry. Ce dernier eut de bien bonnes intentions, fit faire la tribune en 1817, mais il eut la malheureuse idée de faire ouvrir la fenêtre carrée destinée à l’éclairer, et le curé le laissa faire.

Soit impuissance ou négligence de la part des deux derniers curés, l’instruction religieuse ne fut pas donnée ou fut nulle. Le mal dont la cause fut alors posée est malheureusement bien loin encore d’avoir disparu.

Pendant les dernières années de Mr de la Planche, la commune avait eu beaucoup à souffrir à cause des réfractaires. Plusieurs fois, on en compta jusqu’à dix dans notre petite localité. Aussi les gendarmes et les garnisaires étaient devenus la terreur de tous.

Mr de la Planche avait fait élever en 1820 notre premier calvaire, sur l’emplacement d’une ancienne petite croix existant depuis fort longtemps.

Il mourut le 30 août 1822, fut inhumé le 1 er septembre par Mr Dumont, curé de Clinchamps,et la paroisse fut desservie pendant huit mois par Mr Bellenger, curé de Boulon.


« 1823 – Au mois d’avril, arrivée de Mr l’abbé Jean-François Aimé Halley comme successeur de Mr de la Planche. Il vient de la Délivrande où il a été pendant deux ans missionnaire. Prêtre jeune, vif et décidé,-élocution facile, jugement prompt et droit – sait conquérir pour ne plus les perdre un ascendant réel et l’estime de tous. Malheureusement une surdité précoce paralysera son ministère, et le rendra moins fructueux qu’il aurait pu l’être. »

« 1857 – Mort de Mr l’abbé Halley – Frappé d’apoplexie le 27 août, il meurt après trois jours – Deuil universel – La paroisse entière assiste à son service funèbre – Inhumation et oraison funèbre par Mr l’abbé le Peltier, doyen de St Sylvain – D’après le désir manifesté par le défunt, la tombe est creusée en face de la porte principale de l’église. Le conseil municipal la fait recouvrir d’une plaque de marbre avec une inscription.

Je prends possession de la cure le 15 septembre. La paroisse est triste – Le deuil empêche toute cérémonie d’installation – Je trouve au presbytère Mr l’abbé Dubreuil, vicaire ici depuis trois ans, à cause de la surdité de Mr Halley. »

 

L’abbé Jacques Langlois meurt en 1864. Il a eu le grand mérite d’avoir méthodiquement exploité les registres cités plus haut. Il a également recueilli le témoignage d’habitants et noté ses impressions sur le quotidien du village. Ses écrits ne sont pas exempts d’impartialité et son antipathie pour la République et ses représentants locaux transpire dans de nombreuses pages. Reconnaissons que la période post-révolutionnaire ne devait pas être facile à vivre et certaines plaies étaient encore à vif. Il est inhumé au porche de l’église.

L’abbé MARIE arrive en 1870. C’est lui qui va conduire les travaux du clocher et de la nef de l’église. Il décède le 9 février 1892. Il est enterré lui aussi au porche de l’église.

L’abbé LEVERRIER arrive dans la paroisse et en est le curé jusqu’à sa mort le 15 décembre 1897. Il ne fait aucun doute qu’il n’était pas apprécié par la municipalité, qui décide « de s’abstenir complètement » pour ses obsèques, vu qu’il « passait 3 jours sur 8 au château de la Haize ».

L’abbé PRIOU lui succède. C’est durant son séjour qu’éclatent les conflits liés à l’adoption de la loi de « séparation de l’Eglise et de l’Etat » qui le conduiront à quitter le presbytère en 1907.

L’abbé LETELLIER prend en charge la paroisse en 1914. Il devra gérer les drames occasionnés par la Grande Guerre (16 soldats tués) et la présence des réfugiés des zones du conflit.

L’abbé Amédée THEZARD arrive dans la paroisse en 1921 et occupe son ministère jusqu’à sa mort accidentelle en 1946. Il est inhumé devant la porte du chœur.

L’abbé BAUTIER est nommé curé de Saint Laurent en 1947.

L’abbé Pierre PERRETTE arrive dans la paroisse le 15 octobre 1961. Il exercera son ministère d’abord au profit de Saint Laurent, puis du secteur paroissial Saint Laurent de Condel, Les Moutiers en Cinglais et Grimbosq. Il prendra une retraite bien méritée le 29 octobre 1989. Il est décédé en 1990 et inhumé dans notre cimetière. C’est le dernier de la longue liste des prêtres de la paroisse.

 

Un contentieux domanial dans la plaine de Caen au XVIIIe siècle

(Archives départementales du Calvados – série 4 C – n° 1027/2)

Il se situe dans la vicomté de Saint Silvin et du Thuit, au sud de Caen, sensiblement entre cette ville et Falaise.

Le contentieux oppose le sieur POIGNANT, Inspecteur des Domaines de la Généralité de Caen, receveur du Domaine à Saint Silvin, aux habitants de Saint Laurent de Condel ; il s’agit de la qualité domaniale d’une pièce de terre nommée « le Champ de la Foire », et exploitée par la communauté de cette paroisse.

Si, aux XVIIe et XVIIIe siècles, la foire n’existait plus, nous en avons trace au Trésor des Chartes (Tome III / JJ 75), en ces termes : « vidimus, confirmation et transformation en don perpétuel du don viager fait par le Roi, le 22 août 1343, à Thibaut de Mathefelon, des biens provenant de la forfaiture d’Olivier de Clisson, dans le baillage de Caen, même si la valeur réelle dépasse l’évaluation qui en fut faite par le Bailli de Caen, à tenir en hommage du Roi ou du Duc de Normandie, à savoir le manoir du Thuit, la minière de Beaumont, des droits de la forêt de Cinglais, les revenus de la Foire de Saint Laurent de Condel…etc…

Dans la seconde moitié du XVIe siècle, le Roi possédait à cause de la baronnie du Thuit, la plus grande partie de la paroisse. En 1581, elle fut donnée a fieffé par le Roi au Duc d’Alençon, à titre d’apanage. Cependant, le 4 novembre de la même année, une partie de la terre nommée « le Champ de Foire » fut aliénée pour une superficie de un arpent trois quartiers, le reste de la dite parcelle, soit environ quatre acres, étant conservé pour servir de champ de foire. Jusqu’alors, la qualité domaniale de celui-ci est incontestable.

 

Le conflit va naître un siècle plus tard. La foire fut supprimée pour des raisons que nous ne connaissons pas. En 1682, le Receveur des Domaines de Saint Silvin affermait pour le roi la dite terre à deux particuliers, par un bail de neuf années, au prix de deux livres et deux chapons l’an. Mais ce bail ne serait pas poursuivi au-delà de la quatrième année. Par ailleurs, en 1684, les habitants auraient vendu une partie de la pièce, et baillé le reste en 1691.

Un siècle se passait à nouveau, sans que le Receveur ne soit intervenu pour mettre fin à une quelconque usurpation des gens de Saint Laurent. En 1775, intervint la proclamation d’un projet de bail qui serait accordé aux sieurs Bellanger par la communauté. Mais, cette même année, par acte du 1er juillet 1775, le Receveur des Domaines de Saint Silvin, mettant fin au long sommeil de ses prédécesseurs, baillait au sieur Des Aunez cette même terre dite du Champ de Foire.

Le conflit ouvert, il y eut des échanges épistolaires entre Poignant et ses adversaires, sans résultat. Ce n’est qu’en mai 1777 que son procureur cita ceux-ci.

L’audience se tint les 12 et 14 juin 1777 à Caen, au Bureau des Finances et Chambre des Domaines.

Maître Laprise, avocat de Poignant, allant au-devant des circonstances susceptibles d’être évoquées, déclara qu’au registre des Domaines de 1682, en marge de l’article de possession du Roi, il y avait une annotation sans date, et sans plus ample précision.

Et de demander au Tribunal de bien vouloir, avant dire droit, prescrire à ses adversaires, déposer copie de cet arrêt.

Quoiqu’il en soit, développe alors maître Laprise, les droits de la Foire étant affermés au profit du Roi, si la foire ne se tient plus depuis un siècle, le Roi seul peut la rétablir, car il détient toujours le droit de servitude. Quant aux actes faits par la communauté, en 1684 et 1691, ils ont été faits clandestinement, sans en prévenir le Domaine ni la Justice. Quand une possession, quelle qu’elle soit, paraît à la suite de celle du Roi, elle est illégale, car le Domaine du Roi est imprescriptible. Seul un titre régulier peut légitimer la possession de l’acquéreur. Sans doute, poursuit-il, il faut, pour établir la Domanialité d’un fonds, que celui-ci ait été régi depuis au moins dix ans pour le Roi (Edit de Moulins 1566).

Mais en l’espèce, la possession du Roi est immémoriale. Et même si ce bien n’était pas domanial, la Communauté aurait alors aliéné un bien commun, ce qui est formellement proscrit par l’Edit d’avril 1667. Seule la production de l’arrêt du Conseil d’avant 1687 pourra éclairer cette affaire.

 

Le jugement de la Chambre des Finances de Caen fut rendu le 19 juillet 1777. Il énumère l’audition des conclusions des plaideurs, par la présentation de leurs avocats, mais : « a défendu au Receveur du Domaine et à tous les autres de les (les habitants) y troubler, et a condamné le sieur Poignant aux dépens envers toutes les parties ; au surplus, faisant droit jusqu’à plus amples conclusions de l’Avocat du Roy, la Chambre a ordonné que le sieur Poignant rapportera dans les six mois l’arrêt du conseil dont il s’agit afin d’être déposé au Greffe, et en donnons mandatement au premier des huissiers audienciers ».

C’est le renversement de la preuve.

 

Le sieur Poignant estime devoir faire appel, et son avocat, maître Laprise dépose dans ce but des conclusions complémentaires qui, en fait, ne reprennent que certains arguments déjà développés plus haut. Il ajoute qu’en 1581, la donation à fieffé, par le Roy, au Duc d’Alençon, à titre d’apanage, de terres sur la paroisse de Saint Laurent de Condel et autres paroisses voisines a été effectuée, et une partie de la pièce en question aliénée le 4 novembre 1581, il s’ensuit que le reste demeurant affecté à la Foire Royale, est en conséquence du Domaine.

Maître Laprise conclut : « quelque soit la longueur de la jouissance par les habitants, elle ne saurait porter préjudice au Roy, dont les droits sont impres-criptibles ».

Mais, ni maître Laprise, ni Poignant, ne sont assurés de la portée irréfra-gable de leur propos. Ils consultent donc deux jurisconsultes de Rouen.

Le premier, le sieur Thouret, répond le 3 avril 1778 et déclare « la sentence paraît bien rendue, car il est certain par la jurisprudence des arrêts du Parlement, fondés sur la Coutume et sur l’Edit d’avril 1667, que la longue possession suffit pour écarter la réclamation au nom du Roy, d’un fonds comme domanial, à moins que la Domanialité soit d’abord justifiée, en prouvant aux termes de l’Edit de 1667, que ce fonds ait été tenu, administré pendant dix ans, par le Receveur et Officier du Domaine, et qu’ils sont entrés en ligne de compte. Or les habitants possèdent sans trouble depuis la fin du siècle dernier, et la possession par le Roy, limitée entre 1682 et 1687, est insuffisante.

Un deuxième consultant rouennais, le sieur Le Danois, répond en date du 29 juillet 1779 qu’il pense que l’action en appel ne mettra pas à néant le jugement entrepris.

 

Cette unanime position des consultants ébranla le sieur Poignant et son conseil, si bien qu’ils firent défaut devant le Parlement de Rouen, car, par une déclaration du Roi du 14 mai 1717, les Parlements étaient autorisés à recevoir l’appel des jugements des Trésoriers des Finances établis dans leur ressort.

Basnage précise même que, par une jurisprudence du 13 juin 1626, la Chambre du Trésor de Paris ne pouvait connaître des affaires du Domaine du Roi en Normandie.

 

L’arrêt de Rouen du 1er février 1780 dit : « Notre dite cour, où notre Procureur Général a donné défaut à tour de rôle, ordonne que ce dont il est fait appel portera effet, condamner l’appelant à douze livres d’amende envers nous, et aux dépens entre toutes les parties, soit cinq cent soixante livres, quatre sols, un denier ». Si l’on ajoute les dépens du jugement de Caen, et ses propres frais (avocat, consultants), on est proche de mille livres de débours…

Le sieur Poignant déposa-t-il au Greffe la copie de l’Arrêt du Roi favorable aux habitants de Saint Laurent de Condel ? On en doute, car le registre de dépôt au Greffe de 1780 à 1790 ne mentionne pas l’opération en cause. Qui plus est, on ne trouve aux Archives Nationales aucune trace dudit arrêt au fichier couvrant la période de 1611 à 1710.

L’affaire est donc partie d’une annotation imprécise et erronée sur le registre du Domaine, et le sieur Poignant aurait dû préalablement, s’assurer lui-même de l’existence de l’arrêt du Conseil du Roi rapporté par la dite annotation. Il eut alors économisé et son temps et ses deniers.

Adolphe HENAFF

Inspecteur central honoraire des Domaines

Vingtièmes, dixièmes et taille

Rôle des « vingtièmes » pour l ‘année 1734

129Archives départementales du Calvados
C 5687 Vingtièmes / Election de Caen / Saint Laurent de Condel / Année 1734

 

  1. Mre Louis de Manoury, seigneur de Vauloges, Croisilles et autres lieux, lieutenant pour le Roi de la ville et banlieue de Falaise, représentant Gabriel François Piedoue, Ecuyer et au droit par acquet de Charles Heurtin 1600 £à 80 £
  2. Jacques de Ste Marie Ecuyer, tant en cette paroisse qu’en celle de Boulon et Mutrécy 1000 £ à50 £
  3. François de Ste Marie, Ecuyer 130 £ à 6.10 £
  4. Jacques Bellenger 550 £ à 27.10 £
  5. Legras Prêtre curé de la paroisse 70£

Pour l’année 1788, on note 83 assujettis aux 20e avec parfois un revenu de 2 £

Pour l’année 1787, Revenu total de la paroisse : 7710 £

Note : le curé, son presbytère, aménagement et jardin estimé 100 £.
Les grosses et menues dîmes et terres labourables exploitées : 2000 £

Rôle des « dixièmes » pour l’année 1734

130Archives départementales du Calvados
C 5109 Dixièmes / Election de Caen / St Laurent de Condel /Année 1734

 

Nobles et privilégiés :

  • Gabriel, François Piédoüe Escuyer, Cons. Du Roy, Vicomte d’Evrecy, propriétaire de 30 acres de terre tant en labeur, pray, plant et bois tailly dont partie affermées à différents particuliers et le surplus qu’il fait valoir, le tout estimé 424 £ de revenu, payera sur le pied de sa déclaration la somme de 42£8. Et pour ne s’être pas conformé au modèle attaché à la déclaration du Roy du 17 9bre 1733 payera pour le double pareille somme de 42£8
  • Jacques de Ste Marie Escuyer possède tant en cette paroisse que celle de Boulon et Mutrécy, une maison, 80 acres de terre labourable et 2 acres en pray et pâturages et 2 acres en bois taillis estimée 500 £ de revenu : 50 £. Pour ne s’être pas conformé au modèle : 50 £ soit 100 £
  • François de Ste Marie Escuyer, propriétaire d’une maison et 3 acres de terre estimée 80 £ 8£+8£
  • Pierre Moteley, prêtre, tant pour lui que pour sa mère et ses frères, propriétaires d’une maison et 9 arpents de terre tant en labeur que prey : 150 £ 15£+15£
  • Le sieur Le Gras, prêtre curé de la ditte paroisse, propriétaire de 2 maisons et ½ acre de terre en fieffe estimé 30 £ 3£+3£

 

Taillables :

  • Jacques Bellenger 3 maisons et jardin affermé, plus il fait valoir 30 acres de terre et sic acres en pray et pâturage et 2 acres de bois (tant sur St Laurent que Boullon et Mutrécy) 330 £ 33+33£
  • Madeleine Lepetit des Moutiers propriétaire de 8 acres de prey en fieffe estimé 147 £ 14.14+14.14 £ soit 29 £
  • Pierre Labbey possède 2 acres de terre 35 £ de revenu 7£
  • Jean Poisson possède 1 maison et 14 acres de terre 95£ 19£
  • Michel Postel possède 1 maison jardin et 2 acres tant en labeur que pâturage 20£ 4£
  • Elisabeth Fillet veuve de Jacques Ozanne propriétaire d’une maison, jardin et ½ acre de terre labourable 21£ 4£
  • Georges Louvet 2 maisons 2 jardins 9 acres 3 vergées de terre labourable tant en propre qu’en fieffe 160£ 32£
  • Pierre Langevin maison, jardin, grange, 1 vergée de terre en fieffe 30£ 6£
  • Robert David 2 maisons 1 jardin et ½ vergée de terre labourable plus par fieffe maison, jardin et 1 vergée de terre tant en prey qu’en labeur 42£ 8£10
  • Madeleine Bellenger 1 maison 3 vergées de terre tant en labeur que jardin avec ½ acre en prey plus 2 partis de fieffe une maison ½ vergée de prey et 4 acres de terre le tout estimé 150£ 30£
  • Louis Le Monnier 1 maison et 20 acres de terre tant en prey que labeurs (St Laurent et Mutrécy) 150£ 30£
  • Georges et Guillaume Legrix père et fils plusieurs maisons et 4 acres de terre (labeurs et pâturages) 80£ 16£
  • Etc….

Pour mémoire :
Montant de la taille des paroisses environnantes
St Laurent 636£ Mutrécy 425£10sols
Grimbosq 359£10sols Boulon 747£10sols Moutiers 526£10sols

Assiette de la taille année 1743

Elle a été établie par des paroissiens de Saint Laurent le 15 janvier 1743. Je n’ai retenu que les noms des personnes et leur métier, et respecté l’orthographe.

André David journalier Charles Poubelle et son fils François journaliers Jacques Couvet tanneur Jean Jardin journalier Jean Ozanne journalier Jacques Patry maréchal Jean Bréhy journalier Jacques et Guillaume Laisné laboureurs Jacques Bellanger laboureur Jacques Labbé, fils Pierre, journalier Jacques et Laurent Fouchaut domestiques Jacques David berger Jean Lesueur mandiant Jacques Guilbert berger Jean-Jacques Madelaine custos Veuve Charles Poubelle fileuse Veuve Guillaume Labbé fileuse Philippe Delamare journalier et sa mère Veuve Delaunay et Veuve Renoux cabartières Michel Epidorge journalier et sa mère Pierre Poubelle journalier et sa mère Veuve Pierre Labbé fileuse Veuve Gaspard Coeuret propriétaire Veuve Lemonnier et son fils ? Veuve Jacques Ozenne fileuse Fils Ozenne journaliers Veuve David et son fils Robert ? Thomas Patry maréchal et sa mère Veuve Jean Villard fileuse Veuve Nicolas Lainé fileuse Veuve Jacques Poubelle et son fils François ? Veuve Claude Lecreps propriétaire Veuve Jacques Vauquelin fileuse Veuve Thomas Radiguet fileuse

Veuve Jacques Vivien sage-femme Veuve Jean Fouchaut mandiante Veuve Noël Radiguet fileuse Veuve Philippe Poubelle mandiante Veuve Jean Poubelle fileuse Veuve Pierre David fileuse Veuve Jean Tribouillard fileuse Louis Duchesne journalier Laurent Gigon ? Michel Postel et son fils Nicolas journaliers Nicolas David fils Pierre fagotier Nicolas Radiguet journalier Nicolas Hébert garde de bois Nicolas Ozenne journalier Philippe Langeois journalier Philippe Fillet journalier Philippe Fillet fils Jacques journalier Pierre Patry fagotier Pierre Harel journalier Pierre Lemonnier laboureur Pierre Poubelle journalier Pierre Langevin et son fils François journaliers Pierre Pauger couvreur Pierre Radiguet fagotier Pierre Villard septuagénaire Robert David fagotier Robert Surville garde de bois Robert Bonvalet mandiant Thomas Antoine tourneur Thomas Brion laboureur Thomas Fillet journalier Thomas David journalier François Lainé cordonnier Charles Vauquelin toilier Charles Chesnaut journalier

Charles Lepage journalier Charles Varin journalier Cyprien Bosquet journalier Charles Balière mandiant Charles David, fils Thomas, journalier Charles David, fils Michel, berger Charles Hébert, garde de bois François Découflet, journalier François David, fils Pierre, laboureur François Ménard journalier François St James mandiant François Revel domestique Guillaume Heurtin laboureur Guillaume Laisné journalier Guillaume Legrix laboureur Gilles Baudry berger Guillaume Labbé, fils Laurent, journalier Georges Louvet buraliste Gaspard Patry laboureur Guillaume Labbé, fils Michel, journalier Jacques Hébert journalier Jacques Labbé journalier Jacques Madelaine toilier Jacques Fillet journalier Jean-François Cassard ? Jacques Tribouillard journalier Jacques Labbé, fils André, mandiant Jean Lebaron ? Jacques Labbé, fils Pierre, journalier Jacques et Guillaume Laisné laboureurs Jacques Bellanger laboureur François de la Rette journalier François Patry journalier Jean le Mercier mandiant

Occupants

Guillaume Vallée, Pierre Cécire, Jean Postel, Guillaume Radiguet, Nicolas Patry.

D’autres personnes qui ne sont pas nommément citées sont inscrites pour l’exploitation de terres diverses : « le bas du Parc », « la butte du Parc », « la grande et petite Chesnée », « les Postils », « l’acre à la Planche », « la chaîne à Bourget » et « la dixme du Vieil Grimbosq »

Néants

Jacques Heuzé, Michel Etienne, François David, François Bougon, François Trébutien François Bonvalet, Jacques Marion, Charles Postel

Exempts

Jean le Gras prêtre, curé dudit lieu

Jacques de Sainte Marie escuyer

La lecture de cet état est intéressante à plusieurs titres. Les professions exercées montrent une nette prédominance des journaliers. On note la présence de plusieurs « mandiants » qui sont malgré tout imposés à 10 sols. La quasi totalité des veuves sont déclarées « fileuses ». Les plus gros contribuables sont laboureurs ou veuves de laboureurs.

Dans cinquante ans à peine, les cahiers de doléances mettront en évidence l’exaspération des gens face à l’injustice que constitue la classe des privilégiés.

 

Quand Louis XVI passa à Saint Laurent de Condel

« Le lundi 21 juin 1786, Louis XVI se hasarde, pour la première fois de son règne, hors des environs immédiats de Paris. Il s’est laissé convaincre par son ministre de la Marine, le maréchal de Castries, et son propre frère, le comte d’Artois, d’aller visiter les grands travaux de construction de la rade de Cherbourg qui vont en faire un redoutable port de guerre sur le front de la Manche.

Il part de Versailles à l’aube, pour une première étape très longue, qui doit le mener jusqu’à Harcourt. Il est accompagné de son capitaine des gardes, de deux de ses ministres, Ségur pour la Guerre et Castries pour la Marine, d’une douzaine d’autres gentilshommes, chacun flanqué de trois ou quatre domestiques.

Le Roi lui-même dispose d’écuyers, de lieutenants des gardes, de valets de chambre, de bouche et de pied, de pages, d’un premier chirurgien, etc.

L’état des logements à préparer pour cette caravane comprend 29 « lits de maîtres »et 16 « lits de domestiques », sans compter les appartements du Roi. Le train prévu pour la poste comprend 35 voitures, dont celles du matériel, la garde-robe, la vaisselle et les provisions pour certaines haltes. Une voiture suit à vide pour remplacer celle qui transporte le roi, en cas d’accident. À chaque relais, les postes doivent fournir 83 chevaux de trait pour les voitures et 40 bidets pour les courriers en avance et les cavaliers d’accompagnement.

Ni la Reine, ni aucune épouse des accompagnateurs n’a pris part au voyage. Par contre, les dames de la bonne société afflueront aux nombreuses réceptions.

Le convoi passe par Houdan, L’Aigle et Falaise. C’est tout de suite les bains de foule, auxquels Louis XVI répugne moins qu’au bal de la Cour. Son côté bon enfant et sa difficulté d’expression le mettent de plain-pied avec ces braves gens qui bafouillent plus que lui et sont frappés depuis toujours du caractère sacral de l’idole qu’il leur suffit d’apercevoir pour être comblés. À Falaise, 50 jeunes filles en blanc et rose le reçoivent à l’entrée de la ville et jonchent son chemin de fleurs.

Il y aura une forte bousculade autour du château d’Harcourt, où l’une des plus grandes familles de Normandie, celle du gouverneur de la province, précepteur en titre du dauphin, le reçoit pour sa première nuit normande.

La duchesse d’Harcourt profite du dîner à cent couverts pour demander la grâce de 6 déserteurs qui doivent être bientôt pendus à Caen. Grâce accordée ; pâmoison de la duchesse ; acclamation générale :

« – Vive le bon roi Louis XVI !

– Vivez vous-mêmes, mes enfants ! »

À l’occasion de la venue du Roi, le garde général de la forêt, monsieur Brée, reçoit du duc d’Harcourt, une petite parcelle de bois à Saint Laurent, sur laquelle sera construite plus tard l’auberge « la Croix Blanche ». Le lendemain matin, il reprend la route et passe à Saint Laurent vers les 8h30 et fait étape à Caen vers dix heures. Dans une cohue presque dangereuse, où certains risquent de se faire écraser par les voitures du cortège, le Roi accorde aux habitants la permission de lui élever une statue. Ce fait se reproduira dans sept localités, mais aucune des statues ne sera finie en 1789 ».

La suite de son périple vers Cherbourg suscitera bien des attroupements, bien des scènes de liesse populaire… 131Lire « La révolution qui lève » de Claude Manceron, tome IV de sa fresque de la Révolution française « Les hommes de la Liberté ».

De Harcourt à Caen, le roi emprunte la route qui vient d’être mise en service peu de temps auparavant et qui remplace l’ancien grand chemin, probablement celui-là même que l’on trouve cité dans la Charte de fondation de l’abbaye Saint Etienne de Fontenay.

Extrait de la carte de Cassini, établie dans les années 1790 On voit le tracé du Grand chemin de Caen à Harcourt et celui de la route ou-verte juste avant la révolution de 1789, qui est sensiblement différent.

Extrait de la carte de Cassini, établie dans les années 1790
On voit le tracé du Grand chemin de Caen à Harcourt et celui de la route ou-verte juste avant la révolution de 1789, qui est sensiblement différent.

Cette nouvelle route était nécessaire à plus d’un titre. L’hiver et toute autre saison pluvieuse rendaient la circulation difficile. On ne pouvait en fait utiliser que la partie centrale de la voie et encore… cela était-il périlleux en maints endroits ! La fontaine Saint Laurent jaillissait au milieu du chemin ! La traversée du village était très difficile car « argileuse et aquatique » pendant et après les saisons pluvieuses 132Pierre-Eustache Surville
Statistique 1839
. On sait l’importance des voies de communication pour le développement des échanges commerciaux.

Les habitants de Mutrécy, se plaignaient d’être pratiquement dans l’impossibilité de faire circuler leurs charrettes transportant les tonneaux de cidre de 800 pots vers Caen en périodes humides. Le commerce du bois avec ses lourds charrois exigeait des routes empierrées.

Dans la seconde moitié du XVIIIe siècle on s’attaqua donc au problème. L’intendant De Fontette (La place des Tribunaux à Caen porte son nom) lance le projet. En 1768, des plans sont dressés pour toute la longueur du tracé par l’ingénieur Viallet. Il serait souhaitable que la route soit élargie à 72 pieds, mais il est difficile de le réaliser partout à cause des maisons riveraines. Le chœur de l’église de Saint Laurent constitue un obstacle et il est frappé d’alignement 133Heureusement cette mesure ne sera jamais mise en application ! Voir plans ci-dessous.. En fait, seul le mur du cimetière attenant sera déplacé pour se trouver dans la position actuelle.

Plan de la traversée de Saint Laurent de Condel établi lors des études pour les travaux de la route de Caen à Laval vers 1770 Archives départementales du Calvados C 3642 Il n’est pas très aisé de faire le lien avec le plan actuel à cause des modifications, disparitions et créations de routes et che-mins. Toutefois, on distingue bien la masse du manoir et de l’église et de ce qui fut le hamel de la Place. En allant vers Les Mou-tiers, il est visible que les habitations sont toutes à l’est de la route.

Plan de la traversée de Saint Laurent de Condel établi lors des études pour les travaux de la route de Caen à Laval vers 1770
Archives départementales du Calvados C 3642
Il n’est pas très aisé de faire le lien avec le plan actuel à cause des modifications, disparitions et créations de routes et chemins.
Toutefois, on distingue bien la masse du manoir et de l’église et de ce qui fut le hamel de la Place. En allant vers Les Mou-tiers, il est visible que les habitations sont toutes à l’est de la route.

En réalité, les routes de l’époque sont à 36 pieds de large et même moins. 134A.D du Calvados C 3448

La nouvelle route, empierrée, va emprunter un tracé légèrement différent de celui du grand chemin de Caen à Harcourt. On le voit très bien sur la carte de Cassini de cette époque. Pour la traversée de notre village, il y a déplacement de la route vers l’ouest. On la fait passer dans la division du Champ de la Foire et une dizaine de maisons se retrouvent à une dizaine de mètres en retrait du nouveau tracé. Le cadastre du 19 juillet 1809, dressé par monsieur Le Vavasseur, géomètre, le fait apparaître clairement.

Le hameau du Bosq est maintenant à l’est de la route, alors qu’il était à l’ouest du chemin…

La fontaine Saint Laurent dont il est fait mention plus haut va être couverte et, par un conduit, transportée sur la berge. Une pompe publique dispensera ses eaux aux habitants alentour quelques années plus tard. La route est pavée depuis l’entrée nord du village, un peu avant l’église, jusqu’au milieu de la traverse, au niveau de la venelle de la Roquette. En 1777, elle est ouverte mais n’est pas vraiment achevée. Elle ne le sera d’ailleurs qu’assez longtemps après la Révolution.

L’amélioration de la circulation, les échanges commerciaux croissants entre Caen et le sud du département et au-delà, vont contribuer à l’essor du village. Les maisons et les commerces se construisent de part et d’autre de la route pour former le « village-rue » que l’on connaît aujourd’hui.

On dénombre ainsi en 1839, 3 auberges et un relais de diligences. Il y a plusieurs épiceries, boucheries-charcuteries et boulangeries. Outre les agriculteurs et les ouvriers « nomades », les gens d’état sont très nombreux : aubergistes ou cabaretiers, boulangers, bouchers, maréchaux, épiciers, menuisiers, charpentiers, cordonniers, bourreliers, cordiers, perruquiers, toiliers, tailleurs, maçons, gardes de la forêt, facteurs pour les bois, chaisiers.

L’abbé Langlois voyait juste en 1862 lorsqu’il écrivait :

« Bon nombre de ces industries sont alimentées surtout par la route, la plus fréquentée du département, à cause du roulage pour Flers et Condé. Quand le chemin de fer par la vallée de l’Orne sera terminé, beaucoup de ces états auront à peine à se soutenir, et notre localité perdra certainement son importance » 135Abbé Jacques Langlois
Notice sur la paroisse de Saint Laurent de Condel 1862
.

La construction de la voie ferrée Caen-Laval vers 1870 136Le tronçon qui nous concerne fut inauguré en 1871. La chapelle Sainte Anne fut construite en 1868 pour remplacer celle, plus ancienne, qui avait disparu sous les remblais du viaduc., le charbon, nouveau moyen de chauffage, vont effectivement contribuer au déclin de Saint Laurent.

Plan de la traverse de Saint Laurent des Moutiers 1768 AD Calvados C 3646 L’entrée du village côté Caen. Au niveau du chœur, début de la partie pavée. Les parties frappées d’alignement apparaissent en jaune

Plan de la traverse de Saint Laurent des Moutiers 1768 AD Calvados C 3646
L’entrée du village côté Caen. Au niveau du chœur, début de la partie pavée. Les parties frappées d’alignement apparaissent en jaune

La zone marécageuse avec le tracé du pont destiné à canaliser l’eau

La zone marécageuse avec le tracé du pont destiné à canaliser l’eau

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La forêt de Cinglais

La forêt a forcément occupé une place importante dans la vie des Laurentais. Depuis son origine, le village a subi et profité de sa position. Lieu de vie, de travail, de refuge, de trafic ou de braconnage, la forêt a conditionné l’existence des habitants de Saint Laurent de Condel.

La forêt, c’est tout d’abord un endroit quelque peu chargé de mystère et qui fascine. L’imaginaire y place des animaux et des personnages de légende. On pense aux loups, aux elfes, aux fées et aux sorcières. Les enfants de l’école de Saint Laurent ont tout de suite baptisé « maison de Blanche-Neige » la chaumière rebâtie à la fin des années 70 au carrefour des Granges…Bien sûr, cette approche ne manque pas d’intérêt, mais la réalité est plus prosaïque.

La forêt lieu de travail et de vie

Depuis la donation initiale à l’abbaye Saint Etienne de Fontenay, on sait que les moines ont des droits sur la partie de forêt appelée Bois de Grimbosq. Ils perçoivent la dîme sur les animaux qui y pâturent. Ils ont le droit de prélever du bois : la charte en définit la quantité quotidienne, à savoir la charge de deux ânes La forêt est une exploitation agricole et on crée des clairières où on ensemence et récolte des céréales. Il en est ainsi des alentours de la motte d’Olivet au XIe siècle. Les hameaux de l’Acre, de la Hupperie, du Bosq, des Huets trouvent sans doute là aussi leurs origines.

On conduit les animaux dans les bois pour qu’ils y broutent. Robert II, dans un acte de concession subséquente (1100 ?) mentionnait tous les revenus de sa dite part de forêt qui entraînaient perception de la dîme, notamment des porcs, des béliers et des poules et du pasnage et de l’avoine 137Le Pays de Cinglais Vaultier (1836)
In octavo 998
. Cette pratique était encore en vigueur au XIXe siècle. Avant la Révolution, on devait s’acquitter d’une redevance aux d’Harcourt qui étaient les propriétaires de la forêt. Ils avaient fait convertir la dîme que les moines de Fontenay percevaient, en une redevance annuelle 138Gallia Christiana Instrumen. T11 p.95. En 1728, on dénombre 37 vaches et 3 génissons pour lesquels on doit payer une redevance annuelle de 3 livres par vache et 1 ½ par génisson 139Archives départementales du Calvados E / 276.

Avant eux, au mois de septembre 1243, Mr de Tournebu pour être déchargé du droit d’usage que l’abbaye Saint Etienne de Fontenay avait de prendre sa part, lui donna 36 acres de bois. En 1305, le mardy devant la Saint Michel, le seigneur Jean Crespin chevalier, mari de Jeanne Bertrand, dame de Thury, donna pour la même raison 24 acres de bois. Ce qui compose en tout 60 acres de bois nommé aujourd’hui le Bois l’Abbé 140Archives départementales du Calvados
H / 6203 Bois l’Abbé
Le 21 avril 1587 a été adjugé 15 acres de bois taillis au nombre de la plus grande pièce nommée le Bois à l’Abbé, assis en la paroisse des Moutiers dépendant de l’abbaye de Fontenay, à Lion Osmont dudit lieu des Moutiers pour le au nom de noble seigneur messire Jean de Brécy, chevalier, sieur d’Isigny, au prix de la somme de 1200 livres.
.

 

La forêt est source d’approvisionnement en bois depuis toujours. Les taillis sous futaie procuraient du bois de chauffage pour les villages alentour mais également, et en grande quantité, pour la ville de Caen. L’utilisation du charbon des mines comme moyen de chauffage porta un coup à cette industrie dans la seconde moitié du XIXe siècle, mais elle se poursuivit dans une moindre importance jusqu’avant la seconde guerre mondiale. Les anciens se souviennent des charrettes imposantes attelées de deux chevaux qui sortaient des chemins forestiers et partaient vers Caen.

Charroi dans les années 1930

Charroi dans les années 1930

On m’a raconté que l’on attelait un ou deux chevaux supplémentaires au pied de la côte de Laize et qu’arrivés au sommet, ils redescendaient seuls vers leur écurie, tant ils étaient habitués à cette pratique.

Le fagotage était une activité qui procurait un revenu à certains habitants de Saint Laurent. Les fagots servaient notamment au chauffage des fours de boulangers. Pourtant, il semble que les fagotiers n’étaient pas aussi nombreux qu’on peut l’imaginer ou qu’ils ne travaillaient pas en forêt de Cinglais. Il suffit pour s’en convaincre de lire les rôles de la taille du milieu du XVIIIe siècle (page 103). Un siècle plus tard, Pierre-Eustache Surville note en 1839 : « Vers la Toussaint, 25 à 30 fagotiers vont dans l’arrondissement de Bayeux et sur la côte de Courseulles pour couper et émonder les bois : ils en retirent un bénéfice double de celui de la forêt de Cinglais ».

L’abbé Langlois quant à lui, écrit en 1862 :

«… nos ouvriers, ne trouvant pas ici un travail suffisant, sont obligés d’émigrer à certaines époques vers Caen, Creully, les bords de la mer, et jusques dans le département de l’Eure. Bon nombre sont vraiment nomades et ne passent pas ici deux mois chaque année. On les désigne sous le nom général de fagotiers ».

Le charbon de bois était une industrie prospère qui trouvait, elle aussi, un débouché vers la ville de Caen. Il en est fait mention dans un texte du XVIe siècle de Charles de Bourgueville, sieur de Bras. Il était produit en disposant les bûches en mottes très serrées, recouvertes de terre, et dans ces fourneaux disposés dans les clairières, le bois brûlait « à l’étouffée ». Les derniers charbonniers firent du charbon de bois au moyen de fours circulaires en fer dont subsistent quelques vestiges que le promeneur attentif peut découvrir en sous-bois, et que les pratiquants de la course d’orientation connaissent sous la dénomination de « charbonnière ».

 

Notre région comptait un nombre important de tanneries sur l’Orne et la Laize aux XVIIIe et XIXe siècles. Le besoin en « tans » était en conséquence et des journaliers pelaient les branches de chêne destinées à la confection de fagots au moyen d’un os de bœuf taillé en biseau. On extrayait ensuite le tanin des « pelards » pour la préparation des peaux.

Au siècle précédent, on vendait déjà des bottes de tans comme en témoigne cette quittance de 1664 141Archives départementales du Calvados
E / 428 Duché d’Harcourt
:

«…Que Jacques Hébert de la paroisse de St Laurent, lequel s’est obligé à payer et par coupe à Madame la duchesse de Thury la somme de sept cents livres pour vente et livraison d’un millier de tan dont…cinq cents de l’année passée et cinq cents de l’année présente comme raison de soixante et dix livres par cent et dix livres de vin ».

Il y avait enfin une activité qui occupait nombre d’habitants des communes proches de la forêt : la fabrication de balais. On utilisait genêts, bruyères et branches de bouleau pour les confectionner, et ils étaient vendus essentiellement à Caen. Cette industrie était prospère à Mutrécy où l’on n’en fabriquait pas moins de 4000 par semaine vers 1830. À Saint Laurent, les « balairiens » ne devaient pas être nombreux car il n’en est pas fait mention dans nos archives.

 

Pour faire un état des lieux au XIXe siècle, la meilleure solution est de reproduire le chapitre que l’abbé Langlois consacre à la forêt de Cinglais 142Abbé Jacques Langlois
Notice sur la paroisse de Saint Laurent de Condel 1862
:

« L’étendue de cette forêt a peu varié depuis un siècle ; les défrichements ne l’ont entamée que sur quelques espaces assez restreints. Elle est possédée par trois propriétaires.

Le premier tiers, vers l’ouest, comprend la forêt de Grimbosq et une partie de la forêt de St Laurent, depuis l’Orne jusqu’au chemin de Foupendant 143Foupendant : fagus pendentem ou hêtre pendant. Ce nom évoque le lieu où Guillaume le Bâtard traversa l’Orne, dans sa fuite qui le conduisit de Valognes à Falaise en 1047., au Bugle de la voie et à la coupe de la Souillarde inclusivement, appartient au vicomte d’Hunolstein. Il la tient du comte son père, qui lui-même la reçut en héritage de Mr le duc de Tourzel. Deux coupes de cette forêt, contre notre bourgade furent défrichées il y a vingt ans, et sont aujourd’hui en assez bon état de culture et d’herbages. Le reste forme encore 13 coupes, dont une est vendue chaque année environ 30 000 f. Deux fermes dépendant de l’ancienne baronnie de la Motte-Cesny et Grimbosq, font partie de la même propriété, mais ne sont pas situées sur notre paroisse. Le vicomte d’Hunolstein n’a pas ici d’habitation. Ses châteaux sont surtout dans la Lorraine. Il ne visite que très rarement ses biens de Normandie, qui sont administrés en son nom par un régisseur et par deux gardes.

 

Le deuxième tiers, situé à peu près en entier sur St Laurent, a pour limites vers l’ouest les propriétés de Mr d’Hunolstein. À partir de cette ligne, il s’étend vers l’est jusqu’à l’extrémité de la forêt, contre Fresney-le-Vieux et Barbery.

Ces bois, vendus à la mort de Mme la princesse de Beauveau, il y a environ 10 ans, passèrent alors dans les mains d’une société de spéculations (Louvel et compagnie, de Domfront). Ceux-ci défrichèrent une certaine étendue de terres dans les environs du Thuit, y bâtirent la ferme dite « ferme neuve », établirent auprès de cette ferme une tuilerie, abattirent la futaie des Cinq Chemins, et commencèrent à revendre au détail.

La propriété allait être morcelée, quand Mr le comte de Coulonge (Orne) l’acheta il y a deux ans pour la somme de 700 000 f. Le nouvel acquéreur a voulu continuer les défrichements. Une deuxième ferme a été bâtie vers Barbery, mais jusqu’à ce jour, elle n’est pas cultivée 144C’est la ferme du Rocher. Le revenu annuel des coupes et des terres est d’environ 25 000 f. Depuis que la belle futaie des Cinq Chemins a disparu il y a six ans, on ne voit plus là que la maison du garde, et la place des étangs de Saint Hubert, si célèbres jusqu’en 1789 par les chasses brillantes de la Maison d’Harcourt, fêtes dont nos vieillards gardent encore le souvenir et les regrets.

Le comte de Coulonge n’a pas de résidence dans sa forêt, mais il la visite souvent et a le projet de bâtir pour venir passer ici le temps de la chasse. Il a deux gardes, dont un remplit les fonctions de régisseur.

Le troisième tiers comprend le Thuit et les bois d’Alençon. Situés en entier sur la commune de Boulon, ils sont possédés aujourd’hui par Mr Charles Paulmier, vice-président de notre conseil général. Cette famille de marchands de bois et de joueurs de bourse parvenus, dont l’auteur était, il y a soixante ans, pauvre boulanger à Bretteville-sur-Laize, dont les membres possèdent aujourd’hui chacun cent mille francs de rente, deviendra probablement une des familles les plus influentes de notre pays ». (fin de l’extrait)

La forêt, lieu de chasse

« La forêt de Cinglais, dans nos derniers temps, contenait beaucoup de gros gibier : cerfs, biches et sangliers ; il n’était pas rare d’y rencontrer des biches réunies en troupes de 30 à 40 têtes. La famille d’Harcourt y faisait des chasses à courre du plus grand éclat ; l’existence de ce grand gibier en si grand nombre n’était pas sans inconvénients pour la culture du voisinage ; il a été détruit dès les premiers temps de la Révolution » 145Vaultier Op. cit..

Les d’Harcourt possédaient depuis fort longtemps un rendez-vous de chasse au lieu-dit Saint Hubert. Le comte de Coulonge y fit bâtir la propriété que l’on connaît, à la fin du XIXe siècle, très probablement avant 1870.

 

À cette époque, le grand gibier s’est nettement raréfié mais il n’en demeure pas moins que nombre d’animaux trouvent encore un abri dans les bois :

« lièvre, lapin, perdrix ; on y rencontre aussi le renard, le blaireau, le sanglier, le chevreuil et le faisan. Dans l’Orne, on pêche saumon, brochet, carpe, brême, perche, dard, roche, truite, goujon, anguille, lamproie » 146Archives départementales du Calvados
Monographie de Grimbosq 1885 cote 2F66

La forêt, lieu de refuge

La forêt de Cinglais offrait un refuge quasi inexpugnable à tous ceux qui voulaient échapper à une menace. Au XIVe siècle, pendant la guerre de Cent Ans, les populations environnantes fuyaient les bandes armées et s’y cachaient. Des habitants de Verson et Tourville-sur-Odon abandonnèrent leur village pour gagner les bois.

Beaucoup plus tard, en 1637, les habitants de Saint Laurent de Condel, des Moutiers en Cinglais et probablement d’autres paroisses, se réfugièrent dans la forêt et ailleurs pour fuir une épidémie qui fit des ravages. Sans doute pour éviter la contamination dans les villages, les morts étaient enterrés dans les bois.

 

Les couverts de la forêt étaient aussi un lieu de refuge pour les réfractaires et les déserteurs. Le temps passé à servir dans l’armée était fort long et incitait ceux qui étaient « tirés au sort » à se dissimuler. Cela n’était pas sans risque pour les intéressés et pour les habitants de la paroisse qui devaient déclarer qu’ils n’avaient aucune connaissance d’une quelconque présence de soldats en infraction. Cela fut aussi vrai sous Louis XIV que pendant la Révolution et l’Empire.

La forêt, lieu de passage

Jusqu’à la Révolution, la gabelle ou impôt sur le sel, fut en vigueur dans tout le royaume de France. Son régime d’application variait selon les provinces. Dans le pire des cas, la population devait acheter au prix fort une quantité de sel imposée par un répartiteur. Ce fut l’impôt le plus exécré de l’Ancien Régime.

À Saint Laurent, situé en zone de « grande gabelle », le commun élisait chaque année un « collecteur pour le sel » à l’issue d’une « criée au rabais ». À l’ouest de l’Orne, on était en « pays de quart-bouillon ». Il en était de même du secteur entre l’embouchure de l’Orne et l’estuaire de la Touques. Sallenelles, « la saline », en produisait dès le XIe siècle. Le sel, obtenu par la distillation de sables salés, valait environ 24 livres le quintal, car le fabricant payait comme impôt le quart du produit à la gabelle. À l’est de l’Orne, le sel valait 64 livres le quintal. Autour de Paris il coûtait soixante fois plus cher qu’en Bretagne, province exonérée de taxe. Il était donc tentant pour les fraudeurs, appelés aussi « faux-saulniers » d’aller acheter du sel à l’ouest de la rivière pour le revendre de l’autre côté. À Espins, un chemin porte encore le nom de « chemin du saunier » !

La répression était faite par les agents de la gabelle. D’abord isolés, ils furent regroupés en une brigade d’archers en 1650. Il est fait mention à plusieurs reprises de son implantation à Saint Laurent. Son chef, dans les premiers temps fut un brigadier, puis sans doute parce qu’elle avait gagné en nombre, par un capitaine. L’un d’entre eux, Jean Anthoine de Beauchamps a été inhumé dans notre église en 1689. En 1740, il est fait mention pour la dernière fois dans nos archives de la « brigade des archers du Roi pour le sel » ; elle est alors commandée par monsieur Le Roux.

Y eut-il une prison à Saint Laurent ? L’abbé Langlois rapporte une tradition qui voudrait qu’elle ait existé. Aucun fait avéré, aucun bâtiment n’apporte consistance à cette affirmation. Qu’il y ait eu un lieu de détention provisoire semble plausible, mais rien de plus !

La « bête de Cinglais »

Les loups étaient probablement présents, ici comme ailleurs, et peut-être en assez bon nombre. Au début du XIXe siècle, on tuait plusieurs milliers de loups en France chaque année.

La Gazette de France, dans son numéro du 19 mars 1632, relate des attaques en forêt de Cinglais qui ont causé en un mois la mort d’une quinzaine de personnes.

« Ceux qui ont évité sa dent rapportent que la forme de cet animal farouche est pareille à celle d’un grand dogue d’une telle vitesse qu’il est impossible de l’atteindre à la course, et d’une agilité si extraordinaire qu’ils lui ont vu sauter notre rivière à quelques endroits. Aucuns l’appellent Therende. Les riverains et gardes de la forêt lui ont bien tiré de loin plusieurs coups d’arquebuse, mais sans l’avoir blessé. Car ils n’osent en approcher, même se découvrir jusqu’à ce qu’ils soient attroupés comme ils vont faire au son du tocsin; à quoi les curés des paroisses circumvoisines ont invité tous les paroissiens à ce jourd’hui, auquel on fait étant qu’il s’assemble trois mille personnes pour lui faire la huée. »

Une gigantesque battue fut organisée en juin 1633 ; entre 5000 et 6000 hommes y auraient participé. Une bête identifiée par plusieurs témoignages fut tuée et les attaques cessèrent.

La Gazette du 17 juin rapporte la mort de la créature en ces termes :

« Cette bête furieuse dont je vous écrivais l’année passée ayant depuis deux mois dévoré plus de trente personnes dans cette forêt passait pour un sortilège dans la croyance d’un chacun. Mais le Comte de la Suze ayant par ordre de notre lieutenant général assemblé le 21 de ce mois 5000 à 6000 personnes, l’a si bien poursuivi qu’au bout de trois jours elle fut tuée d’un coup d’arquebuse. Il se trouve que c’est une sorte de loup plus long, plus roux, la queue plus pointue et la croupe plus large que l’ordinaire.»

La bête de Cinglais aurait fait une trentaine de victimes en un peu plus d’un an. Elle fut identifiée comme un loup, mais le mystère demeure.

Le braconnage en forêt

Il est imaginable qu’une forêt giboyeuse comme pouvait l’être Cinglais, ait attiré des braconniers ou du moins des villageois soucieux d’apporter un mets de fête dans la monotonie de leurs repas.

C’est la raison d’être des gardes-forestiers et il y a fort à parier qu’ils ont eu à sévir… même si les peines susceptibles d’être appliquées sous l’Ancien régime étaient dissuasives.

Sur le premier relevé topographique de la partie sud de la forêt de Grimbosq (fin des années 1970) comprise entre Saint Laurent et le Chêne Guillot, j’avais été intrigué par la mention d’une croix presque en lisière de bois, à proximité du carrefour de la Trévée aux Moutiers en Cinglais, au bord du petit thalweg formé par le ruisseau qui va se jeter dans l’étang. M’y étant rendu, je découvris une croix de chêne encore dressée mais en mauvais état. Elle avait une dizaine de centimètres de section et une hauteur de 2 mètres. Une plaque métallique portait un nom : Alphonse ROBERGE, et une date : 1905.

Fabrication du charbon de bois Illustration de l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert (seconde moitié du XVIIIe siècle)

Fabrication du charbon de bois
Illustration de l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert
(seconde moitié du XVIIIe siècle)

Ayant cherché à en savoir davantage, Fernand Bouquerel, habitant des Moutiers-en-Cinglais, me raconta l’histoire suivante :

Un braconnier avait été surpris par le garde ROBERGE. L’homme était armé et frappa le garde d’un ou plusieurs coups mortels. Puis, il s’enfuit mais fut aperçu par une femme qui témoigna au cours d’un procès aux Assises. Condamné aux travaux forcés, il partit vers le bagne. Bien des années plus tard, il fut libéré et revint en France en jurant qu’il ferait payer à sa dénonciatrice tout ce temps passé à la chiourme. En mettant le pied sur le quai de la gare de Caen, l’émotion, l’usure physique due aux années passées sous des climats malsains provoquèrent un malaise qui le terrassa.

Depuis, et malgré une recherche minutieuse, je n’ai pu retrouver la « croix du garde » qui s’était d’abord brisée, puis avait été déplacée de quelques mètres et enfin probablement détruite. Monsieur Roland ROBERGE (aucun lien de paren-té directe avec Alphonse), qui a longtemps travaillé en forêt pour le compte de la Ville de Caen a parfaitement connu ce site. Il a d’ailleurs procédé au relevage de la croix, il y a bien des années. Ce qu’il en avait entendu dire apportait d’autres éléments : le braconnier habitait Saint Laurent de Condel, dans une maison qui existe toujours, rue de Verdun. Il connaissait bien le garde avec qui il avait eu de nombreuses altercations. Surpris une nouvelle fois en flagrant délit, il porta un coup à la gorge d’Alphonse Roberge qui voulut chercher du secours vers la Trévée mais n’y parvint jamais et mourut à la lisière du bois.

 

Ces deux témoignages étaient assez proches de la vérité et à peine fragilisés par les quelque quatre-vingts années qui s’étaient écoulées.

La réalité, contenue dans les articles de journaux et compte-rendus d’assises de l’époque, démythifie le fait-divers et ramène à la banalité de la vie quotidienne. Nombre de mes anciens élèves se souviennent de ce site un peu escarpé, au milieu des arbres et des houx. Par la magie des mots et le drame qui s’y était déroulé, il devenait un lieu chargé de mystère où le frisson était garanti.

Extraits du JOURNAL DE FALAISE 147Archives départementales du Calvados 2 MI-JX 669 / 670

23 décembre 1905
Un Crime dans la forêt de Grimbosq

UN GARDE-CHASSE EGORGE PAR UN BRACONNIER

Encore un crime dans le Calvados ! c’est le cri qui s’échappera de toutes les poitrines lorsqu’on connaîtra le nouvel assassinat dont notre département vient d’être le théâtre.

Samedi dernier, nous annoncions qu’un garde-chasse avait failli être tué à Amayé-sur-Orne par un braconnier. Aujourd’hui, c’est dans la forêt de Grimbosq que nous avons à signaler une tentative du même genre, qui malheureusement a été suivie d’effet et a causé la mort du garde-chasse Roberge.

Dimanche, M.Roberge était à Caen chez son frère, débitant rue Montoir-Poissonnerie ; il en repartit lundi par le train de 8h25, se rendant à Saint Laurent de Condel où il est employé comme garde-chasse par M. Charpentier, maire de cette commune.

Vers midi, il alla dans le bois retirer des collets. Que se passa-t-il alors ? Personne ne peut le dire exactement. Toujours est-il que le malheureux Roberge, qui était âgé de 45 ans, fut trouvé à quatre-vingt mètres environ de la lisière du bois, gisant dans son sang. Il avait été frappé de deux coups de couteau à la gorge.

On croit à la vengeance d’un braconnier. Le parquet est sur les lieux et l’on recherche activement l’assassin. M. Roberge était célibataire. Il habitait avec une de ses sœurs qui est infirme et dont il est le soutien.


ARRESTATION D’UN DES ASSASSINS PRÉSUMÉS

L’enquête ouverte au sujet de l’assassinat du garde-chasse Roberge dans la forêt de Grimbosq, a déjà donné un résultat. Un des assassins présumés a été arrêté mardi après-midi par la gendarmerie d’Harcourt. Deux des gendarmes de cette brigade se trouvaient sur la route de Bretteville-sur-Laize, lorsqu’ils rencontrèrent un journalier, Alexandre (sic) Aumont, âgé de cinquante-deux ans, qui est connu dans le pays pour ne vivre que de braconnage.

Les gendarmes lui demandèrent où il allait. Il répondit qu’il se rendait à Harcourt ; mais comme il portait au front une trace de coups, les gendarmes voulurent savoir l’origine de cette blessure qui paraissait être de fraîche date.

Les explications d’Aumont ayant paru embrouillées, les gendarmes lui demandèrent de les suivre. Il fut conduit à son domicile à Moutiers-en-Cinglais où une perquisition fut faite ; là, on trouva plusieurs couteaux et un chapeau qui portaient des traces de sang. Aumont fut mis aussitôt en état d’arrestation. Il a été amené mercredi matin à Saint Laurent de Condel, lieu du crime et en présence des magistrats qui procédaient à l’enquête, il a nié énergiquement être l’auteur de l’assassinat du malheureux Roberge.

Bien qu’étant marié, Aumont a une maîtresse chez laquelle les gendarmes ont également perquisitionné. On a trouvé chez cette femme des linges maculés de sang. Ils ont été saisis et remis au médecin légiste. Il est dès à présent établi qu’une véritable lutte s’est engagée entre l’assassin et sa victime.

En effet, le terrain où la scène du meurtre s’est déroulée était piétiné : de plus, Roberge a été frappé de cinq coups de couteau à la gorge et non de deux comme on l’avait dit tout d’abord. Il portait aussi de nombreuses blessures produites par le couteau du meurtrier qu’il chercha à saisir pour se défendre. Roberge fut sans doute surpris et terrassé par un complice inconnu de l’assassin, et n’a pas eu le temps de se servir du revolver dont il était toujours porteur et qui a été trouvé sur lui après le crime.

L’enquête continue.


30 décembre 1905
Saint Laurent de Condel

OBSEQUES DU GARDE-CHASSE ROBERGE

Les obsèques du malheureux Roberge, assassiné lundi dans la forêt des Moutiers-en-Cinglais ont eu lieu jeudi après-midi à Saint Laurent de Condel au milieu d’une affluence considérable. Les jeunes gens de Saint Laurent de Condel, les sapeurs-pompiers dont Roberge était caporal, et les sociétés des chasseurs de la forêt de Cinglais avaient offert de superbes couronnes.

L’enquête sur le crime se poursuit très activement. Malgré ses dénégations persistantes, Aumont est de plus en plus considéré comme le principal assassin du garde-chasse Roberge. Il avait été naguère marchand de bois et de chaux à Moutiers-en-Cinglais. Il est même encore conseiller municipal de cette commune et l’année dernière avait fait de grands efforts, d’ailleurs restés inutiles, pour se faire nommer maire. Il a été écroué, jeudi soir, à la prison de Falaise.


6 janvier 1906
Saint Laurent de Condel

La justice continue ses investigations autour du crime qui a été commis sur la personne du malheureux ROBERGE relève à chaque instant des traces de culpabilité sur AUMONT, qui ne cesse de se défendre d’être l’auteur de cet ignoble forfait.

De plus en plus, les charges les plus graves pèsent sur lui et semblent démontrer que l’on tient bien le coupable…


20 janvier 1906
Saint Laurent de Condel

L’assassinat du garde-chasse ROBERGE.

L’enquête sur le crime de Saint Laurent de Condel n’est pas encore close. Les charges s’accumulent toujours contre AUMONT, l’assassin présumé et les magistrats du parquet de Falaise ont recueilli mardi après-midi un témoignage important. Une femme chez laquelle AUMONT s’était rendu à la fin du jour où le garde-chasse ROBERGE fut assassiné, et par qui il fit panser les plaies qu’il portait à la figure, a déclaré qu’AUMONT n’avait plus, à cette heure le même pantalon qu’à 2 heures de l’après-midi avant le crime. Les vêtements qu’AUMONT portait ce jour n’ont pu être retrouvés. On croit qu’il les a brûlés.

 

Assassinat du garde forestier Alphonse ROBERGE

le 18 décembre 1905

Cour d’Assises du Calvados
Président : Mr le conseiller Marché
Assesseurs : MM les conseillers Chaplain et Méheudin

Audience du vendredi 11 mai 1906
Ministère public : M. Mazière, avocat général

L’assassinat d’un garde-particulier : L’affaire Aumont

Ce fut un grand émoi dans le pays de Grimbosq, Moutiers-en-Cinglais et leurs environnants, quand, le 19 décembre dernier, on apprit que le garde Roberge avait été assassiné dans la forêt de Cinglais. L’opinion publique crut reconnaître dans ce crime la vengeance d’un braconnier ; aussitôt le nommé Octave-Henri-Olivier Aumont fut désigné comme le meurtrier.

Après une instruction qui fut longue, Aumont comparaît devant la cour d’assises.

Aumont est un accusé de belle prestance, de mise fort convenable, il a tenu à se présenter devant le jury rasé de frais et peigné avec soin. Ses yeux vifs, sa physionomie énergique, la correction de ses manières, la désinvolture vraiment très crâne avec laquelle il se défend, tout cela a un air de distinction qui rend l’accusé sympathique dès les premiers mots ; il est impossible, en effet, de se défendre avec plus d’intelligence. C’est d’une voix posée, avec des gestes sobres qu’il répond aux questions de M. le Président. Il lutte pied à pied, s’efforçant de ne pas perdre un pouce de terrain, profitant des moindres défaillances de l’accusation, utilisant tous les détails. Si tout cela n’est pas la protestation calme de l’innocence injustement soupçonnée, c’est d’une bien déconcertante habileté.

 

Aumont reconnaît avoir été condamné plusieurs fois pour délits de chasse, plusieurs fois aussi mécontent de Roberge, il lui avait fait des menaces : « c’était pour rire » répond Aumont.

– N’avez-vous pas dit à M. Lemonnier que vous vous vengeriez de Roberge ?

– Voici : mes chiens avaient été empoisonnés et le vétérinaire avait conclu que c’était par la strychnine ; j’avais soupçonné Roberge ; à ce moment-là, j’avais dit, en effet, que si je découvrais Roberge faisant cela, je lui enverrais un coup de fusil, mais je lui en voulais si peu que quelque temps après je prenais un verre de cidre avec lui.

– Persistez-vous toujours à soutenir que vous n’avez pas tué Roberge ?

– Je ne l’ai pas tué.

Et avec le même calme, Aumont commence le récit circonstancié de la journée du 18 décembre. Après avoir été voir ses pièces de blé, il rencontre, dit-il, vers 2 heures, la femme Lefèvre ; il l’emmena dans la forêt. Inutile d’insister sur ce qui s’y passa ; trois quarts d’heure après, il revenait chez lui, et là il se blessait dans sa grange affirme-t-il.

Et une à une, il discutera avec le Président les charges qui sont relevées contre lui ; c’est d’abord ce fait que des blessures sont constatées sur son visage et sur son bras gauche, c’est la preuve dit l’accusation, qu’une lutte avait eu lieu. Comme je viens de le dire, Aumont explique que c’est en remuant de la paille qu’il était tombé la face sur un peigne à glui 148le glui est la paille du seigle. On n’a pas relevé de sang sur les pointes du peigne, mais seulement sur quatre dents et encore des témoins affirment que le sang y avait été « beurré ».

Conclusion : cette histoire n’est qu’une fable pour expliquer les blessures relevées sur lui.

Ce point reviendra souvent au cours des débats ; à un moment donné, un témoin, puis l’accusé tenteront à tour de rôle l’expérience.

Autre charge : près de l’endroit où furent retrouvés le bâton et la casquette de la victime, on remarqua des empreintes de sabots, or des témoins avaient constaté en effet que ce jour-là Aumont était chaussé de sabots. Après l’avoir nié, Aumont reconnaît que, mais la matinée seulement, il portait ce genre de chaussures. Ces sabots furent, au cours d’une perquisition, découverts, soigneusement dissimulés. Ils portaient des traces de sang. Longuement, l’accusé discute l’origine de ces traces de sang.

Enfin, Roberge fut tué d’un coup de couteau et l’accusation soutient que le couteau dont s’est servi Aumont a disparu. L’accusé proteste, il n’avait qu’un seul couteau, dit-il, c’est celui qu’on a retrouvé sur lui.

Quarante et un témoins sont cités à la requête du ministère public. Leurs dépositions occupent toute l’audience et une dizaine seront reçues à l’audience du lendemain. Manifestement, l’impression qui se dégage de ces témoignages est défavorable à Aumont : pour l’opinion publique il est bien, en effet, l’assassin de Roberge. On entend d’abord le sieur Valette, garde du prince de Toney Charente, qui fait en bégayant le récit de la matinée du 18 décembre. Il avait trouvé des collets tendus comme Aumont seul savait les tendre. Il se posta à l’affût. Roberge vint le remplacer ; le soir, on retrouvait son cadavre. Pour le garde, c’est bien Aumont qui est venu surveiller ses engins et, se trouvant en face du garde, l’a assassiné. Plusieurs fois, ajoute le témoin, Aumont m’avait menacé.

« Je demande, réplique l’accusé, qu’on cite un seul fait de méchanceté dont je me serais rendu coupable.. » Plusieurs enfants ont fait la rencontre de l’accusé au commencement de l’après-midi du 18, il était environ 1 heure. Aumont était chaussé de sabots. « C’est exact » répond-il. Les époux Visou ont surpris l’accusé et la femme Lefèvre dans la forêt… il était deux heures et quart. La femme Lefèvre, une brunette point laide, rencontra Aumont à une heure et demie. « J’eus la faiblesse de le suivre dans le bois, il avait des sabots, je l’affirme ».

– Vous l’avez vu d’assez près remarque M. le Président, aux éclats de rire de la salle. Interrogée sur le couteau, la femme Lefèvre ne peut donner aucune certitude. Un charcutier du pays passant en voiture aperçut Aumont et remarqua qu’il portait des sabots. Aumont, dit le témoin, avait un autre couteau que celui qui a été trouvé chez lui. Un jour, il dit, en parlant de Roberge : « c’est un mauvais chien, je voudrais qu’il fût crevé »

Voici maintenant un certain nombre de témoins qui ont entendu les cris de la victime. Marie Prestavoine a perçu la voix de Roberge mais elle n’a pas entendu prononcer le nom d’Aumont. La femme Marie a entendu au contraire : « Aumont au secours »… Il y avait une voix de femme qui disait : « il est bientôt fini » ou « est-il bientôt fini ? »

L’instruction a cherché quelle pouvait être cette femme mais n’a rien trouvé. Le sieur Longuet, qui travaillait dans le bois, a entendu crier « Auguste ou Alphonse » (Roberge s’appelait Alphonse)

L’audience est suspendue et il se passe une scène touchante : un grand garçon, soldat au 5e d’infanterie, s’avance vers le banc où Aumont est assis. C’est son fils. Les deux hommes s’embrassent longuement et Aumont, dont les yeux vifs n’ont laissé voir aucun trouble depuis le commencement de cette terrible audience, se cache la tête dans ses mains et éclate en sanglots.

Plan d’ensemble de la forêt de Cinglais en 1825 On peut remarquer que la partie sud de Saint Laurent est encore fermée par la forêt.

Plan d’ensemble de la forêt de Cinglais en 1825
On peut remarquer que la partie sud de Saint Laurent est encore fermée par la forêt.

Le témoignage de la femme Brard est accablant : la voix de Roberge criait « Aumont, Aumont tu me tues ! ». Des témoins ont rencontré l’accusé vers trois heures – après le crime, dit l’accusation. Il paraissait se cacher, marchait vite, évitait les maisons. Lamare l’appela, il leva les épaules sans s’arrêter. « Je craignais qu’on ne m’ait vu dans le bois avec la femme Lefèvre et je voulais éviter les railleries… »

Revient alors l’histoire des blessures faites en tombant sur le peigne à glui 149le glui est la paille du seigle. Blessé dans sa grange, affirme Aumont, il est allé se faire panser par la femme Legrand, une voisine. Il était quatre heures et quart dit celle-ci. Aumont, qui affirme que l’accident est survenu à son retour chez lui vers trois heures, croit qu’il était beaucoup plus tôt. Les minutes auront leur importance.

L’audience est renvoyée au lendemain.


Audience du 12 mai

Au début de l’audience, les derniers témoins ont été entendus. Tous, sauf un, ont fait des déclarations accablantes contre l’accusé. Puis, l’avocat général a fait son réquisitoire : après avoir énuméré les charges multiples qui pèsent sur Aumont, il a réclamé une répression sévère sans toutefois requérir la peine de mort.

Me Tesnière, bâtonnier de l’ordre des avocats, défenseur d’Aumont, a lutté pied à pied avec l’accusation. Il a répété toutes les charges successivement entassées et a fait ressortir les invraisemblances et les contradictions des témoignages. Après avoir montré l’énergie morale de son client, fort de son innocence, il a réclamé un verdict d’acquittement.

Le jury a déclaré Aumont convaincu d’avoir porté au garde-chasse Roberge des coups ayant occasionné la mort, mais il a écarté la préméditation, et a accordé des circonstances atténuantes.

En conséquence, la cour a condamné Aumont à 10 ans de travaux forcés et à 10 ans d’interdiction de séjour.

Saint Laurent pendant la Révolution Française

Chapitre extrait in extenso de la :
Notice sur la paroisse de Saint Laurent de Condel
Abbé Jacques Langlois 1862

J’ai tenu à publier ces notes même si elles comportent quelques approximations (notamment le passage concernant le partage de la forêt). La vivacité du propos, les anecdotes recueillies auprès des anciens, les compensent largement.

 

La paroisse de Saint Laurent était moins disposée que beaucoup d’autres à recevoir le nouvel ordre de choses et surtout les nouvelles idées qu’allait introduire la Révolution Française. Sa population d’alors, composée des anciennes familles notables dont j’ai indiqué les tendances, et d’ouvriers laborieux, n’avait que bien peu d’aspirations pour les libertés nouvelles. Aussi la grande majorité des habitants resta calme et fidèle à sa foi, en attendant qu’on lui rendît la liberté qu’elle désirait plus que tout le reste, celle de son culte. Il y a pourtant des exceptions, et je devrai les signaler.

 

À la mort de Mr l’abbé Heurtin, en 1789, Mr l’abbé Enault desservit la paroisse pour le compte des héritiers Heurtin, alors décimateurs. Jusqu’à la fin de 1789, le desservant fut Mr l’abbé Le Verrier. Mr Enault paraît lui avoir succédé au commencement de l’année 1790. L’année suivante, Mr l’abbé Gombeaux est nommé curé. Mais sans doute il voyait venir les jours de la persécution, et d’ailleurs il n’avait pas de presbytère, aussi il ne vint pas résider dans sa cure. S’il signe quelques actes pendant deux années, c’est après coup, dans des visites passagères, et pour donner à ces actes un caractère légal. Le desservant reste seul jusqu’au 21 août de l’année 1792 et disparaît alors comme tous les prêtres fidèles. Il laisse à Saint Laurent l’abbé Boisard, religieux bénédictin de l’abbaye de Fontenay, résidant dans la paroisse déjà depuis plusieurs mois.

 

Dès le lendemain du jour où Mr Enault prenait la route de l’exil,le 22 août, nos édiles eurent la malheureuse idée de se réunir pour faire la demande d’un curé à MM les administrateurs du directoire du district de Falaise. Cette pétition est signée : Guil.Paisant-Duclos, maire, Nic. Guilbert, procureur,P. Heurtin, off., P. Surville, off.,et Ch. Hébert, greffier. Le maire, protestant, devait être heureux d’introduire le schisme dans notre paroisse. Les autres, je veux bien l’admettre, agissaient plus par ignorance et par faiblesse que par méchanceté, mais leur signature apposée au bas d’un tel acte n’en est pas moins une flétrissure.

Cette demande était trop d’accord avec les intentions de nos gouvernants pour ne pas être bien accueillie ; le curé fut nommé immédiatement. Pendant la fin de l’année 1792 et le commencement de l’année suivante, les fonctions du ministère sont exercées à Saint Laurent par Gaugain, curé constitutionnel de Mutrécy. Il déclare agir au nom, pour l’absence et à la prière du sieur Morand, demeurant paroisse de St Pierre de Caen, nommé au bénéfice curé de cette paroisse.

Le sept septembre, le maire et ses assesseurs dont nous venons de voir les noms, reçoivent le serment schismatique de l’abbé Boisard. Il jure devant eux « d’être fidèle à la nation, et de maintenir de tout son pouvoir la liberté et l’égalité, ou de mourir en les défendant ». Après cet acte, le malheureux prêtre se fixait à Saint Laurent, où il devait vivre méprisé.

Morand ne se donna pas la peine de venir dans sa cure. Cependant nos zélés patriotes s’étaient empressés de louer la maison de Pierre Bellenger comme maison presbytérale, provisoirement elle leur servait de maison commune.

Le 2 février 1793, sur la demande de Jacques Pagny, custos, la clef de l’église précédemment confiée au trésorier Jacques Hébert, doit être remise par celui-ci au citoyen Boisard. Ce moine devait en effet mériter la confiance des hommes témoins et rédacteurs de son serment, mais il ne resta pas longtemps seul.

Dès le mois suivant, un nouveau curé constitutionnel était nommé, et venait s’installer dans le nouveau presbytère. Le 30 mars, le trésorier était forcé de remettre les ornements et les vases sacrés au citoyen Philippe François Noël Coquelin, présentant des pouvoirs signés du citoyen Hébert, vicaire épiscopal du Calvados. Le jour de sa prise de possession,Coquelin promet de faire son serment. Il le fait en effet publiquement le dimanche suivant, à l’issue de la messe paroissiale. Je regrette de lire au bas de cet acte les noms de témoins honorables ; ils auraient dû fuir, mais ils étaient abusés.

L’illusion fut courte, le schismatique se fit bientôt connaître. Ivrogne de profession, il n’essaya même pas de cacher ce vice hideux. Bientôt l’église fut déserte à sa messe ; on préféra laisser les enfants sans baptême pendant une année, plutôt que de les lui présenter ; je ne connais qu’un mariage fait par lui. Il tomba sous le coup du ridicule et du mépris. Ceux qui avaient cru introduire le schisme en l’appelant,raffermirent au contraire la foi chancelante de plusieurs,et augmentèrent les répugnances et les regrets du grand nombre. Je ne puis préciser l’époque du départ de Coquelin, mais tout me porte à croire qu’il resta ici fort peu de temps.

Les années de la Terreur sont venues. Les prêtres catholiques sont allés demander un refuge à l’exil. La paroisse de Saint Laurent ne reste pas privée des secours de la religion. Trois prêtres insermentés braveront la persécution pour lui donner les consolations de leur saint ministère.

Le premier, Mr Jean-François Hébert, dans le mois de mars 1795, donne le baptême aux enfants nés pendant l’année précédente, et qu’on n’avait pas voulu présenter au curé constitutionnel.

Le deuxième, Mr l’abbé Docagne, mort curé d’Amblies en 1856, passe ici les premières années de la Révolution. Réfugié dans sa famille, à Saint Laurent ou à

Mutrécy, quand la prudence le permet, errant plus souvent dans les bois de Grimbosq, sur les bords de l’Orne, où des mains pieuses lui portent son pain de chaque jour, surpris plusieurs fois, mis en joue une fois par deux démocrates d’une commune voisine, et sauvé par le dévouement d’une de ses nièces qui se place entre l’arme et la poitrine du prêtre, trompant la vigilance par le pseudonyme de Mr Lami, il trouve le courage dans son cœur pour célébrer le St Sacrifice ; tantôt auprès de la chapelle Ste Anne, tantôt dans la chambre de son neveu Charles Faucon. Dans cette chambre, il fait plusieurs baptêmes, bénit plusieurs mariages, et revient encore plusieurs fois lorsque les circonstances l’ont éloigné plus tard.

Le troisième, Mr l’abbé de Crouan, vient à Saint Laurent au mois d’août 1795, et depuis ce moment, il ne quitte plus la paroisse. Menant la vie agitée de Mr Docagne, il se réfugiait habituellement dans le pavillon placé en face de la porte principale de notre église, asile qu’il devait à la charité. Là surtout était le temple, là se célébrait avec silence et mystère, mais assez régulièrement le Saint Sacrifice, et l’assistance était nombreuse 150Il y a quelques années, lors de l’arrachage du lierre qui envahissait le mur du pavillon cité, André Aubin découvrit un trou traversant le mur, d’un diamètre de quelque 5 cm, par lequel on peut apercevoir l’intérieur de l’église quand le portail est ouvert. A-t-il été percé à cette époque ?.

Notre église eut alors le sort de toutes les autres, le vandalisme ne l’épargna pas. Au début de la Révolution, nos notables avaient eu la pensée d’y faire quelques travaux. Le 20 octobre 1791, ils délibèrent pour rétablir l’horloge dans le clocher, d’où elle avait disparu depuis vingt à vingt-cinq ans. À cette époque, et même pendant les années suivantes, l’église remplaçait encore la maison commune. Là se réunissaient, au son de la cloche, les assemblées générales pour les délibérations importantes et pour les élections des officiers municipaux. Dans la réunion du 20 novembre 1791, après l’élection, l’assemblée décide de chanter un Te Deum en actions de grâce. « Pénétrée du plus profond respect pour la personne sacrée du Roi, elle arrête pareillement de chanter le Domine salvam fac regem ». Singuliers temps !

Le deux février 1793, une deuxième délibération est prise pour réparer l’église. Mais bientôt arrivent les ordres du district, il faut livrer les cloches, qui doivent être fondues et devenir des canons pour la République. Une première fois, un refus timide est fait par nos agents : ils déclarent que les trois cloches sont à peine suffisantes pour le service. Leur résistance ne fut pas longue : le 19 juin, ils décidèrent que la deuxième et la troisième cloche seraient dépendues le dimanche suivant et envoyées à Falaise « vu la demande expresse, l’obligation d’obéir à la loi et les conséquences qui pourraient résulter d’un refus » (T 4 folio 124).

Après le départ de Coquelin il faut bien avouer qu’il se trouva dans la paroisse des hommes assez lâches et assez impies pour piller notre église. Ils ne voulaient pas s’enrichir de ses pauvres dépouilles, mais assouvir une rage furieuse. Deschamps, charpentier, eut pour son lot les fonts baptismaux dont il voulait faire disait-il, une auge à ses porcs.
Très peu l’imitèrent, plus timidement et avec moins de cynisme. D’autres, plus scrupuleux sans doute, auraient acheté, dit-on, quelques fragments du mobilier de l’église, mais ce dernier fait n’est pas prouvé et me paraît douteux. Les ornements purent être cachés : Pierre Surville et Louis Bacon creusèrent une fosse assez profonde, dans laquelle il les renfermèrent. Les vases sacrés disparurent : je regrette de n’avoir pu savoir ce qu’ils devinrent ; les bancs et bancelles furent culbutés ou brisés.

On raconte cependant que les habitants ne voulurent pas abandonner leur temple. Pendant assez longtemps, après avoir, le matin du dimanche, entendu la messe de Mr de Crouan dans le pavillon voisin, bon nombre entraient dans leur église dévastée, et écoutaient avec recueillement les chantres entonnant solennellement l’office du jour. Mtre Louis Bacon, officier public,présidait ces réunions et y faisait, avec une gravité comique, les proclamations des bans, sans oublier l’ancienne formule des curés et la menace de l’excommunication !!

 

Les administrateurs de la commune ne furent jamais ouvertement hostiles, mais ils eurent de grandes faiblesses, et pour être vrai, je devrais employer un terme plus sévère. Plusieurs fois, dans les débuts surtout, ils se vantent de leur patriotisme, et ils ont un peu raison. Je regrette sincèrement de n’avoir pas à citer en leur honneur un seul de ces actes de courage qui étaient alors si communs. La plupart cependant furent désillusionnés plus tard. Le bruit de la guillotine, les scènes de la Terreur, et surtout les réquisitions qui pesèrent si lourdement sur eux, les avaient sans doute fait réfléchir.

Le premier maire, Mr Paisant-Duclos, fut administrateur capable, mais il était protestant et passablement révolutionnaire. En 1792, il rendit un service véritable à la commune, en empêchant la commune de Boulon de s’emparer d’une partie notable de notre forêt. Celle-ci en avait réclamé huit coupes : la Mare-au-Cordier,le Perron, la Souillarde, les Picquottes, le Postil-de-la-Flague, Fontaine-Guéret, le Chêne-du-Trépied, et la Mare-à-la-Biche. Mr Paisant fit valoir les droits de la commune de Saint Laurent et gagna sa cause. Parmi les moyens de défense, je remarque le suivant : « Quand Mr d’Harcourt a acquis des parties détachées de la dite portion de forêt, elles ont été constamment lecturées à Saint Laurent ». Ce témoignage nous montre une fois encore que, du côté du Thuit comme vers Grimbosq, le domaine de la Maison d’Harcourt s’était agrandi par des acquisitions successives.

Mais le maire ne devait pas tarder à montrer sa valeur et ses tendances. Déjà, nous l’avons vu laissant perdre à la commune son presbytère ; nous savons quel fut son zèle pour doter la paroisse d’un curé constitutionnel. Un peu plus tard, quand les terroristes promulguèrent le décret de confiscation des biens des émigrés, ils laissèrent espérer aux communes le partage et la possession de ces biens. Mr Paysant, déjà grand propriétaire, croit l’occasion bonne pour élargir assez facilement son domaine. Ici surtout l’appât était tentant, puisqu’il s’agissait de la forêt entière. Il est curieux de voir comme il se jette avec avidité sur cette pâture, comme il réunit ses notables dans la crainte de se trouver en retard, comme il accepte la délégation qui lui est offerte ! Le 10 avril 1793, il se rend en effet à Saint Hubert avec Nicolas Guilbert, son assesseur, et là, réuni aux délégués des six autres communes voisines, il procède avec eux au partage de la forêt de Cinglais.151Cette relation des faits quelque 65 ans plus tard est éminemment tendancieuse. Quel témoin ayant vécu ces événements a t-il pu lui en faire la relation ? Les documents de l’époque rétablissent la réalité et démontrent clairement la vision partisane de l’abbé Langlois sur certaines personnes (en l’occurrence un probable protestantisme pour Paisant Duclos) et leurs actions. Sa haine de la République transpire dans bien des pages !

Grande dut être sa déception quand il vit que la Convention Nationale s’était moquée de lui !À la fin de cette même année, la forêt fut en effet déclarée « Bien de la Nation ». Le maire prit alors le parti de se retirer.

À partir de ce moment, la dite forêt fut administrée par un fermier général,, le citoyen J.Duvelleroy, d’Harcourt. Nos ouvriers refusèrent à cet homme méprisable le concours de leurs bras. Après plusieurs tentatives inutiles, il s’adressa aux commissaires du district de Falaise, et obtint d’eux une ordonnance publiée à Saint Laurent le 6 germinal an II, par laquelle nos ouvriers étaient forcés de cesser tout travail et de se rendre immédiatement aux bois.

Mr Paisant avait présidé comme maire à une opération assez importante, le partage du Champ de la Foire, pendant l’année 1793. Il oublia de réserver alors l’emplacement d’un presbytère, comme il en avait pris l’engagement deux ans plus tôt.

Le nom de maire était déjà trop aristocratique. Après la retraite de Mr Paisant, notre commune comme les autres fut administrée par un agent, un procureur, deux officiers municipaux, un officier public et six notables. Ces fonctions furent confiées à divers : les élections se multiplièrent, et plusieurs furent annulées. Nos agents furent : Louis Bacon, Charles Louvet, Jacques Pagny, Louis le Monnier et Robert Marie. Ce dernier, élu en 1797, reprit le titre de maire au mois d’août de l’année 1800.

Louis Bacon se crut naïvement un grand homme quand il fut paré de ses titres, mais on ne dit pas qu’il ait eu jamais d’intentions mauvaises. Jacques Pagny joua un certain rôle. Il fut successivement ou simultanément custos, greffier, percepteur des deniers publics et enfin agent. Comme greffier, il recevait 100 f de gratification, et un peu plus tard, on lui abandonna la jouissance gratuite des quatre terres d’obit. C’était un homme fort peu honorable.

 

Les agents ou autres ne tracassèrent pas les habitants pour leurs opinions. Le 8 avril 1793 et plus tard encore, ils déclarèrent qu’il n’y avait pas de suspects dans la commune. Ils nommèrent garde-champêtre le citoyen Louis Raverdy, démocrate qui aurait pu être dangereux (5 septembre), mais ils le firent par crainte, et parce que celui-ci était porteur d’une lettre de recommandation des « Représentants du peuple près des côtes de Cherbourg ». Un comité de douze membres fut formé pour la surveillance des étrangers (6 octobre) ; on ne voit pas qu’il ait jamais agi.

Un seul meurtre fut commis sur notre territoire. Le 1er vendémiaire an IV, un Mr Renouf, de Vieux, déclare à la commune que Charles Roussel, boucher, a été tué sous ses yeux à coups de couteau par trois hommes inconnus, pendant qu’ils revenaient ensemble de la foire d’Harcourt. Deux individus soupçonnés furent arrêtés dans la maison de Jacques Bellenger. Laurent Losey, sous-lieutenant fut requis de fournir six hommes pour les garder et les conduire. J’ignore ce que devint cette affaire, et dans quel but le meurtre avait été commis.

 

La garde nationale avait été organisée pour maintenir l’ordre, sur la demande du citoyen Pierre Heurtin. Celui-ci fut d’abord capitaine et agent militaire. En l’an IV, il fut remplacé par Gilles Heurtin. Un poste fut établi dans l’église, mais sans doute il remplissait mollement sa mission patriotique, car, malgré le poste et la sentinelle, l’arbre de la Liberté, planté en face du cimetière, devant l’habitation de la Veuve Hébert, fut trouvé scié le matin du 13 floréal an III.

L’émotion fut grande, on savait que les communes devaient conserver leur arbre à leurs périls et risques. Le citoyen Pierre-Eustache Surville, adjudant, est député à Falaise pour faire son rapport. Le général menace d’imposer à Saint Laurent cinquante hommes de garnison, mais la menace n’est pas exécutée.

Comme on le voit, les Heurtin furent à la tête de la garde nationale. Il me serait difficile de juger leurs tendances.

En l’an IV, nous voyons Gilles Heurtin intenter encore un procès à la commune au sujet de la terre d’obit, et deux procureurs sont nommés pour soutenir le procès « jusqu’à définitif ». Que prétendait-il ? Je n’ai pas de renseignements, je n’oserais affirmer.

 

Les réquisitions furent une des grandes calamités de Saint Laurent pendant la Révolution. Je cite les principales :

1. Plusieurs réquisitions d’armes, suivies d’un ordre de désarmement général.

2. Plusieurs réquisitions de vaches grasses qui devaient être livrées dans les 24 heures aux bouchers de Falaise.

3. Plusieurs réquisitions d’une voiture attelée de quatre chevaux, avec bâche, pour faire des transports dans les villes voisines et une fois jusqu’à Nantes.

4. Des réquisitions nombreuses en foin.

5. Les réquisitions en blé étaient surtout intolérables. Le peu d’étendue de son territoire mettait la commune dans l’impuissance absolue de satisfaire aux demandes. En l’année 1800, les conseillers municipaux firent de nouveau valoir leurs moyens. La commune n’avait récolté que trois mille gerbes de blé, et depuis six mois, les habitants avaient été obligés de loger et nourrir plus de mille hommes de troupes de passage. Cette réclamation fut enfin entendue.

 

À tous ces bienfaits, la Révolution devait en ajouter un autre. Nos patriotes avaient espéré qu’elle leur donnerait en propriété la forêt de Cinglais, elle leur ôta même l’avantage de la posséder sur leur commune. Une déclaration de l’état des biens de Mr d’Harcourt émigré, du 24 août 1792, constate encore 700 arpents de bois taillis et 200 arpents de terres vagues sur Saint Laurent, le tout devenu imposable depuis 1789. La commune de Grimbosq fit des démarches et réussit, je ne puis préciser en quelle année, à nous enlever cette grande ressource : la forêt presque entière fut réunie à Grimbosq.

Pour ne pas y revenir, je dirai dès maintenant qu’en l’année 1812, par suite de ces premières mesures, le hameau du Vieux Grimbosq fut perdu pour nous, comme étant partie enclavée. Nous possédions pourtant encore 195 arpents de bois. Par l’ordonnance royale du 24 août 1820, la totalité de la forêt fut réunie à Grimbosq. Naturellement la commune de Saint Laurent cria à l’injustice, et il faut convenir que son maire alors fit d’actives instances. Elles réussirent, et la malencontreuse ordonnance fut rapportée le 29 décembre 1824. Depuis lors, la route de Caen à Harcourt est devenue la limite des deux communes pour la partie en bois.

 

Je n’ai plus qu’un fait à noter pour terminer l’histoire de la Révolution dans notre paroisse. Si nos habitants avaient eu peu à souffrir des démocrates du pays, ils eurent un peu plus à craindre les bandes prétendues réactionnaires.

La chouannerie fut ici ce qu’elle fut partout dans nos contrées. Le vol et le pillage étaient son mobile et ses mots de ralliement. Sous prétexte de venger la mort des aristocrates et des prêtres, elle spoliait avec impudence des honnêtes gens plus amis qu’elle des prêtres et des nobles.

Son chef à Saint Laurent était Jean Fouchaux, ancien custos de notre église. Chouan véritable, il avait été enrégimenté dans l’armée vendéenne. Plus fou que brigand, quoiqu’il déclarât vouloir protéger les habitants de sa paroisse, il n’en était pas moins redouté. Avec son nom de guerre de Grippe-soleil ou de Monte-à-l’assaut, avec ses sabres et ses coutelas, il faisait trembler les timides et les femmes. Ses assesseurs principaux étaient Julien et François Poubelle auxquels il faut ajouter une famille presque entière, dont les femmes elles-mêmes, amazones d’un nouveau genre, participaient aux expéditions nocturnes, montées sur des chevaux ferrés à rebours.

Tant de misères faisaient désirer plus vivement des jours meilleurs. Notre paroisse les acclama quand ils furent rendus à la France. Dès le 22 frimaire an IV, nos notables avaient déclaré qu’ils voulaient continuer leur culte dans l’église « de préférence à tout autre lieu », et ils avaient fait une sommation aux détenteurs des objets enlevés dans le temple de les rapporter « dans la décade ». Leur vœu ne devait être exaucé qu’en l’année 1802.

Les propriétés foncières de Saint Laurent de Condel en 1811

Description de la commune

La commune de Saint Laurent de Condel bornée au nord par Mutrécy, au midi par la forêt impériale de Cinglais, à l’est par Boulon & la dite forêt, et à l’ouest par Grimbosq & les Moutiers, est située sur la route d’Harcourt et est éloignée de deux lieues et demie de cette commune au marché de laquelle se transportent les grains, de cinq lieues de Falaise & à trois de Caen, seul débouché pour la vente du cidre & des fagots.

Le ruisseau de saint Martin qui prend sa source dans cette commune à l’endroit de la fontaine, la traverse du midi au nord & arrose les prés qui sont situés auprès.

Ses productions consistent en froment, avoine, orge, trèfle, hyvernage, bois et cidre. Les principales sont le froment, l’avoine, le bois & le cidre, les autres ne servant qu’à la consommation des habitants.

Cette commune est plantée en pommiers dans une très faible partie de son territoire.

Il existe une très grande quantité de taillis, essence de chêne, dont la coupe se fait périodiquement.

Le terrain est en général assez bien cultivé.

On fait peu d’élèves en chevaux, attendu que les prés sont en petite quantité ; mais on y en fait quelques-unes en bêtes à cornes, à cause de la proximité du bois dont il est parlé ci-dessus.

Cette commune est composée de son chef-lieu & de deux hameaux. L’agriculture et l’exploitation du bois sont les deux seuls genres d’industrie.

La population totale est de 600 à 700 habitants environ & la superficie que présente cette commune est de 391 hectares 25 perches 18 mètres.

Terres labourables

… Toutes ces terres sont propres au froment & à l’avoine ; on y sème au besoin toute autre espèce de grains & ce qui est utile à la consommation des habitants…

On donne quatre labours & autant de hersages à la terre, deux hommes conduisant la charrue attelée de trois et souvent de quatre chevaux. On est dans l’usage de sarcler le froment, mais seulement pour extirper les chardons. Le sarclage des autres mauvaises herbes n’a pas lieu par les soins des cultivateurs et fermiers, mais bien par les individus qui n’ayant pas de moyens d’exploitation, les arrachent pour nourrir leurs vaches.

Les engrais qu’on emploie proviennent de la cour du fermier ; on n’en achète point au dehors.

La succession des assolements est de trois ans pour toutes les classes 152Elles résultent du classement des terres, savoir :

  • 1ère année : froment
  • 2ème année : avoine
  • 3ème année : repos

On sème dans toutes les classes :

  • cinq boisseaux trois quarts en froment
  • cinq boisseaux et demi en avoine

Le revenu d’une acre de terre de 1ère classe est d’environ 53 francs 72, pour tomber à 17francs 90 pour la 4ème classe.

Les terres labourables de 2ème et 3ème classe essentiellement, sont plantées de pommiers. Près des habitations on trouve des poiriers.

Le cidre qu’on en retire est d’assez bonne qualité & agréable au goût ; cependant, il n’a pas la force de celui du Pays d’Auge. Généralement, il se transporte à Caen pour en opérer la vente. Ce n’est qu’à vingt-cinq ou trente ans qu’un arbre de belle venue est en plein rapport. Après cette époque, il ne sert qu’au chauffage.

L’expert considère qu’il faut 40 pommiers pour qu’une acre de terre soit dite « plantée » et que le rapport (1 année sur trois) est de 800 pots de cidre et 400 pots de « petit cidre » extrait du marc qui sert pour l’ordinaire de boisson aux hommes de journée que le cultivateur emploie…

Les prés ne sont fauchables qu’une fois, attendu que l’on est dans l’usage de faire paître la seconde herbe…

Bois taillis

Les taillis forment environ la moitié de la contenance de la commune. Ils sont en général d’essence de chêne ; leur coupe a lieu tous les douze ans. Ils se divisent en trois classes : Mr de Beauveaux possède à peu près les 7/8 de leur superficie, que l’expert a rangé dans la première et la troisième classe.

Les petits taillis appartiennent à quelques autres propriétaires & sont en grande partie dans la deuxième classe, attendu que leur essence est mélangée.

Sur une acre de taillis rangé en première classe, on considère que l’on peut retirer 600 fagots et 400 bourrées bâtardes sur douze ans.

 

Il est reconnu que les frais de l’exploitation de ces bois se trouvent suffisamment compensés par les bottes de tans 153Ou pelards. Ces lanières d’écorce servaient au tannage des peaux. qu’on en retire.

Autres catégories

Le bosquet situé à la suite du jardin de Mme Duperron est assis sur un terrain de première classe et contribue à l’embellissement de sa maison de campagne.

Maisons

Classe des maisons Nombre de maisons concernées
1 1
2 2
3 1
4 4
5 2
6 8
7 3
8 14
9 11
10 70

Toutes les maisons de cette commune, situées tant au bourg que dans les différents hameaux qui l’avoisinent, sont comprises dans dix classes.

Elles sont en général habitées par leurs propriétaires.

L’expert a pris pour base de leur estimation : leur étendue, leur situation, les divers agréments dont elles jouissent et la quantité de bâtiments qui les desservent.

Il ressort de ce classement que l’état général de l’habitat laurentais est plutôt pauvre : 21 maisons dans les 7 classes supérieures, 95 dans les trois dernières.

Quelque cinquante années plus tard, l’abbé Langlois écrira :

« très peu annoncent le confortable et la richesse, mais la plupart, même celles de nos ouvriers, ont à l’extérieur un air riant qui plait à l’œil ».

 

 

Saint Laurent de Condel en 1809 Saint Laurent de Condel en 1809Hameaux Gougeon et des Huets en 1809

 

1812 année terrible

En cette année 1812, Napoléon Ier règne sur la France et une partie de l’Europe.

Depuis 1793, les Français se sont battus sur de nombreux champs de bataille : de Valmy à Austerlitz, en passant par l’Italie, l’Egypte et l’Espagne. D’année en année, l’effectif des troupes levées augmente pour répondre à une stratégie de plus en plus contraignante. La crainte d’être enrôlé et voué à une mort ou handicap probable incite les jeunes hommes à fuir.

En 1811, Napoléon ordonne une levée de 120 000 hommes en février, 40 000 en juillet, à nouveau 120 000 en décembre. Les réfractaires ou déserteurs sont de plus en plus nombreux et deviennent une préoccupation majeure pour les autorités qui ne peuvent répondre aux exigences de l’empereur. Il est décidé de poursuivre les récalcitrants : la désertion peut être punie de mort, au mieux des travaux forcés. On envoie des troupes dans les campagnes : ce sont les « garnisaires » qui vivent sur les villages. Ils sont payés par les parents des conscrits déserteurs ou réfractaires, et à défaut de solvabilité, par les communes 154Saint Laurent comptera à plusieurs reprises jusqu’à 10 réfractaires et aura de ce fait son contingent de garnisaires..

Saint Laurent de Condel a fourni son lot de conscrits qui paieront un lourd tribut : 28 tués sur 140.

Le blocus continental se retourne contre la France.

Les fabricants de dentelle n’écoulent plus leur marchandise ce qui prive de revenus les dentellières à domicile, nombreuses dans nos villages.

Le préfet du Calvados ouvre des chantiers de terrassement sur les routes du département comme celle de Caen à Harcourt. On y travaille de 6 heures du matin à 6 heures du soir pour un salaire quotidien de 1 Franc (encore faut-il « montrer du zèle » et « fournir un travail suffisant »).

La récolte de l’année 1811 a été particulièrement mauvaise avec pour conséquence une hausse importante du prix des grains. Pour une population dont la base de la nourriture est constituée de céréales, cela a de graves répercussions sur le quotidien.

La misère atteint bien sûr en premier les plus faibles. Dans la commune, ils sont 28 : 12 indigents vieillards ou infirmes, 16 « par l’effet des circonstances ».

Sur la demande instante des autorités départementales, il est décidé de leur « donner la soupe » 155Pierre-Eustache Surville
Statistique 1839
. « Cette nourriture était la plus utile à la santé et surtout aux malheureux qui n’ont pas d’autres ressources » 156Pierre-Eustache Surville
Statistique 1839
. D’autres bénéficient de la fourniture de pain et de beurre.

Le 2 mars 1812, la halle aux grains de la place Saint-Sauveur à Caen 157Ancienne église désaffectée est le théâtre de quelques bousculades et cris de femmes en colère, qui dénoncent la cherté des approvisionnements. S’ensuit une « manifestation » spontanée qui conspue le préfet Méchin, le maire Lenteigne de Logivière et se dirige vers le moulin de Montaigu 158Moulin à eau mû par les eaux de l’Orne à Vaucelles. Quelques scènes de pillage, menaces proférées par des individus plus ou moins conscients de la portée de leurs mots…

Au demeurant, rien qui ressemble à une émeute !

Pourtant, la répression va être féroce pour servir d’exemple à une population considérée comme encore acquise aux idées royalistes et suspecte de fomenter une révolte 159Charlotte Corday n’est-elle pas partie de Caen pour assassiner Marat ? On soupçonnait la population d’être restée favorable à l’Ancien Régime.. Les meneurs, de condition modeste pour la très grande majorité d’entre eux, ont été repérés, mais pas arrêtés. Les autorités attendent l’arrivée de l’armée pour frapper un grand coup. 4000 hommes de troupe 160Rien moins que la Garde Impériale ! se dirigent sur le Calvados et pénètrent dans Caen le 7 mars. Arrestations et emprisonnement dans les geôles du Château et à la prison des Tribunaux… Une « commission militaire » va siéger le 14 mars toute la journée et une partie de la nuit et fait comparaître 61 prévenus. La sentence tombe à 1 heure du matin : 8 condamnations à mort : 4 hommes et 4 femmes 161Dont 2 femmes par contumace., et 8 peines de 8 années de travaux forcés : 4 hommes et 4 femmes 162Les autres sont condamnés à 5 ans de réclusion (9), 5 ans de surveillance de haute po-lice (25), acquittés (11).. Au matin du 15 mars le peloton d’exécution passe par les armes les 6 condamnés à mort détenus.

 

Il est évident que le pouvoir en place a voulu anéantir toute velléité de révolte alors que Napoléon projette de franchir le Niemen et attaquer la Russie.

La plaque apposée en 1919 dans l’église paroissiale à la mémoire des 28 sol-dats tués pendant les guerres de la Révolution et de l’Empire. (don de Madame veuve Edmond Martine)

La plaque apposée en 1919 dans l’église paroissiale à la mémoire des 28 sol-dats tués pendant les guerres de la Révolution et de l’Empire.
(don de Madame veuve Edmond Martine)

Effectivement, le peuple est hébété. Il n’en demeure pas moins que la disette persiste et que des mesures doivent impérativement être prises pour secourir une population misérable. On incite les gens à manger des pommes de terre 163Parmentier en avait fait la promotion avant la Révolution.Beaucoup considèrent que c’est un aliment tout juste bon pour les porcs ! En mai 1812, sa culture prend cependant de l’ampleur et du riz que les autorités fournissent, mais les habitudes alimentaires sont difficiles à chambouler.

Les secours en argent de l’Etat (50 francs par mois), ceux des plus aisés de la commune :

  • Mr de Manoury 50 F
  • Mr Charles Bellanger 6 F
  • Mme Duperron 30,50 F
  • Mme de Sainte Marie 10 F
  • Mr de Beauvau 24 F

permettent au maire d’acheter de la farine à la halle de Caen quand elle est approvisionnée, c’est à dire quand les céréaliers ne font pas de rétention pour spéculer sur la hausse des prix.

 

« Les habitants souffraient alors cruellement de la disette. Les ouvriers de la forêt n’ayant que du gros lait pour nourriture menacèrent de se soulever. La municipalité fit des démarches et obtint du gouvernement des secours en blé qui apaisèrent les murmures » 164Abbé Jacques Langlois
Notice sur la paroisse de Saint Laurent de Condel 1862
Ces lignes en disent long sur l’atmosphère qui régnait en cette année
.

Le 8 mai, on rétablit un « prix maximum » pour les grains. La moisson 1812, de qualité et quantité satisfaisantes, permet d’envisager des jours meilleurs. Tant et si bien que Surville affirme « que les malheurs de cette cruelle année n’arrivent pas jusqu’à nous comme dans beaucoup d’autres communes » 165Pierre-Eustache Surville
Op.cit
.

 

Liste des membres du conseil municipal de Saint Laurent de Condel – Année 1837

SURVILLE Pierre-Eustache maire propriétaire St Laurent
MARIE Pierre adjoint bourrelier St Laurent
PAISANT DUCLOS Pierre propriétaire Caen
BELLANGER Charles propriétaire St Laurent
LE MONNIER Jacques mercier St Laurent
GOUGET Pierre charron St Laurent
BACON Charles cultivateur St Laurent
BELLANGER Jacques propriétaire St Laurent
BELLANGER Edouard aubergiste St Laurent
PATRY Jean-Charles maréchal St Laurent
AUMONT Jean propriétaire St Laurent
HEURTIN Pierre-Charles lieutenant St Laurent

Liste des trente plus forts contribuables de la commune Année 1837

DE BEAUVEAU Marie-Etienne propriétaire Paris 3373.69 F
PAYSANT DUCLOS Pierre propriétaire Caen 641.77 F
DE CRUSSOL (comte) propriétaire Paris 614.50 F
DE BOUCHER DE FOURCHIN propriétaire Paris 614.49 F
BELLENGER Jacques propriétaire St Laurent 164.30 F
DE CHRISTOT Denis Emmanuel propriétaire St Laurent 130.46 F
DE MANOURY Ernest propriétaire Moutiers 92.19 F
DE MANOURY Charles propriétaire Moutiers 92.19 F
DE MANOURY Raoul propriétaire Moutiers 92.19 F
DE MANOURY Edouard propriétaire Moutiers 92.19 F
HEURTIN Sévère propriétaire St Laurent 80.15 F
BELLENGER Charles propriétaire St Laurent 74.95 F
ESBAUFRAS François propriétaire Caen 62.40 F
LEMONNIER Jacques mercier St Laurent 68.30 F
BELLENGER Edouard aubergiste St Laurent 68.00 F
TIRARD Charles aubergiste St Laurent 64.45 F
LEGRIX André boulanger St Laurent 64.16 F
HEURTIN Charles propriétaire St Laurent 62.61 F
PATRY Charles maréchal St Laurent 56.17 F
SURVILLE Pierre-Eustache propriétaire St Laurent 46.00 F
BELLENGER Charles coquetier St Laurent 45.00 F
PATRY Désiré boulanger St Laurent 44.78 F
PAGNY Jean-Louis menuisier St Laurent 41.06 F
POUBELLE Robert propriétaire St Laurent 40.70 F
CROIX Jacques aubergiste St Laurent 38.81 F
FAUCON Frédéric bourrelier St Laurent 37.35 F
DERENEMESNIL Charles boucher St Laurent 36.02 F
HEBERT Pierre-Eustache menuisier St Laurent 34.80 F
GOUGET Pierre charron St Laurent 34.40 F
MARIE Pierre bourrelier St Laurent 34.04 F

 

La présente liste certifiée véritable par le percepteur de la commune de St Laurent de Condel 166Mr Tiger, dit Duclos était alors le percepteur des communes suivantes :
Mutrécy, Grimbosq, Les Moutiers, Boulon, Saint Laurent. Il résidait à Saint Lau-rent de Condel.

Soussigné
À St Laurent de Condel le 16 février 1837

Tiger

Mr Tiger, dit Duclos était alors le percepteur des communes suivantes : Mutrécy, Grimbosq, Les Moutiers, Boulon, Saint Laurent. Il résidait à Saint Laurent de Condel.

 

Recensements et démographie

La population au XIXe siècle

Dans sa Statistique de l’arrondissement de Falaise 167Statistique de l’arrondissement de Falaise
Galeron / Brébisson / Desnoyers
Tome III 1829 page 248
, publiée en 1829, Frédéric Galeron écrivait à propos des habitants de Saint Laurent :

« La population, comme celle de Fresney, est bien constituée. Les hommes sont grands, nerveux, les femmes bien prises, élancées. Elles ont quitté dans ces derniers temps le bonnet à bavolet 168Bavolet : partie arrière du chapeau ou du bonnet qui à la forme d’un volant, très souvent en dentelle ou en ruban, qui prolonge le fond de la coiffe recouvrant la nuque du pays pour celui de Bayeux, plus coquet et plus économique. Elles portent dans l’intérieur, le bonnet de coton ceint d’un ruban noir. L’ensemble de leur tenue ne manque ni d’assurance ni d’une certaine grâce. Les hommes passent pour être des buveurs intrépides. Le soir des dimanches, dans l’été, on voit la jeunesse des deux sexes jouer et se promener sur les gazons, à l’entrée des taillis qui bordent la route. Il y a quelquefois des danses et des chansons.

Il est né, dans cinq ans, à Saint Laurent, 61 individus, et il en est mort 56. L’air doit être sain en milieu de ces bois. Les maisons du bourg, bien bâties, bien ouvertes, annoncent l’aisance et la propreté ; tout semble dans une condition favorable pour la santé publique. Cependant, on remarque qu’il y a peu de vieillards dans cette localité. L’hydropisie de poitrine 169Rétention ou épanchement anormal de liquide ayant l’aspect du sérum sanguin entre les éléments du tissu conjonctif ou d’une cavité : ici, la plèvre. y atteint beaucoup de personnes dans un âge encore peu avancé. La cause en peut être recherchée par les hommes de l’art, ainsi que le remède. Nous nous bornons à consigner ici cette observation. »

En 1839, Pierre-Eustache Surville, maire de la commune, écrit que l’âge moyen des morts est de 46 ans. Les recensements ultérieurs (voir ci-après), détaillant la population par tranches d’âge, nuancent les affirmations de Galeron sur le faible nombre de vieillards dans le village. Globalement, au cours de ce siècle, l’espérance de vie est passée de 37 à 45 ans (43 ans en 1850) 170Source : Institut National d’Etudes Démographiques
Les chiffres prennent en compte les deux sexes.
. N’oublions pas qu’au milieu du XVIIIe siècle, la moitié des enfants mouraient avant l’âge de 10 ans et l’espérance de vie ne dépassait pas 25 ans.

 

Recensement de 1851

Population : 541 habitants

150 maisons pour 159 ménages
540 personnes se déclarent catholiques, 1 déclare pratiquer un autre culte
8 personnes sont atteintes d’infirmités
45 personnes déclarent dépendre de l’agriculture
352 personnes déclarent dépendre de l’industrie ou du commerce
4 personnes déclarent exercer une profession libérale
2 personnes se déclarent mendiants
166 personnes sont sans profession

 

Recensement de 1856

Population : 552 habitants

273 hommes 279 femmes 163 maisons / 175 ménages

Répartition des habitants :

  • Village : 334
  • Hameau de la Fontaine Saint Martin : 58
  • Hameau du Champ de la Foire : 52
  • Hameau de la Vallée : 15
  • Hameau Goujon : 30
  • Hameau Huet : 51
  • Maisons isolées : 12

 

Recensement de 1861

Population : 522 habitants

Sexe masculin : nés dans le département : 258 hors : 2
Sexe féminin : nés dans le département : 260 hors : 2
Culte pratiqué : Tous se déclarent catholiques
Infirmités diverses : « idiots et crétins » : sexe masculin : 0 sexe féminin : 4

Age :
0 à 10 : 70 10 à 20 : 80 20 à 30 : 87 30 à 40 : 82
40 à 50 : 71 50 à 60 : 59 60 à 70 : 50 70 à 80 : 22
83 à 84 : 2 femmes 84 à 85 : 1 homme 85 à 86 : 1 homme

Maisons

Entièrement habitées : 156 Partiellement habitées : 5
Total des maisons : 161 En construction : 1
Couverture en chaume : 105 Couverture tuiles, ardoises ou zinc : 56
N’ayant qu’un rez-de-chaussée : 68
Avec un étage : 92
Avec 2 étages : 1

Ménages

1 personne : 34 2 personnes : 43 3 personnes : 34 4 personnes : 27
5 personnes : 17 6 personnes : 5 7 personnes et plus : 10
Total : 170

Professions

Agricoles : 224

Industrie :
textile : 121 (dont 108 femmes patrons) du bois : 4
du bâtiment : 34 habillement et toilette : 36 transport : 26

alimentation : 44 dont 3 boulangeries, 4 boucheries-charcuteries et 3 restaurants

commerce : alimentation 7 2 épiceries 1 marchand de chevaux (4 personnes)

clergé : 1 prêtre et 1 domestique

1 rentier 1 enfant en nourrice

 

Recensement de 1866

Population : 536 habitants

Sexe masculin : 256 dont 245 nés dans le département
Sexe féminin : 280 dont 274 nés dans le département

Tous se déclarent catholiques

Classement par degré d’instruction :

  • Ne sachant ni lire ni écrire : 130 (54 de sexe masculin et 76 de sexe féminin)
  • Sachant lire : 83 (30 de sexe masculin et 53 de sexe féminin)
  • Sachant lire et écrire : 323 (172 de sexe masculin et 151 de sexe féminin)

Classement par âge :

  • 0 à 15 ans : 107
  • 15 à 25 ans : 80
  • 25 à 40 ans : 125
  • 40 à 55 ans : 109
  • 55 à 70 : 83
  • 70 à 75 ans : 17
  • 75 à 80 ans : 12
  • 80 à 85 ans : 2
  • 90 ans : 1

Classement par professions :

  • agriculture : 219
  • industrie textile : 80
  • industrie du bois : 4
  • industrie du bâtiment : 8
  • industrie de la toilette : 31
  • industrie de l’alimentation : 32
  • transports : 35
  • diverses : 16

Bétail :

  • race bovine : 204
  • race chevaline : 93
  • race asine : 4
  • race ovine : 244
  • race porcine : 61
  • race caprine : 1

Ruches en activité : 432

 

Recensement de 1872

Population : 476 habitants

233 de sexe masculin 243 de sexe féminin
162 ménages dans 157 maisons particulières
nés dans le département : 442 dans un autre département : 34
ne sachant ni lire ni écrire : 61 (dont 25 de moins de 6 ans)
sachant lire : 24
sachant lire et écrire : 192 de sexe masculin et 199 de sexe féminin (dont 4 enfants de moins de 6 ans)

Professions

  • Agricoles : 191
  • Industrie : 197
  • Commerce : 19
  • Transport : 8
  • Libérales : 37 (dont 1 médecin, 1 instituteur public, 4 gendarme/sergent de ville/garde champêtre, 1 curé)
  • Vivant de leurs revenus : 24 (dont 12 rentiers qui font vivre 21 personnes)

Animaux

  • 81 chevaux w 400 ruches
  • 190 bovins
  • 202 ovins
  • 63 porcs

 

Recensement de 1876

Population : 447 habitants

229 de sexe féminin et 218 de sexe masculin
153 ménages répartis dans 99 maisons d’habitation
Aucun étranger
412 personnes déclarent dépendre de l’agriculture
13 personnes déclarent dépendre du commerce et des transports
5 personnes déclarent exercer une profession libérale
17 personnes déclarent vivre de leurs revenus

 

Recensement de 1886

Population : 413 habitants

202 de sexe masculin et 211 de sexe féminin
214 sont nés dans la commune
165 sont nés dans le département
34 sont nés dans un autre département

Habitat :
138 maisons dont 19 sont vacantes, accueillent 137 foyers
27 ateliers, magasins ou boutiques

Familles :
1 personne : 21 2 personnes : 39 3 personnes : 33
4 personnes : 16 5 personnes : 14 6 personnes et plus : 14

Professions :

  • Agriculture : 255
  • Industrie : 74 (dont 3 forgerons, 4 métiers du cuir, 6 du bâtiment, 2 habillement et toilette)
  • Commerce : 37
  • Administration publique : 19
  • Professions libérales : 12

 

Recensements de 1836 à 1936
1836 1841 1856 1861 1872 1881 1891 1896 1931 1936
Habitants 524 518 552 522 476 403 413 392 274 268
Maisons 163 121 148 144
Sexe M 245 256 273 233 206
Sexe F 279 262 279 243 207
Nés dans la commune 203 187
Nés dans le département 165 166
Nés hors département 45 39

Evolution démographique de Saint Laurent de Condel

Evolution démographique des 2 derniers siècles

Evolution démographique des 2 derniers siècles

Il semble bien que la croissance démographique de Saint Laurent de Condel ait suivi la même courbe que partout ailleurs : l’augmentation des surfaces cultivées, les progrès de l’agriculture ont permis l’essor de la population.

Il faut avouer que l’on connaît peu de choses du nombre d’habitants dans la paroisse avant la Révolution de 1789. Nos archives les plus anciennes datent de 1614 Quelques indications cependant :

  • Au début du XVIIe siècle, la paroisse compte 86 feux.
  • En 1676, nos registres sont marqués pour 100 feux. Compte tenu de la taille des familles à cette époque, on peut raisonnablement considérer que Saint Laurent comptait environ 500 habitants.
  • L’assiette de la taille de 1743 comptabilise 110 assujettis à l’impôt.
  • Le recensement du 7 messidor an III dénombre 518 personnes.

Il est à noter que les recensements étaient un peu différents de ceux que l’on connaît maintenant. Pour en juger, voici ce qu’écrivaient les agents recenseurs de l’époque :

« Aujourd’hui 8 brumaire en vertu de la délibération ci-dessus, nous soussignés Georges Lemarescal et Nicolas François Salles de la commune de Mutrécy nommés par délibération commissaires pour faire le recensement de la commune de Saint Laurent de Condel nous sommes transportés aujourd’hui dans la dite commune accompagnés des citoyens Thomas Gigon et Jacques Pagny avons procédé audit recensement depuis viron 7 heures du matin jusqu’à 6 heures du soir dans lequel moment avons clos notre procès-verbal… »

Une dernière remarque : tous ces chiffres prennent en compte les hameaux du Vieux Grimbosq, de l’Acre et de la Hupperie qui, jusqu’à l’instauration du cadastre et l’ordonnance royale de Charles X du 29 décembre 1824 font partie de la paroisse de Saint Laurent. Cela représente environ 100 personnes.

Le graphique de la page précédente montre qu’au cours du XIXe siècle, la population diminue constamment. La première baisse importante correspond à la perte des hameaux cités précédemment. Elle tombe ensuite de 555 habitants en 1846 à 390 en 1896. La mise en service de la voie ferrée Caen-Flers a enlevé une part importante du trafic routier qui faisait prospérer les petits commerces de la commune.

Le début du XXe siècle voit se poursuivre le déclin inexorable de la commune. L’après-guerre marque un renouveau du village. Sa proximité de Caen n’y est pas étranger.

Récapitulatif des registres Baptêmes /Mariages /Décès puis Etat-Civil

Tome I de 1614 au 31 décembre 1682

  • 476 naissances
  • 125 mariages
  • 245 décès

Tome II du 20 janvier 1683 au 30 septembre 1725

  • 345 naissances
  • 90 mariages
  • 124 décès

Tome III du 19 février 1726 au 29 décembre 1760

  • 429 naissances
  • 115 mariages
  • 332 décès

Tome IV du 8 janvier 1761 au 6 décembre 1792

  • 378 naissances
  • 87 mariages
  • 308 décès

Tome V du 20 janvier 1793 au 3e jour complémentaire de l’An X

  • 161 naissances
  • 37 mariages
  • 51 décès

Tome VI du 6 vendémiaire An XI au 15 décembre 1811

  • 130 naissances
  • 29 mariages
  • 89 décès

Tome VII du 13 janvier 1812 au 10 décembre 1822

  • 113 naissances
  • 45 mariages
  • 116 décès

Tome VIII du 5 janvier 1823 au 20 décembre 1832

  • 103 naissances
  • 31 mariages
  • 99 décès

Tome IX du 5 février 1833 au 15 décembre 1843

  • 77 naissances
  • 45 mariages
  • 79 décès

Nota :
Comparer pour chacun des tomes le solde des naissances et des décès.
De 1812 à 1843 les décès s’élèvent à 294 pour 293 naissances !

La population de Saint Laurent en 1862

« La principale industrie des femmes est la dentelle. Nos ouvrières sont en général laborieuses, et peuvent gagner, dans les bonnes années, 1 f 50 par jour et même davantage. Il y aurait beaucoup à dire sur cette industrie, si l’on voulait apprécier avec exactitude ses avantages et ses inconvénients.

Les avantages sont réels. La dentelle procure à la jeune fille un travail qui lui permet de rester dans sa famille, sous l’œil de sa mère, d’éviter la condition de servante, si triste à tous égards. Elle fournit à la femme mariée, à la mère de famille, le moyen d’aider efficacement son mari, d’apporter sa part aux dépenses du ménage, et d’être souvent la cause principale d’une certaine aisance. Si, dans notre paroisse, il y a si peu de familles indigentes, si une seule demande publiquement l’aumône, si, sous ce rapport, il y a une si grande différence entre ce pays et le Bocage, nous le devons principalement à la dentelle. Voilà le bon côté matériel et moral.

Mais les inconvénients existent. La dentelle empêche qu’une instruction suffisante ne soit donnée à la jeune fille, je le dirai tout à l’heure. La dentelle réunit les ouvrières. Les réunions, je le sais, peuvent avoir dans des circonstances données certains avantages mais à côté de cela, que de dangers ! De là ces conversations légères, de là cette fureur du bavardage, cet esprit de critique, ces entretiens dans lesquels sont racontées toutes les aventures scandaleuses, où les plaisanteries équivoques sont applaudies, où la religion même n’est pas toujours respectée. Là, le caractère s’abaisse, la pudeur devient moins timide, une influence continuelle et fatale est exercée. J’aimerais cent fois mieux pour les femmes la vie isolée, la vie du ménage ou même la vie des champs. Toutefois, sans prétendre donner de conseils, et en émettant simplement une opinion, je pense que dans nos contrées, et spécialement ici, le curé doit favoriser la dentelle, en s’efforçant d’amoindrir, sinon de faire disparaître les inconvénients.

 

J’ai fait l’éloge des habitations, de leur apparence extérieure. Mais je dois le reconnaître, on éprouve trop souvent une déception quand on a franchi le seuil. La propreté et l’ordre à quelques exceptions près, ne sont pas les vertus dominantes de nos ménagères. Sous ce rapport, ce pays n’est pas plus avancé que les environs de Vire, et restera longtemps encore bien loin du Pays d’Auge.

 

La politesse et ce qu’on appelle le savoir-vivre, sont moins communs encore. J’ai été surpris et peiné de rencontrer souvent une grossièreté d’une autre époque. Je nommerais bien des ménages autres que ceux des pauvres, où on oubliera ordinairement d’offrir une chaise au visiteur. On ne quittera pas son travail, même un instant, on ne se lèvera pas pour le salut ordinaire, on n’essaiera même pas une conversation. Ces entretiens, non dépourvus d’intimité, que l’on aime souvent encore à prolonger avec les plus simples vieilles femmes de nos villages, je n’ai pu, jusqu’à ce jour, en jouir ici que rarement.

 

L’instruction manque. Un trop grand nombre d’hommes ne savent pas lire, et je pourrais nommer un plus grand nombre encore de femmes, et même de jeunes filles. L’école mixte est tenue aussi bien que les autres dans les mêmes conditions. Elle a plus de 60 enfants des deux sexes, (un tiers et plus est fourni par Les Moutiers et Boulon). Seulement, comme on veut avant tout la dentelle, on envoie la petite fille à l’école le moins possible. Pourvu qu’elle gagne de bonne heure ses 12 ou 15 sous à la classe de travail, on a obtenu l’essentiel : le reste n’est que très secondaire.

 

L’éducation manque plus encore que l’instruction. Une bonne religieuse serait chez nous plus nécessaire à la jeune fille que partout ailleurs, mais elle aurait tout à faire, les familles ne la seconderaient pas. L’immense majorité des mères n’ont pas la première idée de l’éducation d’une fille. Aussi la piété, cette compagne de la jeune chrétienne, est généralement inconnue à St Laurent. Elle est incompatible avec ces promenades du dimanche, avec ces jeux et danses dans la forêt, avec ces familiarités, avec ces chansons érotiques, avec cet ensemble de mœurs libres qui ôtent à notre jeunesse la réserve, la bonne tenue, la modestie, la délicatesse du sentiment, pour ne rien dire de plus.

Dans ma conviction, là est la grande plaie de la paroisse. La jeune fille élevée comme nous venons de le voir, ne peut jamais devenir et ne deviens jamais une de ces femmes fortes, maîtresse de maison respectée, mère de famille digne de ce nom. Aussi, si nous avons si peu de maisons auxquelles on puisse donner avec vérité et sans restrictions le nom de bonne maison, cela tient avant tout à une cause : la femme manque pour la diriger.

 

Nos ouvriers sont en général économes. Ils travaillent beaucoup, gagnent de bonnes journées, et parviennent assez souvent à l’heureuse médiocrité tant vantée par le poète ancien. La qualification de buveurs intrépides, que leur a donnée Mr Galeron, n’est pas méritée. L’ivrognerie n’est pas le vice dominant, malgré le grand nombre des auberges qui devraient, ce semble, le propager. Quelques femmes ont plus ou moins la passion de boire, mais la proportion n’est pas plus grande ici qu’ailleurs.

 

L’esprit général est bon. Seulement, pour rendre ma pensée, je dirai qu’il n’est pas assez fraternel. Chacun vit chez soi, pour soi, il n’y a pas de liaison entre les familles. Cette bonne fraternité, dans le vrai sens du mot, que les villes ne connaissent plus depuis longtemps, est encore conservée dans quelques-unes de nos campagnes, mais elle tend de plus en plus à disparaître, et ici, dès maintenant, elle n’est plus qu’un souvenir. L’amitié vraie, l’amitié qui aime l’union, le conseil, les causeries intimes, le partage des joies et des peines, je la cherche, et je la rencontre chez nous moins qu’ailleurs. Les haines, petites et grandes, sont malheureusement trop nombreuses : là où elles n’existent pas on se supporte, mais sans s’aimer. C’est un grand mal, car le cœur isolé se rétrécit. Que de faits je pourrais citer !

 

L’esprit religieux existe, mais je dois déclarer que sous ce rapport, St Laurent a conquis une réputation qu’il n’a pas méritée. Les offices sont encore fréquentés, les pâques sont encore nombreuses. Hélas ! si on va au-delà de cette surface, que de misères !

Bon nombre d’ouvriers, appartenant aux anciennes familles, ont gardé par tradition l’esprit et la foi de leurs pères, foi peu éclairée, mais rassurante. Dans la classe moyenne, on compte plusieurs hommes honorables et chrétiens. Les quelques familles plus riches qui pourraient, si elles le voulaient, conduire la paroisse par l’influence et par l’exemple, sont malheureusement nulles pour la religion comme pour le reste.

Ajoutez à cela les nouveaux venus, établis ici pour leur commerce ou pour leur industrie, affichant la plus entière indifférence, sinon l’impiété, et vous aurez un tableau assez sombre, mais trop vrai.

En résumé : plus de quarante hommes ne viennent jamais à l’église. Un nombre presque égal n’y vient que de temps en temps. Beaucoup d’entre eux travaillent le dimanche, et respectent fort peu les lois de l’abstinence. C’est une proportion énorme, eu égard à notre population.

Mentionnons encore six auberges ou cabarets ouverts à tout venant pendant les offices, des femmes en grand nombre vivant dans une ignorance crasse, et dans une indifférence presque égale à celle des hommes, et je devrai conclure, en faisant toutes mes réserves pour la bonne part de la population, que si Dieu n’y met la main, St Laurent peut devenir, dans un avenir prochain, une bien triste paroisse.

Puissent mes prévisions ne pas se réaliser. Puissent mes successeurs, s’ils lisent ces pages, m’accuser d’avoir exagéré le mal. Daigne surtout N.S me donner le courage de le combattre ».

 

Abbé Jacques Langlois
1862

 

Voilà un tableau bien sombre qu’il faudrait sans doute nuancer. La condition d’ecclésiastique de son auteur, son exigence morale, son âge, peuvent expliquer cette vision pessimiste. De tout temps, il y eut des tenants de la décadence !

 

Bouvard et Pécuchet ont-ils habité Saint Laurent ?

C’est en tout cas ce dont est persuadé un érudit parisien qui recherche assidûment les sites réels qui ont servi de cadre aux romans de Gustave Flaubert. L’écrivain normand, né à Rouen en 1821 171Flaubert est décédé en 1880, tenant de l’école « réaliste », s’est toujours attaché à mettre en scène des personnages dans des lieux qu’il connaît bien parce qu’il les a visités et fait ce qu’on appelle maintenant des « repérages ».

Cela est flagrant dans « Madame Bovary ». Les faits, les lieux, les personnages ont alimenté un fait-divers tragique dont a eu connaissance Flaubert.

Le roman « Bouvard et Pécuchet », écrit à la fin de sa vie, inachevé et publié à titre posthume ne répond pas tout à fait à la même démarche. Les deux héros sont le fruit d’observations accumulées sur la « bêtise humaine », et leur frénésie à tout savoir, tout expérimenter, et surtout leur incapacité à comprendre correctement rendent la satire particulièrement mordante… 172L’auteur déverse toute l’amertume causée par les revers de sa fin de vie.

Chavignolles, lieu de leurs déboires, n’a pas d’abornements suffisamment précis pour qu’on puisse affirmer qu’il s’agit de Saint Laurent de Condel. Il est établi que Gustave Flaubert a séjourné dans le secteur en 1874 : ses carnets de « croquis littéraires » l’attestent, entre autres ses notes sur le « plateau de Mutrécy » 173Carnet 18 bis F° 5V, 6, 6V de 1874.

La quasi-totalité des noms des lieux décrits sont bien en rapport avec la région : Falaise, Caen, Bretteville, Bayeux, Sainte-Honorine-des-Pertes, Port-en-Bessin, Vaucelles, Acqueville, Saint-Rémy, Tournebu, Balleroy…

« Montrecy » ne laisse guère de place au doute, mais qu’en est-il de Chavignolles, Angleville, Barneval ou Sassetot ?

Chavignolles est « au-delà de Bretteville », « à une heure de marche du versant d’un coteau qui domine la vallée de l’Orne », à « quarante-trois kilomètres de La Délivrande »… La localisation du château du comte de Faverges, sa description font penser à celui du Vaugroult…ou de Villeray… Les descriptions de Chavignolles pourraient s’appliquer à Saint Laurent, mais aussi à bien d’autres bourgades !

Mais comment justifier qu’on aille à Falaise pour prendre la diligence pour Caen, que les ouvriers en lutte, venant d’« Acqueville, Liffard, Pierre-Pont et Saint Rémy » marchent sur Chavignolles/Saint Laurent et « débouchent par la route de Caen » ?

Par ailleurs, notre église n’avait ni jubé, ni sacristie, ni voûte en bois et pas plus de rosace au tympan. La mairie n’avait pas d’horloge au-dessus de la « croisée du milieu ». Le presbytère n’était pas à côté de l’église et le sous-préfet de Bayeux ne faisait pas partie des notables du pays, pour la simple raison que Saint Laurent était dans l’arrondissement de Falaise.

J’arrête là mes remarques de crainte de lasser !

 

Pour moi, il y a tout lieu de penser que Flaubert a fait une compilation des notes recueillies sur le terrain. Cela donne une atmosphère réaliste, conforme aux lieux dans lesquels se déroule le roman. De là à rechercher une coïncidence parfaite entre réalité et fiction, il y a un pas que je ne veux franchir.

L’objectif premier de Flaubert était la peinture des travers de pseudo-érudits. Le lieu importait finalement assez peu, les personnages qui gravitent autour de Bouvard et Pécuchet ne sont là que pour donner du corps à l’histoire et la cohérence de tous les noms cités n’est pas indispensable…

 

Malheureusement pour notre imaginaire, je ne crois pas que les deux compères Bouvard et Pécuchet ont jamais habité notre village… même s’ils en sont proches !

 

Us, coutumes et anecdotes

Autrefois, la tradition imposait un certain nombre de rites selon les circonstances. Surville en rapporte quelques-uns qui avaient cours à Saint Laurent au XIXe siècle. Quant aux anecdotes, nos actes depuis le XVIIe en portent témoignage.

Bien sûr, les coutumes normandes attachées aux mariages, aux naissances (relevailles par exemple)…, étaient pratiquées ici, comme dans toutes les campagnes. On les trouvera dans tous les bons ouvrages régionalistes.

La veillée des morts au cimetière

C’était un usage suivi dans la commune. Grands, petits, pauvres ou riches ne manquaient pas de trouver 2 hommes chaque soir, et ce, pendant 8 à 10 nuits, pour veiller au cimetière le défunt qui venait d’être inhumé.

La veille de la fête des Rois

Ce jour-là, les jeunes de la commune faisaient des feux de paille dans les champs et criaient « adieu Noël »…

Le mariage « hors la commune »

Cela se produisait quand un jeune homme de la commune se mariait « hors la commune », c’est à dire avec une jeune fille qui ne résidait pas à Saint Laurent. Lorsque lui et son épouse assistaient pour la première fois à la messe, la jeune mariée se voyait offrir un bouquet et celui qui le lui avait offert la conduisait dans un endroit où on faisait une ronde avec la jeunesse.

Remariage avant une année de veuvage

Lorsque cela se produisait, la jeunesse faisait un « charivari » à l’homme ou la femme qui se remariait. Surville ne précise pas à quel moment il se produisait, mais on peut penser que c’était, comme ailleurs, au soir des noces.

La fête du jeudi ardent

C’était la fête traditionnelle des bûcherons qui avait lieu le premier jeudi de Carême

Ce jour-là, propriétaires et marchands de bois offraient à leurs ouvriers et leurs familles un repas champêtre, autour d’un énorme feu de bois.

Dans sa « Statistique de l’arrondissement de Falaise » 174Statistique de l’arrondissement de Falaise Tome III 1829, Léchaudé d’Anisy rapporte un autre usage qu’il a très probablement recueilli auprès de P.E Surville :

« Vingt-cinq à trente fagotiers, qui ne sont pas assez occupés pendant l’hiver, vont à l’émondage vers Bayeux et Courseulles, et en rapportent de bons bénéfices. Mais, en avril, au moment de l’abattage des coupes, chacun se retrouve à son poste. Ce moment est le plus important pour ces populations bocagères. Le jour choisi pour un abattage, on met cent vingt haches dans une coupe, avec une centaine de femmes. Tout est tombé avant la nuit. Chaque ouvrier abat le plus qu’il peut et travaille à l’excès, bien qu’il ne soit pas payé ce jour-là. On ne lui donne qu’un pot de cidre pour se rafraîchir. Mais tout ce qu’il a abattu lui appartient exclusivement, c’est à dire qu’il le met ensuite en fagots, pour chacun desquels il reçoit 10 centimes (2 sols) ; et comme il peut faire 25 fagots dans un jour, il se ménage d’autant plus de journées à 2fr.50cent., qu’il est parvenu à abattre plus de bois. Il peut se faire assister le jour de l’abattage par sa femme et ses enfants qui emportent le menu bois. Ces usages existent également à Boulon, à Grimbosq et aux Moutiers. »

Grossesse hors mariage

Lorsqu’un enfant naissait hors mariage, le curé du village rendait visite à la jeune mère pour recueillir sa déclaration. Il l’interrogeait pour qu’elle lui révèle le nom du père, et l’inscrivait sur le registre. Il ne s’agissait pas là d’une curiosité gratuite mais de faire en sorte que la mère et l’enfant voient leurs droits préservés. Ainsi cet acte, extrait de nos archives :

« Auiourd’huy vingt quatrième jour d’octobre mil six cents cinquante et deux, c’est amoy présentée Janne…fille de Gabriel…et Françoise Denis laquelle est grosse -hors le lien du mariage- et après l’avoir priée par serment de qui fait et œuvre elle est grosse – elle a desclaré que c’est du fait et œuvre d’un appellé M.. de Mezet fils de Mor de Beau Manoir demeurant à la paroisse de Mezet ».

Solidarité des paroissiens

On en trouve des exemples dans les registres du Commun. Ainsi, le 7 décembre 1653, les paroissiens

« faisant fort tant pour eux que pour les autres absents se sont d’un commun consentement assemblés pour ellire et establir lun diceux pour faire la collection et assemblement de la somme de vingt huit livres qui ont este paie au château de Caen suivant acquits dont pierre trébutien l’un des dits paroissiens est saisy pour les dits vingt huit livres estre paies entre les mains de nicolas pagny de la paroisse de grainbosq marchand de bois et la dite somme de vingt huit livres sera racuillye sur le reste du sel de l’année présente au marc la livre ont d’un commun consentement estably la personne de philippe hébert fils philippe… »

Le 15 septembre 1660,

« Tous lesquels paroissiens faisant fort tant pour eux que pour les autres absents se sont assemblés comme suivant l’assignation à eux faite ce Iourd’huy la voye sergeant de la taille Justaux ? et requeste de Jean labbé particulier de la paroisse pour iceux paroissiens se voir condamner à mettre en délivrance un cheval appartenant audit labbé exécuté requeste et justance de messieurs les commissaires des eaux et forests et le tout pour fuir et éviter aux procests qui en pourraient avenir ont donné plain pouvoir puissance et authorité de leur personne audit jean labbé de raccuillir sur eux et en chacun d’eux au marc la livre sur le rôle à sel de l’année savoir est la somme de trente livres scavoir est vingt livres dont le dit labbé a esté exécuté de laquelle somme le dit labbé s’oblige de décharger les dits paroissiens et dix livres pour ses frais et vacations… »

Un paroissien pouvait donc être saisi au nom de la collectivité, en numéraire ou en nature,… ici un cheval ! On recueillait ensuite le montant de l’indemnisation auprès de chaque habitant sur le « rôle à sel » de l’année en cours.

 

Saint Laurent de Condel 1944

Soixante ans se sont écoulés et pourtant le souvenir est fidèle, même si parfois la consultation de notes prises sur le vif en 1944 sont nécessaires pour préciser une date, un nom… Certaines évocations sont douloureuses ; on sent bien que des images traumatisantes reviennent à la surface et que l’émotion est intacte. Madame Germain, madame Sabot et mademoiselle Bourdon ont bien voulu se prêter à mes questions… Je les en remercie.

En 1944, Saint Laurent vit au rythme de l’Occupation, comme tout le reste du territoire français. Ici, à la campagne, les restrictions sont un peu mieux supportées car on peut se procurer quelques denrées appréciées comme le lait, le beurre, les œufs ou la viande. Quelques militaires de la Wehrmacht (probablement des Autrichiens) sont logés chez l’habitant. Les relations avec la population sont en général courtoises. Il faut pourtant répondre aux diverses réquisitions sous peine de sanctions qui peuvent mener jusqu’au peloton d’exécution 175(1) Samedi 15 juillet, monsieur Chevalier, habitant Boulon, a été exécuté pour s’être opposé à la réquisition de son cheval et de sa charrette..

Le 6 juin à l’aube, on perçoit des bombardements vers la côte. C’est le Débarquement ! L’espoir d’une libération proche se fait jour. Il faudra pourtant attendre encore 2 mois…

Le 12 juin, à 20 heures 15, une vague d’avions survolent le village et larguent leurs bombes sur le carrefour des Granges 176acques Le Roy Ladurie in « Le mois à Caen » n° 107 juillet 1972, où les Allemands ont un dépôt de munitions. Comme souvent, l’objectif est « encadré » et plusieurs bombes tombent sur le village. Quatre personnes sont tuées 177Liste des victimes page 164, plusieurs autres blessées. Plusieurs maisons sont détruites ou lézardées. Ce qui a marqué les témoins, c’est le nuage de poussière provoqué par les explosions et l’impression d’hébétude qui s’ensuit : « on était abasourdis par le bruit, le souffle des déflagrations ».

La peur s’est installée et la crainte d’autres bombardements pousse les gens à creuser des tranchées dans les jardins ou les prés alentour. Les anciens de la Grande Guerre dispensent leurs conseils avisés. C’est là qu’on dort dans les conditions qu’on imagine, avec les bruits de la canonnade qui se rapproche au fil des jours.

Les avions survolent régulièrement Saint Laurent et mitraillent divers objectifs. Les douilles des cartouches de mitrailleuses tombent dans les cours des maisons 178Mme Sabot en possède plusieurs. Le 22 juin, les bombes tuent un homme et blessent sa femme.

L’objectif des Alliés était de prendre Caen au soir du 6 juin. La détermination de la résistance allemande n’a pas permis de l’atteindre. C’est seulement le 9 juillet que la ville sera aux mains des Canadiens et des Britanniques, après un terrible bombardement de la R.A.F (2500 tonnes de bombes déversées sur le nord de Caen). Bien entendu, les habitants de Saint Laurent ont senti la terre vibrer sous les secousses des explosions et vu l’embrasement de la ville. Il devient clair que la zone des combats va maintenant s’étendre dans la plaine au sud de Caen. L’ordre est donné aux populations de Mutrécy, Laize la Ville et Clinchamps d’évacuer pour le 13 juillet. Elles doivent se diriger vers le sud, à destination de centres d’hébergement qui leur ont été assignés.

Les habitants de Saint Laurent de Condel ont été « oubliés » et ce n’est que le 25 qu’ils prendront le chemin de l’exode. Tous, sauf une femme qui ratera le départ du convoi et restera dans sa maison jusqu’à l’arrivée des soldats qui libèreront le village. La route est longue. Les étapes harassantes sous la menace des mitraillages d’avions, les conditions précaires d’hébergement n’entament pas le courage des réfugiés.

Madame Germain et sa famille iront jusqu’à Montchevrel ; madame Sabot et les siens s’arrêteront à Couternes ; quant à mademoiselle Bourdon et sa famille, c’est en Indre et Loire qu’elles trouveront un lieu d’hébergement. On travaille en échange d’un abri et de nourriture.

Certains ne reviendront pas de cet exode : le 13 août, 3 membres d’une même famille (le père, la mère enceinte et un de leurs fils) périssent, ne laissant qu’un survivant. Une femme perdra également la vie ce mois-là.

Les combats font rage dans la plaine. Les chars s’opposent dans de violents affrontements. Les Canadiens subissent de très lourdes pertes en hommes et matériels. Le 25 juillet, lors de l’attaque sur Verrières, ils perdent 1500 hommes, dont 450 tués.

Le 7 août ils sont aux portes de May-sur-Orne. Après un bombardement lourd, les soldats du « Fusiliers Mont Royal » prennent la ville le lendemain matin à 5 heures. Ce même 8 août, ils libèrent Laize la Ville. Les Canadiens sont à Bretteville sur Laize à 16 heures.

De l’autre côté de l’Orne, les Britanniques ont lancé une offensive en direction du sud. Les Allemands ayant fait sauter le Pont du Coudray, ils décident de traverser la rivière en amont, au pont de Brieux. Mais, à leur approche, il est également détruit. La 56e Division d’Infanterie (Staffordshire) reçoit la mission de franchir l’Orne et d’établir une « tête de pont » sur la rive droite, afin de permettre au Génie de mettre en place un pont Bailey 179Il s’agit de ponts métalliques démontables.

La recherche de points de franchissement s’effectue dans la nuit du 5 au 6 août. Le 6e North Staffordshire et le 7e South Staffordshire traversent dans la nuit du 6 au 7. Face à eux, dans les lisières de la forêt, les attendent les chars de la XIIe Panzer SS « Hitler Jugend » 180« Jeunesses hitlériennes ». Les chars et les grenadiers ont participé à la bataille de Caen face aux Canadiens. et les fantassins des 25e et 26e Panzer Grenadiers. Cette nuit-là, un pont de classe 9 a été construit pour permettre le passage de véhicules légers et de moyens antichars.

 

Les combats vont être terribles là aussi. Attaques et contre-attaques se succèdent. Le P.C britannique, établi dans la ferme Bunel 181Une stèle y rappelle les combats. Les vétérans du 7ème bataillon du Royal Norfolk ont publié une plaquette sur ces journées d’août 1944, lors des commémorations du cinquantenaire du Débarquement., manque à plusieurs reprises d’être submergé. Il y a jusqu’à 75 blessés dans le poste de secours et de nombreux chars sont détruits. La violente contre-attaque allemande du 8 août réduit la « tête de pont » à 150 hectares. Mais les Britanniques s’accrochent et finalement repoussent l’ennemi.

Un second pont Bailey (classe 40) est construit le 9 août et permet le franchissement des blindés lourds qui foncent vers Falaise d’une part et Thury Harcourt 182Thury-Harcourt sera libéré le 13 août d’autre part en empruntant la route nationale 162 par Croisilles et la voie ferrée.

Laurentais, victimes civiles de la guerre 1939-1945

Laurentais, victimes civiles de la guerre 1939-1945

Le secteur est maintenant libéré. La défaite de la VIIe armée allemande est proche avec la fermeture de la « poche de Falaise ». Il faudra pourtant encore quelque temps avant de voir les Laurentais rejoindre leur village, avec l’angoisse de retrouver leur maison détruite.

Quelques enfants ici et dans les environs seront tués ou mutilés par des grenades et autres détonateurs qu’ils auront trouvés… Le petit Roger Radiguet périt le 9 mars 1945, victime d’une grenade au phosphore, quelques jours avant son troisième anniversaire.

 

Malgré tout, la vie reprend et il faut s’armer de courage pour faire face aux tâches de reconstruction, de réparation, de plantation de nouveaux pommiers, de reconstitution des troupeaux décimés…

 

20 000 Normands ont payé de leur vie la Libération de leur sol.

Il fallait que cela soit rappelé !

 

Olivet – Motte féodale du XIe siècle

TAPISSERIE DE BAYEUX : Construction de la motte d’Hastings

TAPISSERIE DE BAYEUX : Construction de la motte d’Hastings

Au milieu de la forêt de Grimbosq, se situe le « Château d’Olivet », motte féodale du XIe siècle.

Avant le rattachement de cette partie de la forêt de Cinglais à la commune de Grimbosq, le château était dans la paroisse, puis la commune de Saint Laurent de Condel

Je vais donc maintenant lui consacrer quelques lignes.

Olivet… Ce site est familier à bien des promeneurs de la forêt de Grimbosq. Combien ont dû être déçus en voyant les vestiges de ce « château », tant il est vrai qu’un œil non averti ne distingue là rien d’autre qu’une parcelle de forêt.

Des documents de l’époque, rares il est vrai, et surtout les conclusions des spécialistes de l’archéologie médiévale qui, de 1975 à 1978, ont mené les quatre campagnes de fouilles sous la direction du professeur Michel de Boüard, permettent de cerner d’assez près l’histoire de ce lieu.

Situation

Construit à l’extrémité de l’éperon schisteux qui domine le confluent des ruisseaux de Coupe-Gorge et de la Grande Vallée, le château d’Olivet est protégé naturellement par deux versants très abrupts. On retrouve une position analogue dans de nombreux autres sites : la configuration est baptisée « éperon barré » (le Mont Joly près de Soumont, en est un bel exemple).

Cette situation dominante laisse deviner la destination de cette construction : il faut voir là un retranchement, un point d’appui fortifié. Les Allemands, qui, durant la seconde Guerre Mondiale creusèrent ici des trous individuels pour mettre en batterie une mitrailleuse ne s’y étaient pas trompés.

Description

HIST_ST_LAURENT_VERS._int-032Le château d’Olivet se divise en trois parties :

  • La basse-cour nord
  • La basse-cour sud
  • La motte ou donjon

Le tout est protégé, au sud, par un fossé et une butte.

 

La basse-cour nord

C’est là que se trouvait la résidence. On avait construit un grand bâtiment de forme rectangulaire, fait de charpentes prenant appui sur un mur d’une hauteur maximum d’un mètre. Là devait se trouver la salle. La présence de trous de poteaux au milieu de cette pièce au sol de terre battue laisse penser qu’il y avait un étage.

De même, l’absence de débris de couverture minérale, telle la tuile, autorise à dire que le toit était couvert de chaume par exemple.

De la pièce du rez-de-chaussée, on pouvait accéder à une petite construction rectangulaire dont l’une des extrémités forme une abside. Cela pourrait bien avoir été une chapelle.

Au bord du fossé ceinturant la motte, une tour carrée servait à passer de la basse-cour au sommet de la motte par une passerelle.

Un petit bâtiment isolé servait de cuisine, ainsi qu’en témoignent les restes d’un foyer central formé de grosses pierres fortement calcinées, les débris nombreux de poterie et de très abondants déchets de cuisine. L’emplacement de cette cuisine à l’écart de l’habitation s’explique par le fait que les bâtiments étaient construits en bois et qu’il y avait danger d’incendie.

La basse-cour sud

C’est par là qu’on accédait au site. Il semble bien qu’il n’y ait eu de ce côté aucun bâtiment d’habitation. Tout au plus peut-on retrouver l’emplacement de ce qui aurait pu être une forge rudimentaire. L’absence ou presque de céramique, par contre l’abondance de clous et plusieurs fers de chevaux laissent supposer que cette enceinte n’était qu’un parc à chevaux.

La motte

C’est une masse rocheuse naturelle qui a été surélevée d’environ deux mètres par un apport de terre, et autour de laquelle on a creusé un fossé. Au sommet, sur la périphérie, on avait édifié un petit mur de pierre servant d’ossature à un petit rempart de terre. Au centre, il y avait probablement une tour de charpente qui servait de poste de guet. On passait du sommet à la basse-cour nord par une passerelle, comme en témoignent les trous de poteaux sur le flanc nord de la motte.

TAPISSERIE DE BAYEUX : Attaque de la motte féodale de DINANT

TAPISSERIE DE BAYEUX : Attaque de la motte féodale de DINANT

Pourquoi une motte à cet endroit ?

L’étude des pollens recueillis au cours des fouilles prouve que le site était boisé au moment de l’édification de la motte. Par contre, pendant son occupation, des cultures de céréales ont succédé, dans le voisinage immédiat, à la forêt.

Les objets retrouvés 183Ils sont exposés au Musée de Normandie à Caen : fers de chevaux légers, pointes de flèches, éperons, pion de trictrac en os, hochet d’enfant en céramique, broche, permettent de penser qu’il s’agit là d’une demeure seigneuriale.

Le caractère archaïque de la céramique, l’absence totale de monnaies, prouvent que l’occupation s’est faite dans la première moitié du XIe siècle.

Le contexte historique ne dément pas cette hypothèse. On sait que la vallée de Coupe-Gorge formait la limite des terres appartenant à l’est à Raoul Tesson (le seigneur de Mutrécy était son vassal) et à l’ouest à son frère cadet Ernéis. Durant le second tiers du XIe siècle, une tension très vive exista entre les deux fils de Raoul d’Anjou. La motte d’Olivet, dépendant du domaine de la branche cadette, aurait donc eu une double fonction : surveiller une frontière et protéger une entreprise de défrichement.

Lorsque Guillaume, duc de Normandie, enjoignit à ses vassaux de cesser leurs querelles, la motte fut abandonnée et la forêt reprit ses droits. Le site n’aura été occupé que quelques décennies. « Olivetum » sera cité dans la Charte de confirmation et de donation à l’abbaye de Fontenay de 1217. Olivet fut plus tard compris dans l’apanage des barons de Grimbosq.

 

Pour en savoir plus :

 

Foupendant

Le site de Foupendant est limitrophe de la commune de Saint Laurent de Condel depuis la mise en application du découpage cadastral de 1824. C’est l’occasion d’évoquer un épisode dramatique de la vie de Guillaume de Normandie.

Guillaume est le fils de Robert le Magnifique qui devient duc de Normandie à 17 ans, après le décès subit de son frère Richard, et d’Arlette que l’on dit être la fille d’un pelletier de Falaise. Il voit le jour en 1027. Cette filiation lui vaudra le surnom de Guillaume le Bâtard.

La mort de Robert à l’âge de vingt-cinq ans, à Nicée en Asie Mineure, au retour d’un pèlerinage en Terre Sainte, met Guillaume sur le trône ducal. L’enfant de huit ans ne peut gouverner et s’ensuit une période troublée de luttes intestines, pendant laquelle on ne sait pas grand chose de sa vie.

En 1047, âgé de vingt ans, il semble prêt à affirmer son pouvoir. C’est alors que se trame un complot auquel participent quelques grands barons : Renouf de Briquessart, vicomte du Bessin, Néel de Saint-Sauveur, vicomte du Cotentin, Hamon-aux-dents, seigneur de Creully, Grimoult du Plessis, Raoul Tesson seigneur du Cinglais et l’évêque de Bayeux Hugues II. L’assassinat est prévu dans la nuit du 14 janvier 1047, alors que Guillaume séjourne au château de Valognes.

Vers minuit, son « fou », Golet le réveille car il a entendu des conjurés lancer qu’ils vont « férir » le maudit bâtard. Wace, le chroniqueur du duc, écrit qu’il « court se vêtir d’une cape, sans mettre ni chaussures ni souliers » et s’enfuit à cheval. La nuit est belle, sans vent, la lune resplendit. Le duc va pouvoir se guider aux étoiles. Son intention est de rejoindre Falaise où il sera en sécurité et pour couper au plus court, il veut franchir la dangereuse baie des Veys, dont les gués, à cette heure, seront praticables.

Madeleine Hubert 184Madeleine Hubert fut ma prof d’histoire de la classe de 6e à la 3e. Elle était membre de la Société des Antiquaires de Normandie. Elle est l’auteur de plusieurs ouvrages dont « La Grande Chevauchée de Guillaume le Bâtard » publié chez Corlet en 1987. a fait une recherche approfondie sur cette chevauchée. Elle connaissait parfaitement cette région où elle a vécu depuis sa plus tendre enfance.

La chronologie qui lui semble la plus plausible est que le jeune Guillaume aborde le Grand Vey aux environs d’une heure et demie du matin et qu’il prend pied de l’autre côté vers quatre heures. Le temps d’une prière à l’église de Saint-Clément et il repart à bride abattue vers Deux-Jumeaux, Longues et Ryes qu’il atteint vers huit heures. Il vient de parcourir 75 kilomètres.

Là, dans sa motte féodale, Hubert de Ryes l’accueille en fidèle vavasseur 185Hubert de Ryes était vassal de Renouf de Briquessart, l’un des conjurés. Une plaque apposée à l’église de Ryes commémore cette rencontre.. Il lui donne un cheval et le fait escorter par ses trois fils 186Guillaume leur en sera largement reconnaissant et confiera de hautes responsabilités au père et à ses fils.. Il leur prodigue des conseils de prudence et surtout les oriente sur un trajet :

« Par la et par la passereiz

Ja mar en ville tornereiz

Les veies et les trestornées

Lor a Hubert bien enditées » 187Robert WACE Roman de Rou

 

Guillaume et ses trois compagnons repartent vers Falaise tandis qu’Hubert de Ryes lance leurs poursuivants sur une fausse piste. Les quatre hommes franchissent l’Orne au gué de Foupendant : Robert Wace 188Robert WACE Roman de Rou écrit « Fol pendant ont passé à vé ». La localisation de ce gué divise les historiens.

Se basant sur le tracé de la voie romaine de Bayeux à Vieux, connue sous le nom de Chemin Haussé, certains, tels les auteurs de « En chemin avec Guillaume le Conquérant » 189Michel HOURQUET, Gilles PIVARD, Jean-François SEHIER
Editions OUEST-FRANCE 2003
pensent que le franchissement de l’Orne s’effectua près de l’église de Bully. Il est à remarquer qu’aucun lieu de ce secteur ne porte le nom de Foupendant. Et puis, Hubert de Ryes leur aurait-il conseillé une voie aussi fréquentée ?

Pour les historiens régionaux du XIXe siècle 190VAULTIER, GALERON, LECHAUDE D’ANISY, l’abbé LE COINTE et pour Michel Fixot 191Michel FIXOT
Les fortifications de terre et les origines féodales dans le Cinglais
1968
, le gué de l’Orne à prendre en compte est celui de Brie, sur la commune des Moutiers. Le vers de Wace désignant Foupendant étant à entendre dans son sens de « au gué qui est près de Folpendant ou au-dessous de Folpendant ». Il est à noter, en consultant une carte, que le chemin le plus direct entre le gué de Brie et Falaise passe par le site de Foupendant. Ensuite, on emprunte la voie qui passe par Cesny et Tournebu et mène, via les Bois-du-Roi aux portes du château de Guillaume. La présomption est donc forte… mais pas absolue !

À l’été de la même année, Raoul Tesson se ralliera à Guillaume à la bataille de Val-ès-Dunes (que l’on situe à proximité de Bellengreville) et participera à la déroute des conjurés.

 

Cartes postales

Le calvaire de Saint Laurent

Le calvaire de Saint Laurent lors d’une cérémonie religieuse vers 1900…
sans doute la communion solennelle. Les dames à grands chapeaux sont sur la butte, derrière les hommes toutefois, celles à coiffes (les servantes ? les pay-sannes ?) restent en bas. Le curé est très probablement l’abbé Priou.

Le haut du bourg vers 1900

Le haut du bourg vers 1900
La maison de droite au premier plan porte encore le support de l’enseigne de « La Croix Blanche ». Plus bas, à droite, était l’auberge « l’Image Saint Charles »

Le milieu du bourg de Saint Laurent de Condel vers 1900 À gauche, la vitrine du « tabac-recette buraliste »

Le milieu du bourg de Saint Laurent de Condel vers 1900
À gauche, la vitrine du « tabac-recette buraliste »

Le Sacré-Cœur érigé en 1899 Le photographe a placé les enfants par ordre de taille et bras croisés !

Le Sacré-Cœur érigé en 1899
Le photographe a placé les enfants par ordre de taille et bras croisés !

Consultez plus de carte postales dans cet article.

Notes   [ + ]

1. C’est le hameau au sud du village où s’élevait le château d’eau
2. Voir chapitre sur l’église et la Charte de Fondation de l’abbaye de Fontenay
3. Le Pays de Cinglais Vaultier 1836
4. Longnon A. « Les noms de lieux de la France »
US VI 5 Condate est le nom originel de Rennes
5. Dauzat A. « La toponymie française »
US VI 7
6. Leur débit était notablement plus important et nos archives font état de plusieurs débordements au cours du XIXe siècle
7. Ou hameaux
8. Archives départementales du Calvados
Série C 3642
9. Maintenant « Route des Hameaux »
10. Il écrit cela en 1862
11. Rebaptisée depuis, rue de la Fontaine
12. Archives départementales du Calvados H 6202
13, 14. Pierre Eustache SURVILLE Statistique 1839
Le nom du lieu est assez explicite
15. Archives départementales du Calvados C 3642
16. Délibérations du Commun 1633 et 1638
17. Dans le tome II du registre de délibérations du commun on trouve mention de :
« Jacques Postel maistre tailleur demeurant à Paris » pour une vente de pièces de terre au Vieil Grimbosq
« maistre Nicollas Postel docteur professeur en médecine à Caen » propriétaire de « vingt bêtes à laine estimées 80 livres »
18. Archives départementales du Calvados H 6040
19. Archives départementales du Calvados H 6200
En 1348, à la mort de Jourdain Saym, curé de Saint Laurent, Alain de Clinchamps contesta son droit de patronage de l’église à l’abbé de Fontenay. Il fut débouté.
20. Archives départementales du Calvados H 6146
En 1740, un différend opposa le curé de Grimbosq et les religieux à propos de la propriété de la dîme. Il fut débouté de sa réclamation.
21. Au XIVe siècle, l’église valait 30 livres et ne fut pas taxée
Paul de Farcy Abbayes de l’évêché de Bayeux 1887 AD in 4° 413
22. Arcisse de Caumont op.cit
Les terres qui payaient la dîme à Saint Laurent étaient évidemment peu nombreuses. La forêt d’Harcourt en était directement redevable à l’abbaye de Fontenay et elle avait d’ailleurs été convertie en une rente annuelle (voir chapitre sur la forêt de Cinglais). Les propriétés des sieurs du Parc et de Roquebart ainsi que les terres du manoir de Préval étaient exemptes.
23. Guillaume Paisant Duclos, maire, et Nicolas Guilbert sont les délégués de St Laurent.
24. Il deviendra par la suite maire de Grimbosq
25. Archives départementales du Calvados 3P78
Le revenu imposé est de 10300 livres jusqu’en 1772 et de 15000 livres à dater de l’année suivante.
26. Archives départementales du Calvados E 336
Pierre d’Harcourt fit bâtir ces moulins en 1623, ainsi qu’en témoigne le bail fait pour 3 ans à Pierre Crestien.Les lieux sont dénommés le Moulin d’Angers et l’Hermitage.
27. Archives départementales du Calvados 3P78
28. Archives départementales du Calvados 3P78
Boulon n’avait eu aucun mal à faire remonter ses droits sur cette partie de forêt à l’année 1392.
29. Il a été élu le 15 mai 1815
30. Archives départementales du Calvados 339
À cette cote, on trouve pourtant une quittance de 1756 signée Pagny, de « l’imposition du duc d’Harcourt sur le rôle de Grimbosq pour la forêt ».
31. Délibérations du Conseil municipal de Saint Laurent de Condel
Année 1824
32. En 1851, cependant, la population du hameau de l’Acre réclamera son rattachement à Saint Laurent au ministre de l’Intérieur, sans obtenir gain de cause. Si l’on s’en tient au cadastre napoléonien de 1809, elle était très peu importante en nombre.
33. Mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie
T XVII p. 101 à 106
34. Les Patry forment une famille notable, dont les membres figurent en bonne place dans la vie de la paroisse depuis le XVIIe siècle.
35. Henri Martin – Histoire de France – T VIII – 1858
« La fabrique le payait 12 sous par jour tandis qu’il travaillait aux portes de cette église, peut-être le plus bel ouvrage de sculpture sur bois que possède la France »
36. Délibération du 30 août 1642
37. Lire à ce sujet l’article d’Adolphe Hénaff
38. Ou Tesson
39. ou Taisson, on le trouve aussi nommé Tesson de Cinguelais
40. Noulens « Maison de Clinchamps » 1884
A.D in 4° 477
41. Cartulaire de l’abbaye de Fontenay
H 5602
42. De la Rue (Abbé) « Histoire de Caen » 1820
A.D XIII 102 T II
43. Cartulaire de l’abbaye de Fontenay H 5602
44. Charte de Fondation et de Dotation de l’abbaye de Fontenay
Gallia Christiana / Provincia Rotomagenois / Edition de 1874
Instrumenta Ecclesiae Bajocensis colonne 64
45. Archives départementales du Calvados H 6200
46. Arcisse de Caumont – Statistique Monumentale du Calvados
Arrondissement de Falaise 1850
47. Arcisse de Caumont
Op.cit.
48. J. Yard in « Sacerdoce et Vocations »
N° 64 année 1950
49. Arcisse de Caumont Op. cit.
50. Abbé Langlois
Notice sur la paroisse de Saint Laurent de Condel 1862
51. Abbé Langlois
Op. cit.
52. Pierre-Eustache Surville maire de Saint Laurent de Condel
Etat général des lois, titres et mobilier de la commune 1839
53. Archives communales de Saint Laurent de Condel
Registre de délibérations du Commun / tome II
54, 55, 56. Archives Départementales du Calvados
Fonds de l’Abbaye de Fontenay
57, 65, 66. Pierre-Eustache Surville
Op. cit.
58. Archives Communales de Saint Laurent de Condel
Délibérations du conseil municipal / tome VIII
59. Le franc de l’époque avait une valeur équivalant à 0,2903 g d’or pur
60. Dès 1859, on avait envisagé d’adjoindre deux chapelles latérales qui auraient donné environ 80 places supplémentaires. Le projet avait été abandonné à cause notamment de son emprise sur le cimetière.
61. Elle possédait le château Saint Hubert en forêt de Cinglais
62. Il s’agit de l’abbé Marie
63. Archives communales de Saint Laurent de Condel
Délibérations du conseil municipal / Tome VIII
64. Les délibérations furent écrites par Xavier Justin Brard, directeur de l’école et secrétaire de mairie, dont 3 petites filles habitaient encore la commune en 1980.
67. Abbé Langlois Op. cit.
L’emplacement est clairement désigné dans leur acte de sépulture mais il est pos-sible et hautement probable que d’autres curés y aient été inhumés. Ils sont respectivement décédés en 1725 et 1767.
68. Abbé Langlois
Op.cit
69. Archives départementales du Calvados
Délibérations du Commun de Saint Laurent de Condel 30 septembre 1696
Fonds de l’abbaye de Fontenay
70. C’était, bien entendu, avant l’ouverture de la déviation
71. La fabrique était l’organe de gestion des biens propres de l’église paroissiale. Elle s’occupait de la location des bancs, de l’administration des fondations pour services religieux, de l’achat des ornements de l’église etc…
72. Cette orthographe est celle qui figure dans tous les documents d’époque et dont signent les membres de la famille
73. H. Navel
Histoire de Feuguerolles sur Orne 1929
74. De Bras
Recherche et Antiquités de la Province de Neustrie 1833
75. Archives départementales du Calvados
B 162 / Sentence du 30 septembre 1561
76. Archives départementales du Calvados
Tabellionnage de Caen 1553
77. Eglise des Jacobins
78. H. Navel op. Cit.
79. Archives départementales du Calvados B 856
80. Archives départementales du Calvados B 916
81. Archives communales de Saint Laurent de Condel
Etat général des lois, titres et mobilier de la commune 1839
Galeron, dans sa Statistique de l’arrondissement de Falaise TIII de 1829 reprend la même fable
82. Archives départementales du Calvados
B 842
83. Archives départementales du Calvados
B 855
84. Archives communales de Saint Laurent de Condel
Registres paroissiaux tome I
85. Grand Dictionnaire d’Histoire de France Larousse
86. Mémoires des Antiquaires de Normandie 1851 (p.86)
Archives départementales du Calvados XI 3
87. C’est ainsi qu’il est nommé dans l’acte de 1608 et c’est également sous ce nom que l’écrivain Malherbe désigne Louis Artur dans une de ses lettres.
88. Archives départementales de la Seine Maritime
II B 452 / p. 103
89. Bulletin des Antiquaires de Normandie 1951
Archives départementales du Calvados L II
90. Je veux parler entre-autres des « bacs » de pierre conservés à Villeray (Les Mou-tiers en Cinglais) Ces deux « bacs » ornés, l’un d’un visage d’homme, l’autre d’un visage de femme, de style très dépouillé, provenant du manoir, remontent selon Jacques Le Roy-Ladurie au XIIe siècle.On peut aussi y voir un rampant de lucarne sculpté provenant de Saint Laurent.
91. Lechaudé d’Anisy
Les anciennes abbayes de Normandie 1835
92. Dictionnaire topographique de la France / Calvados
Archives départementales du Calvados US VI 23 p.257
93. Rapporté par l’abbé Langlois
Notice sur la paroisse de Saint Laurent de Condel 1862
94. Archives départementales du Calvados
E 428 Fonds du duché d’Harcourt
95. Pierre Eustache Surville, né en 1770, a vu le manoir dans sa jeunesse.
96. J’ai déduit l’année de naissance de François et Madeleine de leurs actes de décès, mais je n’ai pas retrouvé les actes de baptême.
97. Archives communales de Saint Laurent de Condel
Registres paroissiaux tome I
Archives départementales du Calvados B 1162
98. H.Navel Op. Cit.
99. André de la Rocque
Histoire de la Maison d’Harcourt 1762
100. Archives départementales du Calvados
B 1162 / 26 juin 1625
101. Archives communales de Saint Laurent de Condel
Délibérations du Commun Tome I 7 novembre 1638
102, 103, 105. Archives communales de Saint Laurent de Condel
Registres paroissiaux Tome I
104. De la Roque
Op. cit.
106. Archives départementales du Calvados
Biens Nationaux / Saint Laurent de Condel
107. Archives communales de Saint Laurent de Condel
Registres paroissiaux Tome II
108. Le texte intégral figure en page 75
109, 110, 111. Archives départementales de la Seine Maritime
Mémoires de la Chambre des Comptes de Normandie
II B 453 p. 119 et 120
112, 113, 114. Pierre-Eustache Surville
Archives communales de Saint Laurent de Condel
Table généalogique 1846
115. Pierre-Eustache Surville
Archives communales de Saint Laurent de Condel
Etat général des lois, titres et mobilier de la commune 1839
116. Il est l’auteur d’un « Essai sur l’histoire de l’Eglise réformée de Caen »
Il y affirme que Guillaume Artur I était protestant, se fondant sur des registres protestants où il figure à sept reprises comme parrain.
117. Bulletin des Antiquaires de Normandie 1952-1954
118. La mention « plein » a été rajoutée, mais il s’agit en fait d’un quart de fief.
L’ambiguïté est sans doute née du défaut de précision de la qualité du fief en 1608. Une seconde lettre du roi, de janvier 1612, enregistrée en la Cour des Comptes, Aides et Finances de Normandie le 8 juin 1612, précise que Préval est un quart de fief de haubert.En 1616, c’est bien ainsi que le qualifie Guillaume Artur dans son aveu.
119. Sa fille Françoise, qui avait épousé Jehan Baratte, sieur de la Hupperie, est morte en 1629.
120, 121. Le dernier membre de la famille de Feuguerolles disparaît cette même année.
122. Archives départementales du Calvados L II
Bulletin des Antiquaires de Normandie (1952-1954)
123. Le pilier nord portait encore à la fin du XIXe siècle un bouclier simple
124. Voir chapitre Le Manoir d’Artur
125. Archives communales Saint Laurent de Condel
126. Il était déjà propriétaire du manoir d’Artur.
127. Archives départementales du Calvados
Plan de la traverse de Saint Laurent des Moutiers 1768 C 3646
128. J’use de prudence en disant « un des premiers dans le Calvados ». Je pense qu’en cette période, il en existait bien peu en France, puisque des « technocrates » parisiens sont venus étudier le fonctionnement de notre R.P.I. Je les vois encore suivre le bus de ramassage scolaire lors de sa tournée…
129. Archives départementales du Calvados
C 5687 Vingtièmes / Election de Caen / Saint Laurent de Condel / Année 1734
130. Archives départementales du Calvados
C 5109 Dixièmes / Election de Caen / St Laurent de Condel /Année 1734
131. Lire « La révolution qui lève » de Claude Manceron, tome IV de sa fresque de la Révolution française « Les hommes de la Liberté ».
132, 155, 156. Pierre-Eustache Surville
Statistique 1839
133. Heureusement cette mesure ne sera jamais mise en application ! Voir plans ci-dessous.
134. A.D du Calvados C 3448
135, 142. Abbé Jacques Langlois
Notice sur la paroisse de Saint Laurent de Condel 1862
136. Le tronçon qui nous concerne fut inauguré en 1871. La chapelle Sainte Anne fut construite en 1868 pour remplacer celle, plus ancienne, qui avait disparu sous les remblais du viaduc.
137. Le Pays de Cinglais Vaultier (1836)
In octavo 998
138. Gallia Christiana Instrumen. T11 p.95
139. Archives départementales du Calvados E / 276
140. Archives départementales du Calvados
H / 6203 Bois l’Abbé
Le 21 avril 1587 a été adjugé 15 acres de bois taillis au nombre de la plus grande pièce nommée le Bois à l’Abbé, assis en la paroisse des Moutiers dépendant de l’abbaye de Fontenay, à Lion Osmont dudit lieu des Moutiers pour le au nom de noble seigneur messire Jean de Brécy, chevalier, sieur d’Isigny, au prix de la somme de 1200 livres.
141. Archives départementales du Calvados
E / 428 Duché d’Harcourt
143. Foupendant : fagus pendentem ou hêtre pendant. Ce nom évoque le lieu où Guillaume le Bâtard traversa l’Orne, dans sa fuite qui le conduisit de Valognes à Falaise en 1047.
144. C’est la ferme du Rocher
145. Vaultier Op. cit.
146. Archives départementales du Calvados
Monographie de Grimbosq 1885 cote 2F66
147. Archives départementales du Calvados 2 MI-JX 669 / 670
148, 149. le glui est la paille du seigle
150. Il y a quelques années, lors de l’arrachage du lierre qui envahissait le mur du pavillon cité, André Aubin découvrit un trou traversant le mur, d’un diamètre de quelque 5 cm, par lequel on peut apercevoir l’intérieur de l’église quand le portail est ouvert. A-t-il été percé à cette époque ?
151. Cette relation des faits quelque 65 ans plus tard est éminemment tendancieuse. Quel témoin ayant vécu ces événements a t-il pu lui en faire la relation ? Les documents de l’époque rétablissent la réalité et démontrent clairement la vision partisane de l’abbé Langlois sur certaines personnes (en l’occurrence un probable protestantisme pour Paisant Duclos) et leurs actions. Sa haine de la République transpire dans bien des pages !
152. Elles résultent du classement des terres
153. Ou pelards. Ces lanières d’écorce servaient au tannage des peaux.
154. Saint Laurent comptera à plusieurs reprises jusqu’à 10 réfractaires et aura de ce fait son contingent de garnisaires.
157. Ancienne église désaffectée
158. Moulin à eau mû par les eaux de l’Orne à Vaucelles
159. Charlotte Corday n’est-elle pas partie de Caen pour assassiner Marat ? On soupçonnait la population d’être restée favorable à l’Ancien Régime.
160. Rien moins que la Garde Impériale !
161. Dont 2 femmes par contumace.
162. Les autres sont condamnés à 5 ans de réclusion (9), 5 ans de surveillance de haute po-lice (25), acquittés (11).
163. Parmentier en avait fait la promotion avant la Révolution.Beaucoup considèrent que c’est un aliment tout juste bon pour les porcs ! En mai 1812, sa culture prend cependant de l’ampleur
164. Abbé Jacques Langlois
Notice sur la paroisse de Saint Laurent de Condel 1862
Ces lignes en disent long sur l’atmosphère qui régnait en cette année
165. Pierre-Eustache Surville
Op.cit
166. Mr Tiger, dit Duclos était alors le percepteur des communes suivantes :
Mutrécy, Grimbosq, Les Moutiers, Boulon, Saint Laurent. Il résidait à Saint Lau-rent de Condel.
167. Statistique de l’arrondissement de Falaise
Galeron / Brébisson / Desnoyers
Tome III 1829 page 248
168. Bavolet : partie arrière du chapeau ou du bonnet qui à la forme d’un volant, très souvent en dentelle ou en ruban, qui prolonge le fond de la coiffe recouvrant la nuque
169. Rétention ou épanchement anormal de liquide ayant l’aspect du sérum sanguin entre les éléments du tissu conjonctif ou d’une cavité : ici, la plèvre.
170. Source : Institut National d’Etudes Démographiques
Les chiffres prennent en compte les deux sexes.
171. Flaubert est décédé en 1880
172. L’auteur déverse toute l’amertume causée par les revers de sa fin de vie.
173. Carnet 18 bis F° 5V, 6, 6V de 1874
174. Statistique de l’arrondissement de Falaise Tome III 1829
175. (1) Samedi 15 juillet, monsieur Chevalier, habitant Boulon, a été exécuté pour s’être opposé à la réquisition de son cheval et de sa charrette.
176. acques Le Roy Ladurie in « Le mois à Caen » n° 107 juillet 1972
177. Liste des victimes page 164
178. Mme Sabot en possède plusieurs
179. Il s’agit de ponts métalliques démontables
180. « Jeunesses hitlériennes ». Les chars et les grenadiers ont participé à la bataille de Caen face aux Canadiens.
181. Une stèle y rappelle les combats. Les vétérans du 7ème bataillon du Royal Norfolk ont publié une plaquette sur ces journées d’août 1944, lors des commémorations du cinquantenaire du Débarquement.
182. Thury-Harcourt sera libéré le 13 août
183. Ils sont exposés au Musée de Normandie à Caen
184. Madeleine Hubert fut ma prof d’histoire de la classe de 6e à la 3e. Elle était membre de la Société des Antiquaires de Normandie. Elle est l’auteur de plusieurs ouvrages dont « La Grande Chevauchée de Guillaume le Bâtard » publié chez Corlet en 1987.
185. Hubert de Ryes était vassal de Renouf de Briquessart, l’un des conjurés. Une plaque apposée à l’église de Ryes commémore cette rencontre.
186. Guillaume leur en sera largement reconnaissant et confiera de hautes responsabilités au père et à ses fils.
187, 188. Robert WACE Roman de Rou
189. Michel HOURQUET, Gilles PIVARD, Jean-François SEHIER
Editions OUEST-FRANCE 2003
190. VAULTIER, GALERON, LECHAUDE D’ANISY, l’abbé LE COINTE
191. Michel FIXOT
Les fortifications de terre et les origines féodales dans le Cinglais
1968